|
JUSTICE FISCALE
Affaire Clearstream
Pourquoi la
«bombe atomique» de la finance n’explose pas
Denis Robert est un personnage-clé dans l’histoire
de la lutte pour une justice financière internationale. Son
livre La justice ou le chaos
(Stock, 1996) est à
l’origine de l’Appel de Genève, lancé en 1996. Son
enquête sur Clearstream a motivé l’Appel de Bruxelles en
2001. Trois ans après la sortie de Révélation$, alors
même qu’il vient
de remporter une victoire judiciaire face à Clearstream, Denis
Robert est amer: la presse n’a pas fait son boulot, la justice
luxembourgeoise non plus. Interview.
Pouvez-vous nous
réexpliquer l'enjeu de votre livre
«Révélation$», paru en 2001?
C’est la découverte au cœur de la planète
financière d’une sorte de boîte noire de la finance
mondiale, d’une gare de triage de tous les transferts de titres,
d’actions, voire de cash, qui circulent dans le commerce interbancaire.
C’est la découverte que cet outil, qui s’appelle Clearstream et
qui est une chambre internationale de compensation, renferme une sorte
de «double fond», c’est-à-dire qu’à
côté des transactions officielles, d’autres sont
dissimulées. Je peux affirmer cela avec force aujourd’hui,
puisque malgré les attaques en diffamation
répétées de Clearstream contre moi, le tribunal de
grande instance de Paris m’a donné raison début octobre
et a débouté la multinationale.
Que signifie ce verdict,
pour vous?
Pour moi, ce n’est pas une surprise. Je sais que mon dossier est
supersolide, qu’il y a trois ans d’enquête derrière, j’ai
des témoignages, des documents, etc. C’est surtout une
reconnaissance exemplaire de mon travail. Des magistrats
indépendants ont pris le temps d’entendre les deux parties,
d’examiner toutes les pièces, de réfléchir
à tout ça pendant trois mois, de juillet à
octobre. Dans un jugement argumenté de 27 pages, ils me donnent
raison sur tous les points et condamnent Clearstream à me verser
des dommages et intérêts – la somme est symbolique, mais
c’est quand même 6.000 €.
Une somme qui n’a rien
à voir avec les dommages et intérêts que
Clearstream vous réclamait…
C’était de l’intimidation. Ils me réclamaient 300.000 €
pour me faire peur et faire peur aux autres journalistes. Et ça
marche, puisque mes informations sont très peu reprises par la
presse.
Justement, l’affaire
Clearstream est une vraie bombe. Pourquoi, après presque trois
ans, n’a-t-elle toujours pas éclaté?
C’est assez paradoxal. Si vous allez voir sur internet, vous verrez
qu’il y a des centaines d’articles qui ont été
écrits sur cette affaire. Il y a eu une ouverture d’information
judiciaire à Luxembourg, une mission d’enquête
parlementaire en France, un début d’enquête parlementaire
en Belgique. Mais le scandale n’a pas du tout éclaté
à la hauteur où il aurait dû éclater. Pour
une raison qui tient à l’essence même de mes
révélations : reconnaître que ce que j’écris
est valable, c’est l’ébranlement du fonctionnement bancaire
international. Il ne faut pas se cacher derrière son petit
doigt, le système qui a été mis en place est utile
à tout le monde, c’est-à-dire aux banquiers et d’abord
aux grosses banques. Les administrateurs de Clearstream, ce sont BNP
Paribas, Chase Manhattan, Merrill Lynch, Barclays, Nomura, la Deutsche
Bank, etc. Comment voulez-vous que ces gens-là reconnaissent
l’inavouable ?
Selon vous, pourquoi la
presse et le monde politique n’ont-ils pas embrayé?
Quand on touche à la haute finance mondiale, à
l’arrière-cuisine de ce paysage bancaire, on touche au vrai
pouvoir.
Pourquoi les patrons de journaux n’ont-ils pas envoyé leurs
meilleurs limiers sur ce genre d’histoire ? D’une part, c’est fatigant,
les journalistes sont généralement plutôt
paresseux. D’autre part, il y a des risques de procès. Quant aux
politiques, ce n’est pas très porteur, électoralement.
