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Le retour en ville

Vivre ensemble, ça se travaille

« Etes-vous plutôt ville ou plutôt campagne ? » Cette question sera-t-elle bientôt obsolète ? Car nous vivrons tous, peu ou prou, en zone urbaine dans peu de temps. En effet, si au début du 20e siècle les humains n’étaient que 10% à vivre à l’intérieur des cités, ils seront 80% dans ce cas en 2015. Et la Belgique, avec sa densité de population particulièrement forte sur son petit territoire, n’est pas en reste…

Si la ville, pendant très longtemps, s’est caractérisée par le fait d’avoir des limites, ce n’est plus guère le cas aujourd’hui. Elle est à présent diffuse, composée d’un centre, d’une première périphérie, d’une seconde périphérie… « La métropolisation, explique l’urbaniste François Ascher [1], s’appuie sur le développement des moyens de transports et de stockage des biens, des informations et des personnes (…). Ainsi, la vitesse de déplacement des personnes dans les villes européennes a augmenté de près de 30% en une quinzaine d’années, tandis que, dans le même temps, se développaient le téléphone portable et l’usage d’Internet, les compact-discs et les transmissions par satellites, et que se généralisait l’usage des congélateurs et des fours à micro-ondes. Ces moyens de transports et de stockage, performants et de plus en plus individualisés, donnent des formes nouvelles aux agglomérations urbaines. » Le besoin de proximité, qui incite à se « regrouper », est ainsi en pleine évolution, la technique rendant l’éloignement du cœur de la cité de moins en moins handicapant.

Vers des centres vides ?

Les classes moyennes choisissent la ville diffuse pour son espace, moins cher et plus vert, ou la ville centrale pour ses services et ses équipements. Il se crée ainsi un mouvement de balance entre la fuite de la densité urbaine et l’attrait culturel de la ville.
« Traditionnellement, explique Eric Corijn, sociologue et philosophe de la culture, directeur du centre de recherche Cosmopolis à la VUB, la cité est l’endroit de la socialisation. Lorsqu’un jeune quitte la maison familiale, il s’installe en ville. Puis, souvent, après avoir fondé un couple, trouvé un travail, s’il a un enfant, il part pour la périphérie. » La pauvreté des équipements – et des logements – prévus pour les enfants dans nos cités n’est, soit dit en passant, sans doute pas étrangère à cette « migration  »… Restent donc en ville des isolés et des familles trop pauvres pour pouvoir déménager vers la périphérie, dont les immigrés. Ce qui crée un cercle vicieux : si les habitants s’appauvrissent, les pouvoirs publics aussi, et donc les possibilités d’investissements.
Conséquence : depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les villes se vident, lentement mais sûrement, de leurs habitants. A Bruxelles, 10.000 personnes quittent chaque année la cité pour s’installer en banlieue. L’hémorragie est on ne peut plus régulière : ces chiffres sont identiques en 1965 ou en 2004.
Pourtant, depuis quelques années, on assiste à un mouvement général en Europe [2]. Dans notre capitale, le nombre d’habitants s’est mis, à partir de 1995, à augmenter. A Liège, l’érosion s’est interrompue. « Attention, signale Mathieu Van Criekingen, géographe, chercheur à l’ULB, cela ne signifie pas un retour à la ville. Dans les villes occidentales où elle a lieu, la périurbanisation continue. Mais cette hémorragie est à présent compensée par l’arrivée d’étrangers. Parmi eux, un tiers vient de pays riches, deux tiers de pays pauvres. Ce qui n’induit pas automatiquement qu’ils sont riches ou pauvres, mais donne quand même quelques indications. » Les « villes-centres » sont donc de plus en plus pauvres et cosmopolites (sans compter bien sûr les migrants « invisibles », sans papiers). Ils ne comportent plus vraiment un grand groupe majoritaire, mais plutôt une juxtaposition de communautés différentes. Ce qui pose une multitude de questions.

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[1Les nouveaux principes de l’urbanisme, François Ascher, L’Aube, 2004, p. 60.

[2Et en Belgique, à plus ou moins grande échelle, en fonction de la taille des villes. Le phénomène est donc plus sensible à Bruxelles ou Anvers, villes de dimension européenne, qu’à Liège ou Gand, villes de dimension régionale.

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