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Avril 2012
Toujours plus haut, toujours plus loin
Réflexions après un voyage dans l’« Archipel Palestine »
De retour d’un voyage destiné à aider des étudiants universitaires palestiniens à poursuivre leurs études malgré les grandes difficultés du moment, j’ai été frappé par certains aspects étonnants que l’on constate au jour le jour dans la terre bénie du Ciel. Première bénédiction, la gentillesse, le sourire et l’accueil que l’on reçoit de la part des Palestiniens. C’est de loin l’impression qui prévaut, heureusement.
Heureusement car, derrière cet aspect si positif se cache la « terre bannie du Ciel » , des réalités implacables et délétères et j’en vois deux en particulier parmi les nombreuses mauvaises surprises que l’on rencontre à tout bout de mur. . Le « Guinness book of record » de la honte, le mur, toujours plus long, toujours plus sinueux et parfois même plus haut. Vous me direz : 8 m mètres de haut n’est-ce pas suffisant !
Mur « normal » (euphémisme)
Mur « promotion + »(Walajeh)
Ce mur défigure littéralement le pays et sinue dans tous les sens, spécialement dans les environs de Jérusalem , Kalkilya, Walajeh (Bethléem), Abou Diss, Bétanie et tant d’autres lieux. Plusieurs villes et villages sont d’ailleurs littéralement encerclés. La longueur du mur fait deux fois la longueur de la « frontière » entre les deux Etats. Frontière ? Israël est un des seuls Etats au monde à n’avoir pas de frontière précisée dans sa Constitution et, pour cause. Un Palestinien d’Abou Diss, en me montrant le mur qui frôle sa maison, précisait : « cà, c’est mon holocauste ! ». Son père fut séparé de lui par le mur lors de sa récente construction. (Il habitait à quelques mètres de l’autre côté). Interdiction lui fut faite de lui rendre visite. Dernièrement, son père mourut et il ne reçut pas la permission d’assister aux funérailles ! La procédure pour obtenir un permis de quelques heures était trop longue…Pour une autre personne, c’est aussi la destruction de son rêve : une de nos étudiantes à l’Université d’Al Quds a réussi son premier semestre avec distinction. Elle a été contrainte d’annuler son inscription au deuxième semestre. En effet, elle habite à quelques kilomètres du campus mais les circonvolutions du mur la contraignent maintenant à perdre une heure et demie à deux heures par jour le matin et le soir et pire, à prendre plusieurs navettes de bus pour environ €2,50 par jour ce qui est impossible pour une étudiante qui fait face à des difficultés financières. Pour elle, le mur la prive du droit à l’instruction. C’est le pire qui puisse arriver. Quel meilleur moyen d’humilier un être que de l’empêcher de s’instruire !
Après le mur, les colonies. Un demi-million de colons israéliens peuplent le dessus des belles collines de Palestine et surtout les parties fertiles du pays. Ces colonies sont construites sur un véritable système d’apartheid : entourées de murs et de protections, elles sont reliées à Israël par des routes interdites aux Palestiniens. Elles produisent en abondance des fruits et légumes et aussi d’autres produits de consommation plus durables, ces colonies prospèrent. Les habitants reçoivent d’importants subsides et le commerce de leurs productions, exportées principalement en Europe sous label « made in Israël » se porte bien. L’expansion continuelle des colonies est un fait évident bien connu de tous nos politiciens nationaux et internationaux. Ce qu’il convient d’appeler « l’Archipel Palestine » est un pays sans avenir économique, donc, politique. Interdiction de circuler librement entre les « îlots », interdiction pour les « iliens » de se rendre à la capitale, interdiction pratique de transporter des produits périssables, pas d’aéroport, pas de port… on ne peut mieux faire pour étouffer un pays. En quittant la Palestine par le fameux pont « Allenby » chaque voyageur est interrogé sur les raison de sa visite. L’intérêt principal est la question de savoir « où » on a été et « qui » on a rencontré. A ma réponse : « En Palestine, à Abou Diss, à Walajeh, à Bethléem, à Jénine… », le ou la préposé(e) de service répond : « Ces lieux sont en Israël, pas en Palestine ». Je réponds : « Non, c’est en Palestine ». A quatre reprises la même question m’est posée. A chaque fois, je réponds de même. Alors, d’un air vraiment mécontent, il(elle) applique le cachet de sortie. Mais, cela en dit long sur l’esprit des fonctionnaires israéliens contrôlant l’entrée et la sortie d’un pays qui n’est pas le leur.
Bref, en sillonnant l’Archipel « Palestine », on ne peut que ressentir d’une part un sentiment de « honte à celui qui a construit le mur et qui l’amplifie » et un sentiment de dégoût par rapport au système d’Apartheid qui caractérise l’expansion des colonies. Mais surtout, sans doute, un sentiment de honte pour les responsables politiques et diplomatiques du monde, dont nous faisons partie. Seul rayon de soleil pour un belge : la Belgique, avec l’Autriche, sont les deux seuls pays de l’Union européenne qui ont signé une proposition de l’ONU pour réaliser une enquête au niveau des colonies de peuplement. Tous les autres pays se sont abstenus ! Je profite de ceci pour rendre hommage à notre Ambassadrice en Israël qui a été priée de se rendre à Jérusalem pour se faire réprimander par Israël parce que la Belgique respectait le droit international en ce qui concerne le souhait de l’ONU. Il ne fait aucun doute que la situation dramatique et qui empire constamment au Proche-Orient a été d’abord créée par les Grandes puissances (et si on les appelait les « Grandes impuissances ! ») puis, encouragée par celles-ci. La tolérance totale envers l’Etat d’Israël a permis à ce pays de bafouer des dizaines de fois le droit international tant public que privé et cela continue, voire s’amplifie. On comprend l’abîme qui sépare la Déclaration Balfour des agissements de l’Etat Hébreu. Il s’agissait alors de donner une terre aux Juifs, dans le cadre, évidemment, du respect des droits des Palestiniens… Evidemment !
