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[imagine 55]  mai & juin 2006


DOSSIER

Tchernobyl
Une catastrophe en cours



Officiellement, l’«accident» de Tchernobyl aurait fait 56 morts et pourrait en provoquer 4000 autres. Info ou intox? Entre 600.000 et 800.000 hommes et femmes ont été mobilisés dans les mois qui ont suivi la catastrophe. Parmi eux, combien sont morts (de maladie ou par suicide), combien sont gravement malades ou invalides? Les chiffres officiels sont peu crédibles car, les «liquidateurs» ont été dispersés et, soutenus par des pouvoirs peu démocratiques, des «experts négationnistes» effectuent un travail de sape pour minimiser l’impact sanitaire de la catastrophe. Le site de Tchernobyl et les zones contaminées sont devenus un champ d’expérimentation extraordinaire pour des milliers de chercheurs, dont les travaux sont financés en tout ou en partie par le lobby nucléaire. La réalité du gâchis, vingt ans plus tard, il faut aller la chercher sur le terrain, auprès des personnes qui ont vécu Tchernobyl dans leur chair. Un périple qui débouche sur le constat que Tchernoby n’est pas un «accident», mais bien une gigantesque catastrophe en cours.


L’Ecosse, ses verts pâturages, ses moutons et son césium 137. A 2400 kilomètres de Tchernobyl et vingt ans après la plus grave catastrophe industrielle survenue à ce jour, ses conséquences continuent d’être ressenties par les fermiers locaux.
En 2006, une dizaine d’élevages de moutons sont encore concernés par les mesures d’urgence décrétées en mai 1986 et qui, selon les autorités sanitaires britanniques de l’époque, ne devaient être appliquées que pendant quelques semaines. Mais les résultats des contrôles sur ce cheptel font toujours apparaître des concentrations en césium 137 qui dépassent fréquemment le seuil de radioactivité maximale de 1000 becquerels par kilo. Les moutons trop contaminés sont marqués à l’encre indélébile et ne peuvent pas être amenés à l’abattoir avant que leur taux ne redescende sous le seuil limite. Des restrictions à l’abattage et à la commercialisation des moutons et des rennes sont aussi en vigueur dans les pays nordiques.
En Belgique, la charge corporelle en césium 137, mesurée chez des adultes, a augmenté après mai 1986 pour atteindre sa valeur maximale fin 1987, ce qui reflétait l’ingestion de denrées alimentaires contaminées.
Des tendances analogues ont été observées un peu partout en Europe et justifient que l’on cherche à en connaître l’impact sanitaire. En France, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) s’y est essayé. Cet organisme public estime que les retombées du «nuage de Tchernobyl» pourraient provoquer 300 décès par cancer rien qu’en France. Son équivalent anglais, le NRPB, table sur 1000 à 3000 décès en Europe occidentale. En Biélorussie, en Ukraine et en Russie, c’est bien sûr une tout autre histoire.
(...)

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