« Il est trop tard pour
être pessimiste », aime
répéter Yann-Arthus
Bertrand, le réalisateur du récent film
Home*.
Certes, mais vu l’urgence
de la situation, c’est
un peu court. En effet,
quand les milieux scientifiques s’accordent à dire qu’« il reste
dix ans pour sauver le
climat », mieux vaut
rester lucide. Sur quels
espoirs fonder cet
optimisme ? Quelles
solutions réalistes
mettre en œuvre pour
sortir de l’impasse ?
Si nous voulons, collectivement, sortir
l’humanité de la situation fâcheuse
dans laquelle elle s’est enfoncée en
malmenant la planète, une mobilisation
semblable à celles qui se produisent en
période de guerre est aujourd’hui nécessaire.
C’est que le temps est compté et les enjeux
colossaux.
Quand « écolo » était un gros mot
Ceux qui, depuis trois ou quatre décennies,
sont sensibilisés à la cause de l’écologie
connaissent par cœur ce cortège de pollutions,
de naufrages, d’explosions, de fuites
et d’accidents qui ont pour noms Minamata,
Bhopal, Tchernobyl, Torrey Canyon, Amoco
Cadiz, Erika… et autres catastrophes écologiques
: remplacement des agriculteurs par
des machines et des molécules chimiques,
saccage des forêts tropicales, surexploitation
des mers et des océans, et surtout fuite en
avant productiviste, dans une débauche de
consommation d’énergies fossiles.
Dans une société de consommation triomphante,
le mouvement écologiste naissant,
tel David contre Goliath, a investi son énergie
dans des combats locaux, pour s’opposer à
tous ces dangers menaçant la vie et la santé
de l’homme sur la planète : le nucléaire, les
pesticides, les rejets de l’industrie chimique,
la destruction des ressources de la biodiversité.
L’industrie privilégiant alors le profit
financier immédiat au détriment de l’intérêt
collectif. Mais au nom du « progrès », bien
sûr !
Dans les pays industrialisés, durant les
« trente glorieuses », alors que les mouvements
sociaux récoltaient, via une augmentation
rapide de la consommation, les fruits
de plus d’un siècle de luttes, les écologistes
étaient pour leur part complètement marginalisés. Et jusqu’il y a peu, traiter quelqu’un
d’« écolo » restait une insulte qui faisait
rigoler les beaufs.
Dans nos régions, la tendance lourde des
résultats des élections de juin dernier, c’est
la montée des écologistes. Pour l’élection au
Parlement européen, les Verts ont réalisé
16,2% en France et 23% en Belgique francophone.
Aux élections régionales belges,
Ecolo a grimpé jusqu’à 17,9 % à Bruxelles et
18,5 % en Wallonie. Ce ne fut pas la « déferlante
verte » annoncée par certains sondages,
mais tout de même une vraie vague. Après
les 454.730 voix des Verts aux élections régionales
en Communauté française, « écolo »
n’est plus un gros mot désormais. Ouf !
Même Sarkozy se verdit...
Plus fondamentalement, les nombreuses
faillites annoncées depuis l’automne dernier
témoignent bien souvent de l’impasse du
modèle « toujours plus ». En effet, quand
General Motors, « le » constructeur automobile
par excellence, dépose son bilan, cela
veut dire que la voiture bling-bling (Buick,
Cadillac, Chevrolet… et Hummer), qui a
largement contribué à accréditer l’image
mentale de la surconsommation comme
allant de soi, a pris un sérieux coup dans
l’aile. Et la porte entrouverte à l’écologie par
Barack Obama, annonçant 150 milliards de
dollars d’investissements dans les secteurs
verts, témoigne évidemment de la prise de
conscience du caractère précieux de l’énergie
et des écosystèmes.
Autre nouvelle étonnante, même la France
de Sarkozy, chantre planétaire du nucléaire,
reconnaît qu’elle s’est trompée. Le 9 juin
dernier (soit le surlendemain de la surprise
électorale créée par la progression de la liste
Europe écologie en France), l’hyperprésident
a estimé que « le tout nucléaire avait été une
erreur collective : la France pensait ne pas
avoir besoin des énergies renouvelables. Là
où nous dépensons un euro pour le nucléaire,
nous dépenserons le même euro pour la
recherche sur les technologies propres. Ce
n’est pas l’un ou l’autre. C’est l’un et l’autre.