Oui, la situation au Proche-Orient ne peut redevenir juste que par la volonté d’Israël ou celle de la Communauté internationale. Pour la volonté d’Israël, j’ai comme un doute. Pour la Communauté internationale, cela dépend peut-être en fin de compte de chacun d’entre nous.
L’Europe et les Etats-Unis agissent-ils ainsi pour garder un « pied » sur le sol béni du Proche-Orient ? Si oui, c’est bien mal pensé car, que sert d’avoir un « pied » dans la place si le cœur ne vient pas en premier ?
Alain Rihoux
Hiver 2012, et après ?
Février glacial, 600 décès en Europe. Énorme élan de solidarité envers les plus démunis. Ils pourront tenir un peu :
vivres, vêtements chauds, quelques litres de mazout, au mieux,un logement temporaire, chapeau à tous ceux qui les ont aidés. Et puis ? Auront-ils, au printemps, un toit, un lit, de la nourriture,du chauffage et de l’eau, une école pour leurs enfants, des relations d’égal à égal avec leur voisinage ? Mais qui sont-ils ? Des travailleurs ayant perdu leur emploi pour raison de maladie, de handicap, de vieillesse, de restructuration de leur entreprise, ayant perdu leur logement pour raison de séparation, de licenciement, ayant quitté leur pays pour cause de violence, de guerre, de crise, de politique abjecte, de racisme, raisons tout à fait défendables et que personne ne voudrait vivre. Mieux « nantis »qu’eux, celui qui vit seul avec 900 euros, le couple avec enfants et 1500 euros, qui redoutent les fins de mois, l’exclusion sociale, la honte de mendier, la culpabilité de ne pas trouver un emploi qui n’existe de toute façon pas. Le seul écho à une telle détresse : il faut faire des économies sinon la situation sera plus grave encore ! Une solution existe pourtant, l’allocation universelle. Tout individu reçoit une allocation mensuelle indépendante de sa situation financière qui lui permet de répondre aux besoins élémentaires : se loger, se vêtir, se nourrir. Impossible de financer un tel projet ? La solution relève de l’associatif, qui planche sur ce modèle, même aux USA. Une monnaie parallèle et équivalente à l’euro, qui ne coûte pas un rond, qui dynamise une région, et qui a été longuement expérimentée : faire de chaque pays européen un SEL qui emploie une monnaie de singe, qui n’appauvrit pas l’émetteur car elle ne sera pas thésaurisée ni échangée dans une autre région que celle où elle a été émise. Chaque adulte recevrait 500 équivalents euros chaque mois-chaque enfant, 250 jusqu’à 18 ans- qu’il pourrait utiliser pour acheter des services ou des biens produits uniquement dans son pays ou sa région. Cette allocation serait ajoutée au revenu habituel si la personne gagne jusqu’à 2000 euros net, mais 500 euros seraient remplacés par 500 équivalents euros sur les salaires de plus de 2500 euros net. Ceci permettrait de booster la consommation et la production locale, et ne pénaliserait pas les plus hauts salaires qui ne verraient aucune différence sur leur compte en banque. Les petits budgets pourraient assumer certaines dépenses, soulageant d’autant les organisations d’aides. Les fermiers pourraient réorienter leur production vers la vente locale, les artisans, les indépendants, les entrepreneurs pourraient développer des produits, des services de proximité, des jeunes oseraient se lancer dans l’aventure puisque un marché existerait, et certains travailleurs pourraient lâcher une partie de leurs heures aux chercheurs d’emploi puisque leur budget le leur autoriserait enfin. C’est techniquement réalisable avec la puce de la carte bancaire ou de la carte d’identité. Les entreprises, commerces et producteurs fermiers agréés auraient un terminal, réseau financé par les euros gagnés sur les travailleurs les plus riches. La monnaie de singe devrait être dépensée dans le mois sous peine d’être perdue car il ne pourrait y en avoir plus de 500 sur le compte chaque début de mois. Les entrepreneurs du pays qui recevraient en paiement cette monnaie devraient aussi en dépenser 500 par mois dans le commerce local et pourraient échanger le surplus en euros une fois par mois. Pas de contournement d’impôt, pas de travail au noir, un réseau transparent, une dynamique économique dans chaque région, une population qui vit et consomme localement. Avec l’espoir de résultats durables, et d’un avenir plus souriant pour chacun.
Claude Hoton
claude.hoton@hotmail.com
Février 2012
Fukushima, mon désamour
Un an après le début de la catastrophe
Lettre de Michel Bernard,
Journaliste à la revue Silence, janvier 2012
Comme pour Tchernobyl, ce nouvel accident nucléaire va se poursuivre pendant des dizaines d’années… Un an après, on commence toutefois à avoir une idée des conséquences qu’il va avoir.
Le 11 mars 2011, après un tremblement de terre violent, trois réacteurs de la centrale de Fukushima-Daïchi, à 250 km au nord de Tokyo, échappent au contrôle humain. C’est le début d’un des plus graves accidents nucléaires au monde.
Selon TEPCO, le propriétaire du site, et selon la NISA, l’autorité de sûreté nucléaire du Japon, les rejets sont évalués à 10 % de ceux de Tchernobyl pour les rejets gazeux. Mais cette estimation est contestée par de nombreux scientifiques (1). Certains avancent 40 %. Il faudrait distinguer selon les isotopes radioactifs, car les rejets ne sont pas les mêmes. Selon les données transmises par David Boilley, président de l’ACRO (2), pour le Xénon 133, un gaz rare, c’est le plus fort rejet de l’histoire : 2,5 fois ceux de Tchernobyl. La chance (relative !) qu’ont eu les Japonais c’est que 80 % du nuage radioactif est parti en direction de l’Océan pacifique, seulement 20 % ont contaminé les terres.