Pourtant c’est une
façon de séduire l’électorat altermondialiste…
Le mouvement altermondialiste est quand même relativement
marginal par rapport au combat des députés. Un seul
exemple : Vincent Peillon, qui était porte-parole du PS et
président de la commission d’enquête parlementaire
française sur la délinquance financière et le
blanchiment d’argent en Europe. Député de la Somme, une
région où il y a beaucoup de chômeurs et de
chasseurs, il s’est fait battre aux élections, en 2002, parce
que ces thèmes-là ne représentent rien pour les
électeurs. Ils préfèrent qu’on leur parle du
chômage ou que l’on fasse des lois électoralistes sur la
chasse. Et contrairement à certaines idées reçues
qui circulent dans les milieux comme Attac – dont je suis proche –, la
lutte contre la criminalité financière ne fait pas gagner
les élections. Elle ne le fait pas encore, parce que le message
véhiculé par l’enquête que j’ai menée n’est
pas passé. A cause des journalistes. Avant de mettre en cause
les politiques, je mettrais en cause les journalistes. Si eux ne
s’intéressent pas à ça, c’est d’une part parce que
toutes ces révélations viennent d’une entreprise quasi
artisanale, de quelqu’un qui est marginal par rapport à la
presse. J’ai quitté «Libération», j’ai
quitté le milieu alors que j’étais complètement
installé, avec un bon salaire. Le fait que je sorte cette
affaire a généré une certaine jalousie à
mon égard. L’autre problème, et c’est peut-être le
problème numéro un, quand on touche à ça,
on touche au pouvoir, on touche à l’argent. Beaucoup de journaux
sont financés par des banques. Même si ce n’est pas
direct, il y a une forme de censure et d’autocensure qui
s’opère. Une anecdote : les journaux luxembourgeois les plus
virulents à mon égard appartiennent au groupe Editpress,
un des actionnaires du journal «Le Monde», qui
lui-même est actionnaire d’Editpress. Pour réussir sa
capitalisation, «Le Monde» a demandé aux banques de
le soutenir. Parmi ces banques il y a BNP Paribas, par exemple.
Pour revenir au
procès, est-ce que Clearstream a interjeté appel?
Oui. J’étais un peu surpris. André Roelants, le PDG
luxembourgeois de Clearstream avait fait des déclarations allant
dans le sens d’un apaisement. Puis un retour de bâton est venu de
Francfort, de celui qui aujourd’hui met le couvercle au-dessus de tout
ça et qui est responsable de l’étouffement : le docteur
Werner Seifert, l’actuel PDG de la Deutsche Börse Clearing, la
société qui a racheté Clearstream en 2002.
Roelants est une marionnette aux mains de ce puissant banquier allemand.
Alors on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles il fait
appel. D’une part, il considère sans doute que je ne suis pas
encore suffisamment dangereux pour lui, compte tenu du silence de la
presse. D’autre part, je sais que lui-même est obligé de
composer avec un personnage qui refait son apparition : André
Lussi, l’ex-PDG de Clearstream qui a été viré
après la sortie de «Révélation$».
Seifert et Lussi viennent tous deux de l’Union des banques suisses et
entretiennent des rapports réguliers. Je ne comprends pas
pourquoi, alors qu’il est mis en cause, que tout lui donne tort
aujourd’hui, Lussi n’a toujours pas été interrogé
par la justice luxembourgeoise ni mis en examen. Il a touché
huit ou neuf millions d’euros comme «parachute
doré». J’appelle ça le prix du silence.
D’une manière
générale quelles conséquences l’affaire
Clearstream a-t-elle eues sur vous et sur votre vie?
Ça a changé ma vie. D’abord, je ne suis pas un
journaliste d’investigation. J’écris des livres, je
réalise des films. C’est sans doute pourquoi on dit que je suis
atypique. Je vis de mes droits d’auteur. Ça fait maintenant cinq
ans que je travaille sur cette affaire, quasiment à mi-temps.
Leurs attaques en justice et surtout les pressions dont mes
témoins ont fait l’objet font que ça me mange la vie.
Aujourd’hui, on doit être à 130 visites de huissiers chez
moi pour m’amener des plaintes d’un peu partout. En particulier de la
Menatep, la banque russe dont j’avais révélé
qu’elle avait un compte non publié chez Clearstream.
Elle vous intente aussi un
procès en diffamation?
Non, pas un, plusieurs ! Mais je les gagne. Ce sont uniquement des
procès pour m’intimider. Quand je les perds, c’est ridicule. Un
de vos concitoyens qui est avocat au barreau de Bruxelles, Wim
Hautekiet, était le secrétaire de Cedel (ancien nom de
Clearstream) et très proche de Lussi. Je l’ai cité dans
mon livre en disant qu’il faisait partie de la «clique»
à Lussi. Il m’attaque en diffamation sur ce mot-là, et me
réclame 500.000 € de dommages et intérêts. Le
tribunal me condamne à un euro symbolique. Donc je ne vais pas
faire appel sur un truc comme ça. Encore que je trouve ça
anormal.
