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Eloge de la fessée et du biberon

Pan-pan cul-cul. D’après mon humble expérience, les coups de pieds au cul qui se perdent sont infiniment plus nombreux que les supposés traumatisés du postérieur.

Et si mes jeunes contemporains semblent souffrir d’un mal, c’est moins d’avoir tremblé sous les coups de martinet parentaux que d’avoir grandi face à des adultes incapables de concilier tendresse et autorité. Car de quoi un jeune humain a-t-il besoin pour s’épanouir et se structurer ? De soins, d’amour, de jeux, de respect… et de limites. De limites ! Bébé n’a rien, et il veut tout. Or comment indiquer ses limites à un tout jeune enfant qui découvre à peine le langage ? Qui, à vingt-quatre mois, n’a pas encore saisi toutes les subtilités de ma pourtant très didactique dialectique ?

Criminel. Je suis un tout jeune papa. Mais je l’avoue, le rouge au front : j’ai déjà fessé trois ou quatre fois la cuisse de mon gamin – pendant qu’il martelait en hurlant mon beau visage stoïque de ses petits souliers cloutés en tartinant de purée diarrhéique le siège avant de la voiture. De saints psychologues, des moines zen stoïques, des experts appointés par les magazines féminins vous expliqueront doctement que j’eusse pu faire autrement. Oui mais, voilà, je n’ai pas pu. Que celui qui n’a jamais fessé me file la première beigne. Or cette fessée, ce pilier de notre patrimoine pédagogique, sera peut-être demain hors-la-loi. Je suis un criminel en sursis.

Coups liftés. A l’exemple de la Suède qui, entre autres merveilles, a déjà apporté à l’humanité les coups droits liftés, les cuisines IKEA et les noms imprononçables, la députée UMP Edwige Antier vient en effet de déposer une proposition de loi pour interdire en France les châtiments corporels – dont la susnommée fessée. Mais pourquoi cette sacralisation phobique du corps ? Pour ma part, les mots et les attitudes m’ont toujours semblé bien plus blessants. Et j’ai du mal à comprendre une société qui interdirait les fessées quand elle autorise les matches de boxe et les bombardements en Irak. Bien entendu, je trouve abject de « battre » ses enfants. Mais une petite fessée « pédagogique » me semble le contraire même de la « maltraitance ». C’est une douleur symbolique et ponctuelle (« il faut marcher sur le trottoir ») pour éviter une douleur bien réelle et mille fois plus grande (« se faire écraser par une voiture »). A tout prendre, donc, pourquoi ne pas faire une loi pour interdire la connerie et les accidents de la route ? Il y a visiblement du pain sur la planche !

Eczéma. Tant que nous sommes dans les Pampers, connaissez-vous les BAM, pour « Brigades de l’Allaitement Maternel » ? Des infirmières et de kinés de choc qui, avec la foi du charbonnier, tentent de vous convaincre, à coup d’affiches, de brochures et de culpabilité, que nourrir son enfant au biberon est le premier des crimes contre l’humanité. Ce n’est pas moi qui vais dénigrer les seins, fussent-ils maternels. Mais ça m’énerve. D’abord, parce que j’y vois une de ces modes pédagogiques qui, souvent, nous tient lieu d’intelligence collective. Il y a vingt ans, bébé devait dormir sur le ventre. Aujourd’hui, on vous ordonne de le faire dormir sur le dos. Dans dix ans, les mêmes, avec autant d’autorité et de suffisance, vous expliqueront qu’il faut le faire dormir debout. Soit. Un peu de relativité ne me semblerait pourtant faire de mal à personne. On m’affirme aujourd’hui que le lait maternel est un véritable élixir de santé. Je veux bien. Mais je connais malheureusement deux bébés couverts de pustules et d’eczéma. Ils sont nourris au sein maternel. Mon fils et ses cousins pètent de santé. Ils sont tous nourris au biberon. Hasard statistique, certes. Mais qu’aurais-je entendu si cela avait été l’inverse ?

Maman dodo. Car j’ai vu des mères cernées, déjà épuisées par leur accouchement, ne pas dormir pendant huit mois pour nourrir, d’une poitrine exsangue, leur insatiable rejeton mâchouillant son mamelon. Or il n’y a pas de « bons parents » crevés. Avec le « bibi », c’est papa qui peut se lever la nuit. Maman dort et récupère. Bébé mange plus rapidement, et dort mieux, lui aussi. L’économie générale de la famille s’en trouve améliorée, et avec elle, la santé de tous. Entendons-nous : nourrir son enfant au sein me semble bien sûr naturel et légitime. Je dis simplement que nourrir son enfant au biberon a d’autres avantages. Etre parent est un métier difficile. Ne nous le rendons pas impossible. Que chacun, avec amour et intelligence, fasse donc comme il peut – et les bébés seront, je crois, bien gardés.

Pour la route. En vertu de la jurisprudence Maradona (Argentine-Angleterre, 2-1, 1986), l’équipe de France de football s’est qualifiée pour le Mondial 2010 grâce à la « main de dieu » frauduleuse de son capitaine (France-Irlande, 1-1, 2009). Pour ne pas se qualifier, l’équipe de Belgique, elle, s’est modestement contentée de jouer comme ses pieds. Le sport, c’est l’école de la vie. Gloire aux tricheurs et Yves Leterme Premier ministre.

Claude Semal
Auteur-compositeur, comédien et écrivain
www.claudesemal.com

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