Une estimation encore incomplète de la radioactivité relâchée
Sur les rejets marins, les estimations varient énormément. Ainsi l’IRSN, Institut de sûreté français, fait une estimation 20 fois supérieure à celle de TEPCO (3). C’est le plus fort rejet en mer de l’histoire. A lui seul, cela correspond déjà à un accident de niveau 5 à 6.
Aujourd’hui, il continue à y avoir de la radioactivité qui s’échappe. Alors que sur les neuf premiers mois, on estime qu’il y a eu des émissions comprises entre 100 000 et 110 000 milliards de Bq par heure, on est encore à 60-70 millions par heure actuellement soit 1 000 fois les limites autorisées. Ces rejets sont restés stables depuis le mois de novembre 2011.
Le risque qu’un nouveau tremblement de terre survienne est pris très au sérieux : les installations mises en place pour stabiliser la situation ne sont pas du tout prévues pour résister à un séisme important (4).
Quelles sont les conséquences pour les Japonais ?
Il y a toujours environ 100 000 personnes déplacées par le gouvernement et des dizaines de milliers d’autres parties volontairement. Les 100 000 premières sont surtout des personnes qui habitaient dans un rayon de 20 km (évacués dans les jours qui ont suivi l’accident), mais également d’autres dans des zones allant jusqu’à 50 km de la centrale, mais où les retombées ont été fortes. En septembre 2011, le gouvernement japonais a supprimé la zone tampon entre 20 et 30 km où la population devait rester confinée, ce qui était irréalisable (on ne peut pas vivre confiné sans renouveler l’air, donc sans faire entrer les particules radioactives).
Le seuil pour déterminer les zones à évacuer (20 mSv par an) est jugé trop élevé par les spécialistes… mais il a été imposé pour limiter les conséquences économiques à court terme. A plus long terme, cela risque de coûter bien plus cher quand il faudra financer les soins de santé de la population.
Il y a encore des évacuations au compte-goutte quand on découvre de nouveaux « points chauds » (concentration de radioactivité par exemple par écoulement d’eau de pluie contaminée). Le gouvernement conseille à ceux qui le peuvent de partir… mais il n’y a aucune indemnité de prévue. Résultats : les riches partent, les pauvres, les vieux, les malades restent. En janvier 2012, dans la préfecture de Fukushima, 46 % des familles sont éclatées. Une étude portant sur 36 000 personnes parties volontairement indique que ce sont à plus de 70 % des femmes et des enfants. Le mari et souvent les grands-parents sont restés, le premier pour continuer à avoir un revenu, les seconds pour garder les maisons. Selon la préfecture du seul département de Fukushima, sur 2 millions d’habitants, 100 000 ont été évacués, 60 000 autres sont parties volontairement, certaines jusqu’à Okinawa, l’île la plus au sud du pays.
Le gouvernement a promis de nettoyer les sols qui provoquent une exposition de plus de 1 mSv/an. C’est une promesse intenable : cela obligerait à gratter les sols jusqu’aux quartiers nord de Tokyo. Cela représenterait 13 000 km2 (environ la surface de l’Ile-de-France !). Une commune (Date) a essayé de faire cette décontamination sur 26 maisons. Le chantier n’a pas permis d’atteindre le seuil de décontamination sur 22 d’entre elles.
Tout est ralenti par le manque d’argent : TEPCO devrait ainsi verser 45 milliards d’euros en deux ans aux personnes déplacées… alors que l’entreprise est déjà au bord de la faillite.
Tokyo : la résignation
Entre la limite d’évacuation et les quartiers nord de Tokyo, on a des taux de radioactivité qui varient énormément et de manière irrégulière. Cela va de taux équivalents à la limite d’évacuation de la zone interdite de Tchernobyl à la contamination dans l’est de la France après le passage du nuage de Tchernobyl.
David Boilley donne ces données : « A Kashiwa, cité dortoir dans la banlieue Nord, c’est assez contaminé. Nous avons fait deux mesures d’échantillons en provenance de cette ville. Un prélèvement de terre : on est à 86 000 Bq/m2. C’est plus que la limite qui implique un suivi radiologique en Biélorussie (37 000 Bq/m2). On y a aussi analysé des poussières d’aspirateur à 6 000 Bq/kg en césium. »
Pour Kolin Kobayashi, journaliste indépendant, correspondant à Paris de Days Japan (5), Tokyo a connu une période de forte contamination au départ, surtout au nord-est. Il y a eu aussi d’importants relâchements de radioactivité autour des incinérateurs, car au début, des déchets du tremblement de terre de la région ont été brûlés : ce sont des milliards de becquerels qui ont été relâchés par ces incinérateurs avec des retombées locales. « Les habitants ne prennent pas forcément de précaution parce que, petit à petit, on se résigne. » Il y a le sentiment qu’on ne peut rien faire… sinon partir.
Défiance vis-à-vis de la contamination des aliments
L’ACRO a beaucoup été sollicitée pour des mesures sur les aliments. David Boilley explique : « 60 % de l’alimentation du Japon est importée, mais pas le riz qui fait l’objet d’une grande attention. Alors qu’en France, il y a à priori une interdiction de la consommation de nourriture issue des zones contaminées, puis une autorisation progressive au fur et à mesure que les mesures radiologiques permettent la mise sur le marché des produits, le Japon a eu la démarche inverse : il a tout autorisé, sauf si des mesures radiologiques indiquaient qu’il y avait une forte contamination. Donc si un aliment n’est pas contrôlé, il est a priori autorisé à être mis sur le marché, ce qui n’incite pas à la confiance. »
David Boilley précise encore : « L’Etat a demandé aux provinces de mettre la surveillance en place. Les provinces se sont tournées vers les municipalités. La taille d’une municipalité au Japon, c’est la taille d’une communauté de communes en France. Cela s’étend sur de vastes territoires qui sont proches des agriculteurs et des producteurs. Il n’y avait pas, derrière ce contrôle local, de contrôles inopinés de l’Etat. Cet élément du système n’aide également pas à instaurer la confiance auprès de la population. »
La région de Fukushima est une grosse productrice de fruits et légumes. Par exemple, 50 % des pêches du Japon y sont produites. Et malgré des prix bradés, l’été 2011, elles ne trouvèrent évidemment pas acquéreurs. Il y a eu un scandale autour de la viande de bœufs : 2600 bêtes non contrôlées en amont se sont avérées dangereuses à la consommation… mais on ne sait pas ce qu’il en est des autres bêtes.