Idem pour «Le Figaro» dont la une était encore plus
virulente que moi. Il avait qualifié Clearstream de «plus
grande lessiveuse d’argent sale du monde». Ils ont
été condamnés à un euro symbolique aussi.
Mais depuis lors, il n’y a plus une ligne sur notre enquête ou
sur moi dans «Le Figaro». C’est là où l’on
voit aussi le pouvoir de ces gens-là.
Quelles ont
été les conclusions de la mission parlementaire
française sur le blanchiment ? Et, surtout, est-ce qu’il y a eu
des suites?
Elle est arrivée aux mêmes conclusions que moi. Personne
de chez Clearstream n’a voulu répondre aux accusations des
députés. C’était plus accablant encore pour le
Luxembourg que pour Clearstream. Les conclusions de la mission ont
d’ailleurs causé un incident diplomatique. Trois semaines
après, pour laver l’affront des parlementaires, Chirac a remis
la Légion d’honneur à Jean-Claude Juncker, le Premier
ministre luxembourgeois. Ensuite, Jean-Pierre Raffarin est
arrivé au pouvoir. A gauche, c’était déjà
difficile. C’était l’aile gauche du PS – Peillon, Montebourg –
qui avait sorti ces choses-là. Ce n’est pourtant pas
l’extrême gauche. En face, les soutiens des banquiers de
Clearstream, c’était Fabius, Védrine… Aujourd’hui, avec
la droite, on oublie. Rideau sur les conclusions de la mission.
Et au Parlement
européen?
Des députés français, des travaillistes anglais,
une écologiste finlandaise, des Italiens, etc. s’étaient
réunis pour essayer de créer une commission
d’enquête. Mais le libéral hollandais, Frits Bolkestein,
commissaire européen en charge du Marché intérieur
et de la Fiscalité, avait les cartes en main pour ouvrir une
enquête parlementaire. Mais il a estimé que le Luxembourg
était un Etat souverain, donc que c’était à lui de
régler ses problèmes intérieurs. Quand on
connaît ce pays comme je le connais maintenant, c’est à
mourir de rire. C’est une dictature financière, une
démocratie d’opérette où 90% du personnel
politique est complice de ces systèmes. Tout ça
fonctionne sur du mensonge et de la duperie. Sa justice est une
pseudo-justice. Heureusement, les choses sont en train de changer. Le
monde bouge autour du Luxembourg, qui est aujourd’hui obligé de
réfléchir à sa mutation.
Votre regard sur les
relations entre le personnel politique et le monde de la finance, et
pas seulement au Luxembourg, a-t-il changé depuis votre
enquête?
Non, parce que je ne suis pas naïf non plus. Si je suis un peu
amer, c’est par rapport à la presse. C’est-à-dire que je
savais que j’allais me heurter à des huissiers, à des
avocats, à des banquiers, voire à des magistrats
luxembourgeois, mais je ne pensais pas du tout que j’aurais contre moi
«Le Monde», «Charlie Hebdo» et le silence des
autres.
Charlie Hebdo?
Oui, parce que l’avocat de Clearstream et l’avocat de Charlie Hebdo,
c’est la même personne : Richard Malka. Il y a eu un édito
de Philippe Val assez méchant à mon égard. Comme
il ne connaît rien à cette affaire, il a repris ce que lui
disait son avocat. Ça montre le niveau…
En 2002, des
parlementaires belges ont essayé, sans succès, de
créer une mission d’enquête sur les pratiques d’Euroclear
et de Clearstream. Fin 2002, notre Premier ministre, Guy Verhofstadt, a
reçu le «Vision for Europe Award», un prix
décerné par Clearstream. Vous liez les deux
événements?
Oui, absolument. Le prix n’avait pas été
délivré en 2001, à cause de l’enquête en
cours au Luxembourg. Pourquoi ont-ils choisi Verhofstadt en 2002 ? Bon,
c’est un prix bidon, mais le fait qu’il se soit déplacé
pour y faire son numéro… Moi, j’y suis allé et on ne nous
a pas laissés entrer. Ils avaient peur qu’on ne fasse un
scandale. Alors de deux choses l’une : soit il s’est fait avoir, il est
complètement dupe et à la limite il est excusable – c’est
sans doute quelqu’un de très occupé, qui n’est pas
forcément informé de tout ou qui est mal informé
–, soit il est complice, il sait très bien que le système
fonctionne de cette manière et il décide de jouer le jeu,
aux côtés des Luxembourgeois et des banquiers.