Je réaffirme cet objectif non pas à l’horizon
de 2015 ou 2020, mais tout de suite, maintenant
».
« Tout de suite, maintenant », comme dit
Sarkozy, le moment est sans doute venu d’investir
massivement dans les comportements
et les techniques dont nous disposons déjà
pour réduire radicalement la production de
gaz à effet de serre. Sans se laisser distraire
de cet objectif premier par des « technologies
révolutionnaires »… qui se révéleront peut-être
illusoires et qui verront le jour après-demain
ou à la Saint-Glinglin.
Lister les solutions réalistes
Dix ans, cela passe très vite. Nous n’avons
pas le temps de tergiverser ! Le prochain
Sommet sur le climat, qui se déroulera à
Copenhague en décembre, est présenté
comme celui « de la dernière chance ». Dès
lors, le moment n’est-il pas venu, pour les
scientifiques les plus en pointe, d’établir la
liste des priorités afin d’éviter un accident
climatique majeur ? Le moment n’est-il pas
venu qu’une instance autorisée soit investie
de la mission de proposer des réponses
réalistes au problème et se charge :
1. d’expliquer simplement et clairement
pourquoi il est urgent d’agir très vite :
obligation impérieuse de maintenir la concentration
des gaz à effet de serre sous la barre
des 400 ppm [1], pour ne pas dépasser une
augmentation de 2° de température moyenne
à la surface de la terre dans les décennies
à venir (une concentration de 500 ppm
impliquerait un réchauffement global de 3 à
4°, l’emballement de la machine climatique et
donc un climat « irrécupérable » pendant de
très nombreuses générations) ;
2. d’intégrer le droit au développement
des populations du Sud dans ce projet
planétaire, ce qui implique bien évidemment
le transfert de technologies appropriées pour
à la fois lutter contre l’effet de serre, protéger
les ressources naturelles et favoriser l’épanouissement
matériel des populations ;
3. de répertorier les solutions abordables,
au Nord comme au Sud de la planète,
parmi lesquelles : une fiscalité réduite pour
les produits propres et économiseurs d’énergie
; la construction massive de champs d’éoliennes
interconnectés dans les zones les plus
venteuses sur terre et en mer ; l’installation
par millions de toits solaires ; l’exploitation
à des fins énergétiques d’une partie de la
biomasse ; le recyclage des déchets verts
pour en tirer de l’énergie et des engrais ; la
symbiose industrielle (recyclage, réutilisation
et réduction du volume des déchets) ; le
développement d’un nouveau modèle agricole
favorisant l’agroforesterie (lire notre dossier
en pages 8 à 15) et l’élevage en relation
directe avec le sol (plutôt que « hors sol », ce
qui engendre une forte pollution et contribue
à détruire la forêt tropicale) ; une réduction
de la consommation de viande ; une relocalisation
de la production alimentaire, et
un rapprochement des zones urbaines et
maraîchères ; une limitation drastique de la
consommation des voitures en carburant ;
une réduction de moitié des déplacements
individuels en auto ; des investissements
prioritaires dans les transports en commun
et dans des espaces protégés réservés aux
piétons et aux cyclistes ; le lancement de
grands chantiers d’isolation et de rénovation
de l’habitat ; un réaménagement du territoire
intégrant autant que faire se peut les lieux
de travail, de logement, de loisirs, les écoles,
les crèches et les commerces ; la valorisation
de l’écotourisme de proximité ; l’éducation à
l’écologie, au respect de l’environnement et à
la citoyenneté.
Wallonie-Bruxelles,
haut-lieu d’innovations
Pour la première fois, des Verts pourraient
entrer dans des gouvernements régionaux
sans être la force d’appoint dont on abuse, à
la première occasion. S’ils jouent leurs cartes
habilement, les Verts se montreront fermes
sur leurs priorités : les solidarités sociales,
la bonne gouvernance et, surtout, la mise en
oeuvre volontariste de grands chantiers du
développement durable.