Du côté de la mer, les algues, les fruits de mer ont été emportés par le tsunami. Les poissons, sont contaminés. Malgré la découverte de taux importants, la pêche au large de Fukushima reste autorisée !
Enfin des expertises indépendantes ont montré à plusieurs reprises que les contrôles officiels ne sont pas fiables… ou qu’ils sont faussés.
L’essor des coopératives de consommateurs
Pour David Boilley : « Contrairement à Tchernobyl, on n’est pas dans le secret. Il circule sur le web de multiples informations… mais cela ne permet pas de savoir si ce que l’on achète pour manger est contaminé ou non. » Et d’ajouter : « Il naît presque un laboratoire indépendant de mesure de la radioactivité par semaine. Ils sont financés aussi bien par les associations que par les municipalités ou les entreprises. Une chaîne de 800 magasins bio a par exemple lancé son propre contrôle indépendant. » Mais se posent la question de la compétence de ceux qui font les mesures et les commentent : « Sur le site web de l’ACRO, on est monté jusqu’à 15 000 connexions par jour venant du Japon, parce que tous nos résultats sont publiés en japonais. »
Kolin Kobayashi souligne que « nombre de Tokyoites, conscients de ces questions choisissent d’adhérer à des coopératives de consommateurs qui contrôlent elles-mêmes la radioactivité et qui n’achètent que des produits non contaminés. »
Des ouvriers sacrifiés
TEPCO annonçait le 15 décembre 2011 que, sur plus de 17 000 personnes, 840 salariés ont « disparu ». S’agit-il de personnes trop irradiées qui sont mises à l’écart pour ne pas affoler les gens ? Que sait-on des niveaux de radiation subis par ceux qui travaillent sur le site ?
Il existe de nombreuses inconnues. Pendant les dix premiers jours — les pires — aucun salarié n’était équipé de dosimètres (appareils mesurant leur niveau d’exposition)… car le stock avait été noyé par le tsunami. On ne saura jamais les doses qu’ils se sont pris.
David Boilley souligne : « Sur le site, certains pouvaient être exposés jusqu’à 250 mSv/an, au début, 100 mSv/an aujourd’hui. Le problème est que, lorsqu’ils quittent le site de Fukushima, ils ne peuvent plus aller faire de la maintenance dans d’autres réacteurs où les limites sont restées à 50 mSv/an. Il y a donc une pénurie de main-d’œuvre pour les autres centrales nucléaires. »
S’agissant essentiellement d’intérimaires, ils ne sont que peu pris en compte par les syndicats. Selon TEPCO, fin 2011, 6 ont dépassé les 250 mSv et 162 plus de 100 mSv. Des chiffres qui n’ont guère de sens quand on sait que les dosimètres sont arrêtés en-dehors des heures de travail… alors que la plupart des salariés logent sur place.
TEPCO s’est engagé début 2012 à mieux respecter la limite de 100 mSv par an, mais en annonçant que, pour une cinquantaine de spécialistes, ce n’est pas possible car ils doivent aller sur place dans les installations.
Kolin Kobayashi nous confirme que, pour le moment, c’est l’inconnue totale, mais plusieurs associations travaillent maintenant sur cette question.
Silence sur les naissances
Kolin Kobayashi rapporte que de nombreuses rumeurs font état d’incitation à l’avortement pour les femmes de la région de Fukushima. Mais les médecins font cela dans la plus grande discrétion. Au vu de ce qui s’est passé autour de Tchernobyl, les personnes qui suivent le dossier s’attendent à des conséquences extrêmement néfastes pour les bébés dans les zones contaminées. Le gouvernement reste silencieux sur le sujet.
Beaucoup d’informations circulent sur internet, le meilleur comme le pire, et il est difficile de les vérifier. Quant aux médias traditionnels, ils sont sous la coupe des encarts publicitaires : les compagnies d’électricité étant parmi les plus gros annonceurs.
La sortie du nucléaire en un an ?
51 réacteurs sur 54 étaient à l’arrêt fin janvier 2012. Le nucléaire assurait entre 28 et 30 % de la fourniture d’électricité du pays. D’ici fin avril ce sera zéro. Comme le Japon est une île, il n’est pas possible d’importer de l’électricité. Et pourtant, il n’y a pas de coupure de courant. Un miracle ?
Kolin Kobayashi rappelle que « d’après les données fournies par la fédération des compagnies d’électricité (il y a neuf compagnies dans le secteur nucléaire), sans production électronucléaire, elles sont capables de fournir une puissance comparable à celle de l’année 1985, et c’est largement suffisant pour vivre correctement et sobrement. »
Le gouvernement japonais a publié des statistiques sur les 10 premiers mois de 2011 qui montrent que les importations énergétiques n’ont augmenté que de 2 %. Cela signifie que le manque de production d’électricité d’origine nucléaire a été compensé essentiellement par les économies d’énergie.