Quel message
adresseriez-vous aux lecteurs qui peuvent être tentés de
penser, en lisant vos ouvrages, que le monde de la finance
internationale est «pourri»?
C’est un peu court de dire ça. Si vous allez voir le banquier au
coin de votre rue, il n’est pas au courant de ce
système-là. C’est une affaire d’une grande
complexité. Dans cette histoire, la fonction a
créé l’organe. On n’a pas créé
délibérément un outil servant à la fraude.
Au départ, les chambres de compensation, le clearing, c’est un
système magnifique qui révolutionne les transferts
transfrontaliers, qui les rend plus rapides, plus sûrs. Mais il
faut que ça se passe dans la transparence, avec des
contrôles. C’est tout le problème d’ailleurs du
libéralisme. En tant que pensée politique, c’est une
pensée noble à laquelle moi, qui suis plutôt
à gauche, je peux souscrire. Mais s’il n’y a pas de
contrôle public – et c’est le cas dans une boîte comme
Clearstream – et si on crée un «double fond», comme
c’est le cas chez Clearstream, on en arrive à des situations qui
sont catastrophiques. J’ai montré dans mes films et dans mes
livres que si Clearstream avait fonctionné convenablement,
l’Argentine ne serait pas tombée en faillite en 2001. Et je
défie n’importe quel banquier ou financier de démontrer
le contraire.
Mais finalement, que
dites-vous aux lecteurs?
De lire mes livres, de regarder mes films, d’en parler à leur
entourage, d’exercer des pressions au niveau local ou national
auprès de leur banque, par exemple, en boycottant celles qui ont
des comptes ou des filiales dans les paradis fiscaux. De faire pression
également sur les politiques pour qu’on mène une
véritable enquête européenne sur Clearstream. Le
seul moyen de freiner aujourd’hui le capitalisme sauvage et la
dilapidation des fonds publics et des entreprises – puisqu’au
départ, l’argent résulte du travail des hommes –, c’est
de créer des outils de contrôle pour surveiller les
chambres internationales de compensation que sont Clearstream et
Euroclear, et les systèmes de routage comme Swift. C’est le
même principe que les morts sur les autoroutes. S’il y a plus de
contrôles, les morts diminuent. Et c’est assez facile de
contrôler ces outils. Mais ça doit passer par le
politique, qui est le seul capable de voter des lois. On a trop
longtemps laissé aux banquiers le soin de se contrôler
eux-mêmes. Ce sont des individus actuellement hors droit.
Aujourd’hui l’enjeu c’est d’avoir des organismes publics de
contrôle réellement efficaces. C’est de donner la
possibilité à des superinformaticiens d’aller dans ces
systèmes et de visualiser les flux financiers, de localiser qui
se cache derrière les comptes établis dans les paradis
fiscaux. Parce que ce n’est pas dans les paradis fiscaux que l’on
trouve les clés de cette affaire. Dans les échanges
financiers internationaux, les seuls endroits où il y a une
vulnérabilité, ce sont les tuyaux où l’argent
passe. Ces tuyaux, ce sont Clearstream, Euroclear et Swift. Clearstream
est le plus important en termes de titres et de valeurs
stockées. C’est une banque des banques, comme Euroclear. Elles
conservent des valeurs dans leurs coffres-forts électroniques,
Swift ne le fait pas. Swift envoie des ordres de paiement, c’est du
routage financier.
Euroclear (chambre de
compensation) et Swift (société de routage) sont
basés à Bruxelles. Au cours de votre enquête,
qu’avez-vous appris sur ces deux sociétés de clearing?
J’ai lu le règlement intérieur de Swift. Ils autorisent
certains clients à ouvrir des comptes non publiés chez
eux, ce que je trouve incroyable. C’est paradoxal. Quand on est dans
Swift, c’est pour apparaître, c’est pour pouvoir mieux
transférer des valeurs et des titres.
Ils disent que c’est pour
ne pas dévoiler une stratégie monétaire que
pourrait poursuivre une grosse banque…
Oui, ils peuvent rétorquer ça. Mais quand on a des
comptes non publiés, le ver est dans le fruit. De la même
manière, Euroclear en a aussi. D’ailleurs, après notre
enquête, je crois savoir que le ménage a été
fait chez Euroclear. Mais je pense qu’il y a beaucoup moins de clients
pourris chez Euroclear que chez Clearstream. A la fin de «La
boîte noire» – ces documents-là non plus, n’ont pas
été attaqués –, je n’en ai mis que trois ou quatre
cents et c’est parmi les clients ou les banques les plus pourris de la
planète. On retrouve Rivunion, la banque noire d’Elf. On
retrouve des banques proches d’Al Qaida. On retrouve des corrupteurs,
des trafiquants d’armes. Puis les dirigeants costumés de
Clearstream prétendent qu’ils n’acceptent que des clients ayant
une bonne réputation. Et ça, je démontre que c’est
faux. Il y a vraiment un double langage.
