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Pourquoi l’Europe ne fait plus rêver...

Le trentième anniversaire des élections européennes s’est déroulé en pleine crise financière et économique. Or cette crise fait éclater au grand jour les lacunes de la construction européenne. Incapable d’insuffler un projet politique émancipateur, l’Europe ne fait plus rêver.

Bien que la crise financière ait éclaté aux Etats-Unis, l’Europe est entrée plus tôt en récession que son voisin d’outre-Atlantique. Une récession qui s’annonce également plus sévère : -4% en Europe contre -2,8% aux Etats-Unis en 2009, selon le FMI. Et lorsqu’on évoque une possible reprise à terme, on s’empresse d’ajouter qu’elle surviendra en Europe six mois après les Etats-Unis.

Les raisons d’un échec

Plusieurs éléments expliquent ce constat. Tout d’abord, l’asymétrie de la construction européenne amenuise les capacités de réaction de l’Union en période de crise. En effet, malgré l’adoption d’une monnaie unique dont tout le monde se félicite aujourd’hui, tant elle a empêché une crise monétaire intra-européenne, l’Union ne s’est dotée ni de moyens budgétaires communautaires suffisants, ni d’une politique sociale et fiscale harmonisée.
Une double impasse résulte de cette asymétrie : d’une part, les pays européens s’avèrent incapables de concocter des plans de relance coordonnés et d’ampleur suffisante. Là où la Chine a injecté 5,9% de son PIB et les Etats-Unis 3,8%, l’Europe s’est limitée à 1,8%. En outre, le plan européen prend la forme d’une addition de plans nationaux, dont on a le plus grand mal à percevoir la philosophie et la cohérence. La dimension verte de ces plans européens est ainsi réduite à sa portion congrue.
D’autre part, la cohésion économique et sociale de l’Europe est gravement mise à mal. L’élargissement aux pays de l’Est, qui était une nécessité politique, n’a pas été assumé financièrement : le budget communautaire reste bloqué à 1,1% du PIB européen. Par conséquent, les pays de l’Est n’ont pas d’autre choix que de miser sur le dumping social et fiscal pour rattraper leurs voisins occidentaux, contrairement aux pays d’Europe du Sud (Espagne, Portugal, Grèce), qui avaient bénéficié d’importants transferts de fonds structurels pour financer une harmonisation par le haut. Bien qu’elle ait fait ses preuves, ce n’est pas cette méthode qui a été choisie, mais bien celle d’une concurrence de tous contre tous, entraînant une compression généralisée des salaires, ainsi que des charges sociales et fiscales. Et lorsque les économies de la Hongrie, de la Lettonie ou de la Roumanie s’effondrent, c’est vers le FMI que ces pays sont contraints de se tourner pour sauver ce qui peut encore l’être…
Enfin, un élément préoccupant pèse sur la reprise européenne : malgré les centaines de milliards d’euros injectés dans les plans de sauvetage, les banques ne sont toujours pas remises sur les rails. Non seulement les produits toxiques continuent de peser sur les encours de crédits, qui restent négatifs, mais ils ont tendance à augmenter. En effet, plus la crise s’enracine, plus des emprunteurs font défaut et plus les créances douteuses des banques augmentent, même si elles n’avouent qu’une partie de leurs pertes (moins d’un tiers, selon le FMI). En définitive, le FMI estime que les banques européennes (zone euro + Royaume-Uni) cumulent 1 200 milliards de dollars de pertes, contre 1 050 milliards aux Etats-Unis, alors que les deux tiers des crédits privés en Europe émanent des banques, contre un tiers aux Etats-Unis.
En définitive, alors que l’économie européenne est plus dépendante des banques pour son financement, les banques européennes s’avèrent plus mal en point que leurs consoeurs d’outre- Atlantique. Or, une nouvelle fois, la construction européenne est bancale : malgré la mise en place d’un marché financier intégré, il n’existe pas de superviseur européen. Du coup, aucun Etat membre n’ose avancer seul dans la restructuration de son secteur bancaire, craignant que cela pénalise « ses » banques par rapport à celles des pays voisins. Il en résulte que, faute d’une institution européenne adéquate, la restructuration du système bancaire européen risque de prendre beaucoup de temps, sur fond de plans d’austérité douloureux pour le pouvoir d’achat des citoyens.

Sortir de l’impasse

L’asymétrie de la construction européenne n’est pas un hasard. S’élargir sans s’approfondir politiquement, adopter un marché et une monnaie uniques sans harmonisation sociale et fiscale ni véritable politique budgétaire commune, développer un marché financier européen sans superviseur supranational, tout cela concourt au même objectif : promouvoir une construction européenne fondée sur la course à la compétitivité plutôt que sur la coopération. Incapable d’insuffler un projet politique émancipateur, l’Europe ne fait plus rêver. Son impuissance face à la crise devrait pourtant inciter les décideurs européens à réorienter en profondeur leurs priorités.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

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