Tous les jours à la télévision, après les actualités, il y a la météo, puis les prévisions de consommation électrique. Chacun est invité à essayer de faire des économies. Si les industriels ont du obligatoirement baisser leur consommation d’électricité de 15 %, les particuliers ont été encore plus loin. A Tokyo, on a frôlé les 30 % d’économie pendant l’été, principalement en renonçant à la climatisation. Les gens sont très motivés par ce défi. S’ils tiennent jusqu’à l’arrêt total du nucléaire, prévu en avril 2012, ce sera un argument fort pour ne jamais redémarrer les réacteurs. Un sondage paru en janvier 2012 indique que 65 % des Japonais préfèrent continuer à faire des économies d’électricité si cela permet d’arrêter le nucléaire.
Les gouverneurs des départements ont le pouvoir d’autoriser ou non le redémarrage d’un réacteur. Mais ils demandent des garanties. La question est de savoir qui peut les apporter ? La NISA, qui a laissé se produire l’accident de Fukushima est discréditée. L’AIEA, agence pronucléaire de l’ONU, est arrivée sur place fin janvier 2012… mais elle suscite une grande méfiance. Les Etats-Unis mettent aussi la pression car ils craignent que si le Japon arrête tout, il ne soit obligé ensuite de faire de même (6). En attendant, les exploitants ont commencé à décharger le combustible des cœurs des réacteurs… Et les groupes antinucléaires ont publié des plans énergétiques alternatifs jugés crédibles.
Poker menteur
Exploitants et gouvernement essaient toujours de minimiser les conséquences de l’accident. Face à cela, la mobilisation de Japonais, peu visible au début, a pris de l’ampleur.
Kolin Kobayashi montre comment cela se traduit dans les partis politiques : « Le parti communiste a changé complètement le cap concernant le nucléaire. Il prône aujourd’hui la sortie du nucléaire. Le parti social-démocrate (anciennement socialiste) était dés le départ antinucléaire. Le parti conservateur, libéral-démocrate, est toujours pronucléaire et le parti gouvernemental, le parti démocrate, est divisé en deux depuis Fukushima. Mais la démocratie parlementaire fonctionne très mal au Japon et il ne représente plus la volonté du peuple. La question ne concerne pas seulement la politique énergétique, mais aussi la géopolitique : chez les dirigeants politiques japonais, il y a de fortes ambitions en faveur de la bombe nucléaire. »
Pour Meri Joyce, coordinatrice internationale de Peace Boat (7), les changements s’observent plus sur les individus que sur les partis. Le plus gros changement avait été celui de Naoto Kan, l’ancien Premier ministre, mais il a quitté le gouvernement avant d’avoir pu prendre des mesures pour freiner le nucléaire.
Actuellement, comme la loi les y autorise, de nombreuses associations demandent l’organisation de référendums, département par département, sur la sortie du nucléaire. Signe des temps, Asahi Shimbun, un grand quotidien de Tokyo (8) appelle, dans son éditorial du 23 janvier 2012, les lecteurs à signer les pétitions pour demander la tenue de ces référendums.
(1) voir http://www.atmos-chem-phys-discuss.net/11/28319/2011/acpd-11-28319-2011.html
(2) ACRO, Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest, est un laboratoire indépendant français qui a réalisé de très nombreuses mesures à la demande d’associations japonaises. ACRO, 138, rue de l’Eglise, 14200 Hérouville-Saint-Clair, tél : 02 31 94 35 34, www.acro.eu.org.
(3) http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20111027_Accident-fukushima_impact-rejets-radioactifs-milieu-marin.aspx
(4) Un séisme important (magnitude 6,9) a eu lieu le 1er janvier 2012, provoquant une remontée des émissions de radioactivité (+15 %) dans les réacteurs n°2 et n°3.
(5) Kolin Kobayashi est aussi secrétaire général de l’association Echo Echanges ONG France-Japon. http://echoechanges-echoechanges.blogspot.com.
(6) Avec 104 réacteurs, le nucléaire produit 20 % de l’électricité des Etats-Unis, donc moins qu’au Japon.
(7) Peace Boat est une association japonaise né en 1983 qui dispose aujourd’hui de sept navires, lesquels vont de port en port pour mener différentes campagnes pour la paix et l’écologie. Ils sont membres des Amis de la Terre internationaux. www.peaceboat.org.
(8) Il tire chaque jour à 8 millions d’exemplaires.
Pourquoi si peu de manifestations dans les rues ?
Kolin Kobayashi rappelle « après-guerre jusqu’à la fin des années 60, il y avait beaucoup de manifestations, parfois immenses (100 000 personnes). Mais elles ont été toujours violemment réprimées par les forces de l’ordre, celles-ci étant contrôlées par la politique américaine. Les deux premiers ministres, des années 50-60 au moment où le mouvement antinucléaire était le plus fort, Kishi et Sato, étaient des agents de la CIA. La CIA a aussi « acheté » Matsutaro Shoriki, magnat des médias japonais de l’époque, afin qu’il fasse la propagande pronucléaire au Japon. En parlant d’atomes pour la paix, les Japonais ont accepté le nucléaire civil, malgré les bombes sur Hiroshima et Nagasaki. »
« Dans les mouvements antinucléaires, il y a eu de fortes mobilisations : jusqu’à 40.000 personnes autour du projet de centre de retraitement de Rokkasho. Une fois cette bataille perdue, le mouvement a connu un fort déclin. Un peu comme en France, après la bataille contre Superphénix du 31 juillet 1977. Les Japonais n’ont pas d’expérience de luttes sociales ou politiques gagnées. »
Mais, l’impact de l’accident nucléaire est considérable. Et les manifestations reviennent. Kolin Kobayashi cite en exemple « les jeunes du quartier Koenji de Tokyo, qui réussissent à faire mobiliser des jeunes qui n’ont jamais manifestés auparavant. Le collectif des jeunes, Shiroto-no-ran, a organisé des manifestations avec plus de 10 000 personnes dans un seul quartier. Kenzaburo Oé, prix Nobel de littérature et Kei Kamata, journaliste renommé, ont appelé avec d’autres personnalités à manifester le 19 septembre à Tokyo. Il y a eu plus de 60 000 personnes. » Enfin « des mères de Fukushima campent depuis décembre devant le ministère de l’économie et de l’industrie ».