Après la sortie de
«Révélation$», une société de
consultants en informatique est intervenue chez Clearstream pour
pratiquer des «nettoyages» informatiques, pour effacer des
traces. Le siège social de cette multinationale se trouve
à Clearwater, en Floride, la capitale mondiale de la
scientologie…
Je vais être assez succinct sur la scientologie. J’ai
déjà eu suffisamment d’ennuis avec Clearstream. Quand les
scientologues vous coincent, ils ne vous lâchent plus.
Simplement, relisez le jugement. Primo, vous verrez que la
société qui a fait le nettoyage informatique a son
siège à Clearwater, la capitale mondiale de la
scientologie. Secundo, la sœur d’André Lussi, l’ex-patron de
Clearstream, était responsable de l’Eglise de scientologie en
Suisse, fin des années 80. Tertio, le paquebot acheté au
début des années 70 par le gourou, Ron Hubbard, l’a
été grâce à Cedel. Quarto, des stages
bizarres pour des informaticiens de Clearstream ont été
organisés dans un château à Johannesburg. La
scientologie possède justement une «Faculté»
dans un château de Johannesburg. C’est troublant... D’autant que
dans le règlement de la secte il y a sept règles.
Première règle : «Pour avoir le pouvoir, il faut
pénétrer les outils financiers internationaux, les
infiltrer et les contrôler.» C’est pas moi qui l’invente,
c’est eux qui le disent.
Vous avez
réalisé un documentaire intitulé «L’affaire
Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo».
Quel est le rapport entre les téléviseurs de Daewoo et
les dollars de Clearstream?
J’ai essayé de montrer comment les affaires de blanchiment
jouaient sur le quotidien. L’argent dont on parle n’est pas virtuel, il
naît du travail des hommes. Pendant que je
réfléchissais à ça, les usines Daewoo en
Lorraine ont fermé. Mon frère a été
licencié et mis au chômage, alors que c’étaient des
usines rentables, qui fonctionnaient bien. Puis en mettant le nez dans
les comptes de Clearstream, j’ai trouvé 13 comptes non
publiés appartenant à Daewoo. Et quand on a des comptes
non publiés chez Clearstream, on les utilise. C’est très
difficile à démontrer, parce qu’il faut rentrer dans ces
comptes non publiés et moi je n’en ai pas la possibilité,
mais on peut imaginer que l’argent du travail des hommes est
allé enrichir certains comptes dans des paradis fiscaux via les
tuyaux de Clearstream. Daewoo appartient à la banque nationale
de Corée et à ses créanciers, des banques
françaises et étrangères. Quand on donne les
clés d’une entreprise industrielle à des financiers, ils
ne font plus de l’industrie. Ils font de la finance. Pour faire plaisir
aux actionnaires, leur donner les fameux 15% de rendement, ils vont
vendre, démanteler, pour spéculer. C’est plus rentable
que l’industrie. La finance, c’est la mort de l’économie.
J’ai regardé votre
documentaire sur un téléviseur Daewoo, l’association
Attac publie des livres aux éditions Mille et une nuits qui
appartiennent à Matra-Hachette-Lagardère, marchand
d’armes et grand groupe de presse et d’édition. On est tous
piégés malgré nous, par la haute finance et sa
mondialisation…
Non, parce que, à l’intérieur de tous ces
systèmes, il y a des hommes. Il faut faire confiance aux hommes.
Pas aux systèmes. Moi aussi mes premiers livres ont
été édités dans les multinationales, mais
j’avais un éditeur qui a cru en ce que je faisais. Il y a des
hommes dans ces appareils. On n’est pas non plus des robots. Ou quand
je fais mes films chez Canal+, c’est parce qu’il y a Alain De Greef, ou
il y a un producteur qui croit en ce que je fais. Donc il y a un moment
donné, quand on est déterminé, on y arrive.
L’économie de mes livres, c’est pas grand-chose, c’est 100.000
balles et vous voyez ce qu’on arrive à faire. Donc il y a de
l’espoir.
Entretien: David Leloup
Lisez notre dossier de 12 pages sur la justice fiscale dans
le magazine
papier que vous
pouvez commander par courriel
(nous vous
l’enverrons par la poste) ou acheter
au format PDF.
|
|
|