Il est clair que les écologistes wallons et
bruxellois ne pourront s’attaquer qu’à une
petite partie du vaste programme ébauché
ci-dessus. L’essentiel se joue à l’échelle européenne
et mondiale. Ainsi, même si l’aviation
commerciale constitue aujourd’hui une
atteinte flagrante au droit des générations
futures de disposer d’une planète viable, les
Verts ne pourront pas arrêter cette débauche
de vols low cost qui obère le développement
durable en Wallonie [2].
Mais s’ils veulent être crédibles, les écologistes
devraient pouvoir enfoncer quelques
coins dans les secteurs riches en retombées
pour l’emploi, le bien-être des populations et
l’environnement. Il en est ainsi, par exemple,
de l’isolation-rénovation des logements et
du réaménagement de l’offre des transports
en commun. La liaison autoroutière
Cerexhe-Heuseux Beaufays (700 millions
d’euros) devrait ainsi être gelée au profit de
la construction d’un vrai réseau de tram à
Liège.
Il n’est pas innocent que les Verts arrivent
au pouvoir au moment où le monde doit
impérativement changer [3]. Les enjeux sont
de taille. Et les Belges francophones tout
petits. Mais leur excellent score et l’exclusion
mutuelle dans laquelle le PS et le MR se
sont emmurés donnent aux Verts (alliés
aux Oranges, en recherche d’une nouvelle
identité) l’occasion de faire de la Wallonie
et de Bruxelles un indispensable haut-lieu
d’innovations sociales et écologiques.
Depuis 2002, Imagine magazine a pris son
autonomie totale par rapport à Ecolo. Mais
nous leur souhaitons évidemment bonne
chance. Et nous nous réjouissons pour les
cinq ans à venir. Allez, les Verts !
André Ruwet
*Diffusé sur certaines chaînes de télé, sur Internet et dans des lieux publics
symboliques, le 5 juin dernier, ce film sur la planète vue du ciel peut être visionné
gratuitement sur www.youtube.com
[1] Depuis le début de l’ère industrielle, l’Homme a augmenté la concentration
des gaz à effet de serre dans l’atmosphère de plus d’un tiers. Aujourd’hui, cette
concentration atteint quelque 385 ppm (parties par million en équivalent CO2). Si
nous voulons éviter une concentration supérieure à 400 ppm, ce qui correspond
à un risque d’augmentation de la température de 2° C environ, il faut que le pic
des émissions globales de gaz à effet de serre soit atteint en 2015. Et diminue par
la suite.
[2] Même si aujourd’hui, l’aviation n’est pas officiellement prise en compte dans les
calculs de production de gaz à effet de serre.
[3] Ce texte a été rédigé le 11 juin, alors que les négociations politiques débutaient.
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par malik - le 1er juillet 2009
bonsoir
je fais parti de ceux qui sont conscient des problemes ecologiques,je me rapelle des beaufs qui disait "le nucleaire ou la bougie"pôvre beufs ils paniquent maintenant..... moi pas
yann Arthus-bertrannd arrive trop tard son film "home" est beau,bien foutu,mais il ne m’apprends rien,j’etais au courant ,de plus il en gaspillé de l’energie et de l’essence avec les voyages en helicoptere,mais ce que je ne comprends pas c’est pourquoi il a tourné ce film maintenant et pas il y a 10 ou 20 ans car il etait dejà au courant ,il attendait peut etre que françois-henri PINAULT le sponsorise et le finance à la sueur des travailleurs du groupe PPR pour engrosser les actionnaires qui roule en 4x4 bravo l’hypocrisie ce qui me console c’est que les riches vont casquer autant que les pauvres en attendant esperons que les ecolos taxant un maximum les grosses cylindres et les 4x4 à bientot pour la suite ah ouipour la petite histoire le groupe PPR a offert gratuitement le dvd de "HOME" à tout son personnel
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Ceux qui ont moins de capiteaux porteront davantages les conséquences des effets pervers d’une humanité morbide qui est sur le point de passer à la vitesse supérieur dans ce voyage morbide et dangereueusement grotesque.
J’ai en enfant et j’ai peur du monde hyper-agréssif qui sera peut-être le sien.
Déplacements massifs de populations, razias hyper agréssives sur le peu de ressources restantes. Soleil Vert etc.
Espérons que l’humanité se trouve son Kenedy Vert et son objectif Lune, dévloppement durable ( tout de suite !! ).
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