Meri Joyce raconte le succès incroyable d’une conférence qui s’est tenue les 14 et 15 janvier 2012 à Yokohama : « Cette conférence globale pour un monde libéré de l’énergie nucléaire a réuni plus de 11 500 participants dont des représentants d’une trentaine de pays. 4.500 d’entre eux ont participé à une manifestation extérieure improvisée. La conférence a été suivie en direct sur internet par plus de 100.000 personnes ! » Cette conférence a été l’occasion de coordonner tous les projets d’actions pour la journée du 11 mars 2012. Huit maires, dont deux de la région de Fukushima ont lancé un réseau d’élus pour la sortie du nucléaire.
Janvier 2012
Bonjour,
Je suis étonné de voir que vous fêtiez déjà vos 15 ans, j’aurais jamais cru cela alors que je suis un abonné de la première heure.
Je vous contacte pour une petite proposition, si elle vous intéresse. Je voulais écrire une lettre à l’administration communale et puis je me suis dit que cela serait peut être plus intéressant que cela passe dans les médias, même si la nouvelle présente un intérêt assez faible. Je vous le soumets et vous en faites ce que bon vous semble (voir ci-dessous)
Bien à vous
P. Steemans
(j’en avais une autre au moment où le niveau de la Meuse était si bas que les péniches étaient à l’arrêt en France. Encore une situation que les stress-tests n’ont peut être pas envisagé. Qui irait penser que la Meuse serait à sec.)
Grave accident nucléaire sur la commune d’Anthisnes
Selon la formule consacrée, l’encre qui a servi à rédiger le rapport concernant les stress-tests appliqués aux centrales nucléaires belges n’est pas encore sèche, que déjà un grave accident nucléaire s’est produit ce jeudi 05 janvier 2012. Le rapport qui a été communiqué à la population se voulait rassurant et prétendait prendre en compte même l’imprévisible. Que nenni !
Suite à la forte tempête que nous avons subie en ce 05 janvier la centrale nucléaire de Tihange a montré de graves défaillances entrainant des risques pour la population. Les centrales nucléaires ont été arrêtées immédiatement et le plan catastrophe d’évacuation de la population a été mis en œuvre dans un rayon de 30 km. Les centrales étant à l’arrêt et des arbres étant tombés sur des câbles, l’électricité a été coupée dans toute la région empêchant la diffusion de messages à la radio et à la télévision. Les sirènes d’alerte ont été actionnées dans tous les villages pour prévenir la population et organiser l’évacuation. Tous les villages ? Non pas tous ! Dans le village de Villers-aux-Tours, sur la commune d’Anthisnes, isolé du monde, sans électricité, la sirène n’a émis qu’un petit « couac » et puis s’est tue, les batteries à plat probablement.
L’accident nucléaire était de la fiction, l’incident est lui réel : c’était la journée test des sirènes. Est-ce se faire peur pour rien ? Non, cela nous ramène tout simplement à ce que nous sommes, des êtres humains, et donc faillibles.
Prévoir l’imprévisible, quelle arrogance !
Dr. P. Steemans
My publications
"The evolution is reversible. Thus, Pythagoras, Da Vinci, Mendel, Darwin, Einstein ... represent more than 2000 years of science and progress. Scientists now are regressing to the stage of bounty hunters to survive on their art. Quod erat demonstrandum" Himself 1958 > 2011.
Maître de recherche du FNRS - Maître de conférence à l’ULg
Paléogéobiologie-Paléopalynologie-Micropaléontologie (PPP)
Allée du 6 Août, Bât. B-18, parking 40, Université de Liège, Campus du Sart Tilman
B-4000 Liège 1, Belgique
Tél : 00 32 (0)4 366 53 33 - FAX : 00 32 (0)4 366 53 38
Avril 2011
Verviers et son mégaprojet de centre commercial Lettre ouverte à Ecolo :
La colère du désespoir
Il me semble qu’Ecolo a commis une erreur pire que de balayer nos recours : celle de se
couper de sa base.
En venant à Verviers jeudi, "Jean-Mi" avait un discours et un objectif précis : remettre ses
brebis Verviétoises sur le droit chemin. Il n’a montré aucune volonté de comprendre le
vécu verviétois. Stratégie politique et considérations sur les avancées portées par le parti
à l’appui, la locale et la régionale auraient plutôt été invitées à sacrifier leur combat et leur
identité verviétoise pour se faire l’avant-poste du parti central.
Lorsqu’on lui signifie que notre colère est due au désespoir suite à la décision d’Henry,
plutôt que de chercher a entendre ce désespoir, "Jean-Mi" lance un "Il y a toujours un
espoir !" qui ne laisse aucune place au vécu de la population la plus concernée.
Et quand, dans la presse, il dit pouvoir comprendre la tristesse mais pas la colère, il dénie
à nouveau le vécu des habitants et les conséquences en termes de perte d’espace public,
de problèmes de mobilité, de destruction de l’environnement, de qualité de vie et de
maillage social, de départs contraints, de coûts de déménagement, de perte de liens,...
Manque d’écoute chronique !
"Jean-Mi" parle de volonté de dialoguer... après que la décision soit prise ! J’appelle ça se
moquer de la citoyenneté. Les habitants, leurs usages du lieu, leurs vécus et leurs
histoires semblent n’avoir aucun intérêt. Les habitants ne sont même pas perçu en tant
qu’experts de leur milieu de vie, de son usage et de sa gestion. En cela, les pratiques de
"Jean-Mi" ne diffèrent guère de celles d’un Desama.
