EN COUVERTURE
Lobbying
Le loup
industriel
dans la bergerie européenne
Capitale
européenne du lobbying, Bruxelles abrite quelque 15.000
«professionnels de
l’influence». Travaillant pratiquement sans aucune transparence,
la plupart
d’entre eux hantent les couloirs du Parlement, de la Commission et du
Conseil
pour défendre les intérêts de leur principal
client: l’industrie. Au péril de la
santé des Européens, de
l’environnement et de la démocratie.
On le sait, plus de 70% des lois votées par les
parlements nationaux
sont en réalité des transcriptions de directives
européennes. C’est dire si
l’Europe a une influence sur notre vie de tous les jours.
Ce que l’on mesure moins par contre, c’est l’influence
particulière du
lobbying au cœur du processus politique européen. Cela peut
paraître étrange, mais
les institutions européennes accueillent volontiers les
lobbyistes. Elles en
ont même besoin, en fait. Surtout la Commission. Car
malgré sa réputation de
labyrinthe bureaucratique, elle est une véritable naine
administrative:
2.000 personnes seulement y composent les cabinets des commissaires et
leurs équipes. Au total, à peine plus de 27.000
fonctionnaires travaillent pour elle (voir
tableau). C’est moins de personnel qu’à la mairie de
Rotterdam,
par
exemple. Et cela correspond à moins de 2% de l’administration
du
gouvernement fédéral aux Etats-Unis. Il faut dire qu’avec
un budget du même
ordre que celui de la Belgique, l’Union européenne n’a
guère les moyens de
s’offrir un régiment d’experts dans les domaines les plus
variés...
Composition de la Commission
européenne
|
| 16.027
fonctionnaires de la Commission (et assimilés) travaillent
à Bruxelles, dont environ 2.000 au Berlaymont, où
siègent les commissaires, leurs cabinets et leurs équipes |
| 3.069
fonctionnaires de la Commission travaillent à Luxembourg |
| 2.159
fonctionnaires composent les représentations de la Commission
dans l’UE |
| 923
fonctionnaires composent les délégations de la Commission
hors UE |
| 5.115
agents contractuels, fonctionnaires détachés,
intérimaires et prestataires sont employés par la
Commission |
|
Total
pour la Commission: 27.293
(source: Commission européenne, 2005)
|
Par
conséquent, la Commission se réjouit de pouvoir compter
sur des
contributions extérieures au moment de rédiger ses
avant-projets de directives.
Les groupes d’intérêt ont donc la possibilité de
faire officiellement
entendre leurs voix à un moment précis du processus
législatif –ce qui
n’est pas le cas à Washington DC, par exemple. Et quand un lobby
n’existe pas,
la Commission suscite elle-même sa création! C’est le cas,
entre autres,
du Forum européen des services (ESF) qui, comme son nom
l’indique, défend
les intérêts des entreprises européennes de
services. Ce lobby fut créé en 1998
à la demande de Sir Leon Brittan, alors commissaire
européen au Commerce,
uniquement pour influencer les institutions européennes qui,
à l’OMC,
négociaient le fameux AGCS (Accord général sur le
commerce des services)...
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