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Quelqu’un, un jour, a décidé de sonner l’alarme...

Les lanceurs d’alerte

Les lanceurs d’alerte, vous connaissez ? Dans des laboratoires, des universités, des entreprises… des femmes et des hommes, prenant conscience que notre société court un risque majeur, se lèvent et tentent de nous en avertir. Réchauffement climatique, nucléaire, folle croissance économique : ils veulent stopper cette fuite en avant et pensent au bien commun. Imagine a rencontré quelques-un(e)s de ces femmes et hommes debout. Portraits.

Une alarme sonne. « C’est l’alerte incendie », pensez-vous… Que faire ?
Y croire ou pas ? Quitter le bâtiment immédiatement ou attendre et voir ? Vérifier que les pompiers l’ont bien entendue, peut-être ? Et s’assurer qu’ils vont intervenir ?
Dans cette histoire fort commune, un système technique – l’alarme incendie – a bien fonctionné : vous avez pris l’alerte au sérieux, les pompiers sont entrés en jeu et ont réduit le sinistre à peu de chose…
Dans une multitude de risques d’une autre envergure, ce système technique n’existe pas, et c’est alors un humain qui doit intervenir. Effets délétères de l’amiante, impacts négatifs des plantes génétiquement modifiées, risques occasionnés par les ondes électromagnétiques, conséquences dramatiques de nos rejets de CO2 : ce sont autant de sujets sur lesquels nous sommes informés parce que quelqu’un, un jour, a décidé de sonner l’alarme, se transformant en « lanceur d’alerte ».
Cette expression, nous la devons à deux sociologues, Francis Chateauraynaud et Didier Torny [1]. «  L’alerte, précisent-ils, prend, dans le sens où nous l’entendons, la forme d’une démarche, personnelle ou collective, visant à mobiliser des instances supposées capables d’agir et, pour le moins, d’informer le public d’un danger, de l’imminence d’une catastrophe, du caractère incertain d’une entreprise ou d’un choix technologique. » Nous n’avons pas ou pas seulement affaire ici à la dénonciation d’une situation passée, mais bien à un appel tourné vers le futur, à propos d’un risque actuel et à venir, et qui parie donc sur une résolution. « L’alerte idéale, commente Sébastien Brunet, professeur de sciences politiques à l’ULg et directeur du laboratoire Spiral [2], doit provoquer le changement, faire en sorte que le risque ne se réalise pas ! L’alerte climatique est un exemple typique d’alerte qui n’a pas fonctionné, puisque nous en sommes à présent à gérer les conséquences du réchauffement… »

Des « alerteurs » libres d’alerter

Les étapes d’un lancement d’alerte sont à peu près identiques à celles de notre alarme incendie. Une ou plusieurs personnes – des chercheurs, des citoyens – identifient un problème, un risque, et tentent de se faire entendre, en mobilisant des scientifiques, en créant une association, en essayant d’atteindre les médias. Dans l’espoir que les autorités publiques s’emparent du sujet et tranchent la question dans le sens du bien commun.
Les alertes sont très régulièrement issues du monde de la recherche. Pour qu’elles existent, il faut former des chercheurs-citoyens, « qui ont ensuite la liberté de s’exprimer, de faire autre chose que strictement remplir leur mission, remarque le juriste et philosophe Axel Gosseries (lire son portrait p.11). Le resserrement des conditions de travail, avec des contrats à durée déterminée et des objets de recherche de plus en plus précis, est évidemment problématique ». Une recherche indépendante, qui n’est pas liée à des intérêts industriels ou politiques, est indispensable, et dans des institutions qui reconnaissent le service à la société. « Tenir compte dans les curriculums et les évaluations de l’activité extra-universitaire serait bien, estime par exemple le climatologue Pierre Ozer. Ce n’est que trop peu le cas aujourd’hui, ou pire, c’est considéré comme négatif. »

(...)

A lire :

Pierre Ozer
Avions, voitures... oser le pavé dans la mare !

Marie-Dominique Robin
Porter la plume dans la plaie

Axel Gosseries
Justice et démocratie à tous les étages !

Isabelle Cassiers
Quand une économiste croise le bonheur

Michel Wautelet
Inventer l’après-pétrole maintenant

Jean-Pascal van Ypersele
De la Terre à la Une

Olivier De Schutter
Mobiliser, pour que la faim ait une fin

<td style="vertical-align: top; background-color: rgb(256, 256, 256);"><font style="font-weight: bold;" face="Verdana, sans-serif">Lire ce dossier (9 pages) dans le magazine papier disponible chez votre libraire. Vous pouvez aussi le commander par courriel (nous vous l’enverrons par la poste, voir tarif ici) ou l’acheter au format PDF (3 euros).

[1Dans le cadre de leur ouvrage Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, EHESS, 2005.

[2Scientific and public involvement in risk allocations laboratory. www.spiral.ulg.ac.be.

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