J’ai cru, jusqu’il n’y a pas longtemps encore, à la possibilité qu’Ecolo soit, ne serait-ce
qu’un peu, à l’écoute de cette expertise populaire. Il m’a bien fallu constater que le mur
entre la position que soutenait le parti central et celle de la population inquiète, grandissait
à vue d’oeil à mesure que l’échéance ministérielle arrivait. Le 1er avril 2011, ce mur faisait
plus de 20 mètres de haut, 300 mètres de long et 28.000 m2 de surface au sol. Il bouchait
définitivement l’horizon citoyen, le privait de son espace public et de sa parole.
Voilà pourquoi la colère du désespoir a grondée jeudi.
Et la communication du cabinet Henry n’a rien arrangé. C’est un retour en arrière de 6 ans,
un argumentaire sans nuance, complètement désincarné par rapport à Verviers et à
l’espace public concerné. Henry va jusqu’à illustrer son communiqué d’une image
promotionnelle du promoteur, dévoilant ainsi une ignorance complète du terrain et un partipris
incompatible avec sa fonction.
Jeudi, il n’y a eu ni coup, ni couteau comme tu voudrais le faire croire "Jean-Mi" (l’Avenir
du 9 avril) et la police n’a pas eu à intervenir.
B.C., ex-sympathisant, en colère
Lire notre article
Janvier 2011
Pour une démocratie référendaire
Ils étaient trente mille. Trente mille dans les rues de Bruxelles, mais pourquoi, au juste ? Marchaient-ils pour défendre des droits bafoués et abattre un Etat policier corrompu, comme en Tunisie ? Marchaient-ils pour défendre des valeurs morales piétinées par un chef d’Etat, comme en Italie ? Marchaient-ils pour empêcher l’application d’une décision politique pouvant nuire aux retraites, comme en France ? Rien de tout cela : ils marchaient « pour que les hommes politiques trouvent une solution ! » ou encore, « pour montrer l’exaspération des Belges de ne pas avoir de gouvernement » ... Ils ne marchaient pas en faveur ou contre une proposition politique, par attachement à un idéal déterminé ou à une vision quelconque de l’organisation du pays, ils marchaient pour montrer leur mauvaise humeur « de ne pas avoir de gouvernement ». Car en Belgique, comme l’avait bien compris Brel, on ne pense pas : on montre sa mauvaise humeur à ceux dont on attend tout sans savoir très bien quoi. Et si faire de la politique, c’était autre chose que voter et montrer sa mauvaise humeur ?
Lors de la grande réforme constitutionnelle de 1993 – l’une de celles qui nous a mené là où nous en sommes (alors qu’il suffisait simplement d’organiser un enseignement où apprendre toutes les langues du pays) – la proposition de l’instauration d’une procédure de référendum d’initiative populaire fut faite, en vain. La majorité de la « classe politique » jugea (il suffit de lire les comptes-rendus parlementaires pour s’en rendre compte) que, contrairement aux Suisses et au Français, pour ne citer qu’eux, les Belges n’étaient pas dignes d’être questionnés directement, ni assez dignes pour poser des questions et, au final, prendre des décisions en lieu et place des élus. Par ailleurs, le référendum était perçu comme un instrument augmentant le risque de division de l’Etat (comme si un Bruxellois, un Anversois et un Liégeois ne pouvaient pas avoir d’intérêts partagés et de valeurs communes, ou chercher à les trouver). Le référendum fut même accusé d’être une « dictature de la majorité » - reproche un peu absurde de la part d’un homme politique... de la majorité et dans un système démocratique où c’est, nécessairement, et quelles qu’en soient les modalités, la majorité qui décide ! Enfin – mais cela, il fallait le lire entre les lignes - c’était surtout un outil de décision gênant parce qu’il échappait aux institutions et à la classe politique. Crime de lèse-majesté dans un pays où l’on ne lit plus Tocqueville et où la société civile est aussi florissante que dépendante des partis politiques et donc finalement des institutions d’Etat. En Belgique, on peut penser ou agir, mais seulement par le truchement d’une institution, privée ou publique, de toute façon liée à l’Etat ou aux partis politiques. Peu importe ce que l’on pense ou ce que l’on propose : il faut se faire parrainer ; il faut être représenté ou représentant et avoir, au minimum, la volonté d’être financé par l’Etat.
Un référendum d’initiative populaire, c’est-à-dire la possibilité pour le peuple de prendre lui-même l’initiative de proposer et de voter directement une loi qui est obligatoire si elle est adoptée, serait une vraie révolution dans les mœurs d’un pays qui souffre avant tout d’une sorte de sclérose bureaucratique et d’un véritable cancer institutionnel : on serait heureusement surpris du bon sens, du common sense, comme disent les Anglais, dont peuvent faire preuve les gens du peuple qui s’intéressent d’eux-mêmes à leur sort ; nul doute que les gadgets et bricolages institutionnels des quarante dernières années auraient pu être évités si la population, hors des jeux politiques de distribution du pouvoir, avait réellement pu prendre la parole. Les débats de très grande qualité (contrairement à ce qu’en ont dit les médias, usant du fantasmatique « plombier polonais ») qui ont précédé le refus du Traité Constitutionnel Européen en France témoignent que les gens peuvent vraiment réfléchir avec finesse sur leur avenir, sans être ni les moutons des médias, ni les poupées des groupes politiques. En outre, la qualité des législations issues des référendums suisses et la cohésion d’intérêts qu’ils manifestent dans un pays où les communautés linguistiques s’ignorent au moins autant que les nôtres invalident tout ce que certains ont pu dire des référendums. Quant aux lois votées, elles peuvent être contestables (par exemple, celle interdisant les minarets en Suisse), mais pas plus et pas moins que certaines lois votées au sein des parlements (il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ce qui est voté au parlement italien ou encore au Congrès des Etats-Unis...).
Par dessus tout, au lieu des sautes d’humeur finalement conformistes et de la confiance béate dans les institutions, c’est la dignité et la responsabilité personnelle des individus que l’on engage dans une procédure référendaire – et c’est là le vrai fondement d’une démocratie.
Frédéric DUFOING
Philosophe et politologue
Auteur de L’Ecologie radicale, Infolio (à paraître)
Mars 2010
Alain Rihoux, lecteur d’Imagine, nous écrit ce témoignage-cri du cœur :
De retour d’un voyage au Proche-Orient
"Mes parents ont caché une famille juive à la maison à la fin de la
guerre et j’ai l’honneur d’avoir dans ma famille proche une « juste
parmi les justes ». J’ai eu le privilège d’être invité à l’ambassade
d’Israël à Bruxelles le jour de la remise de la décoration « des
justes » au petit-fils de cette héroïne qui a sauvé nombre d’enfants
juifs. Il a reçu une superbe médaille sur laquelle on peut lire un
message merveilleux nous venant de la Torah : « Celui qui sauve une
vie, sauve l’humanité » !
Je voudrais qu’on m’explique comment cette maxime indiscutable peut
être mise en rapport avec les dizaines de milliers de Palestiniens
injustement tués au Moyen Orient depuis 1948 ?
Il faut se rendre à l’évidence que la situation imposée par « le plus
fort » ne relève pas de discussion sur la sémantique : économicide,
barbelés, miradors, mur de séparation de 8 mètres de haut, colonies
sauvages ? … Il n’est plus question de vocabulaire, sauf des mots se
terminant par « able », comme détestable, abominable, épouvantable,
inacceptable, inconcevable, et… à long terme, sans solution réelle.
C’est indigne de la part de ceux qui décident de ces moyens
politico-militaires d’un autre âge. Les souffrances imposées au peuple
palestinien sont objectivement dégradantes et humiliantes et, à long
terme, c’est celui qui humilie qui se dégrade lui-même. Il n’est pas
possible de considérer que le peuple juif en général et le peuple
israélien en particulier, attentant ainsi à l’intégrité de ses frères
humains, ne soit pas à long terme la première victime, car ce grand
peuple sera atteint au cœur de ce qui lui est le plus chair : sa
noblesse et sa dignité."
Alain Rihoux
Octobre 2009
Petit courrier
adressé aux lecteurs d’imagine, intitulé :
Le nucléaire sera-t-il prolongé ?
Le groupe électrabel était un fin stratège.
Electrabel-Suez est encore plus terrible. Il y a trente ans
déjà, la communication était soignée et
Electrabel bénéficiait également du soutien
indéfectible du gouvernement qui, au travers d’une circulaire
ministérielle, avait enjoint tous les professeurs de
géographie du royaume à assister à une
conférence pro-nucléaire qu’ils devaient
répercuter durant leur cours, endéans les huit jours.
Quels étaient les arguments marquant de cette campagne
d’information prosélytiste (pub) : L’énergie
nucléaire est une énergie propre et sûre. A
contrario, les charbonnages sont sales et dangereux.
Nous, les antinucléaires, nous répondions
déjà :
• Propre ? Et les déchets ?
Disséminés dans les fonds marins, dans des fûts que
même nous-autres, antinucléaires, croyions étanches
pour 150 ans (1) Or, aujourd’hui on sait que ces
fûts sont déjà éventrés et
radioactivent ainsi joyeusement nos fonds marins. La belle
solution… financièrement intéressante, non ?
• Sûre ? Oui, si on utilise les centrales le
temps de leur vie présumée, c’est à dire : 30
à 35 ans. Alors, la probabilité d’un accident est proche
de celui qu’une météore vienne exploser la terre.
Même en multipliant cette possibité par le nombre de
centrales en fonctionnement, il ne s’agit encore que d’une
probabilité minime. Mais ce que nous disions déjà
était ceci : "quand les centrales nucléaires seront
périmées, le prix à payer pour leur
démantèlement ne plaira à personne". On continuera
dès lors à les faire fonctionner jusqu’à….
Cherchez la solution financièrement la plus intéressante,
et vous aurez trouvé.
Electrabel-Suez a les moyens de se payer des experts en
stratégie. N’est-ce pas l’épée de Damoclès
qui pend au-dessus de nos démocraties politiques : quand des
groupes financiers, industriels, agro-alimentaires… ont des "avoirs"
qui dépassent largement ceux des états, ne devenons-nous
tous pas "des pays en voie de développement", c’est à
dire, des pays sans aucun poids économique réel et, en
conséquence, sans aucun poids socio-politique. Aussi,
malgré la contre attaque de Greenpeace, le forum factice
d’Electrabel-Suez et les accointances d’un gouvernement peu
représentatif eurent raison par force. Cette prolongation du
nucléaire est un choix non démocratique, en
déplaise au sondage du soir, qui donne sa couleur dogmatique en
la matière dans son édito du 13 octobre 2009. Quant
à Magnette, il est dors et déjà le chouchou "de
gauche" de "la Libre" du 17 octobre 2009…
Cependant, puisque l’accord gouvernemental est bouclé, pourquoi
encore se demander si le nucléaire sera prolongé ? En
fait, les centrales dont on veut étirer le fonctionnement sont
si vieilles, qu’il n’est pas du tout évident qu’elles tiennent
jusqu’à la date où elles auraient dû
définitivement fermer selon l’ancien accord. Alors, au mieux on
pourra s’attendre à un petit black out, puisqu’on ne
prévoit pas la sortie du nucléaire. Au pire, et
malgré nos croyances, à un "cela n’arrive pas qu’aux
autres"…
In fine, pour nous donner bonne conscience, nous pouvons quand
même signer une pétition en ligne sur www.lapetition.be ,
ou demander au grappe asbl, des cartes postales à envoyer au
Ministre fédéral de l’énergie en fonction. C’est
déjà mieux que de rester les bras croisés.
(1) Et après disions-nous, si les
déchets ainsi "retraités" sont radioactifs pour plus de
mille ans ? On trouvera une solution d’ici là, nous
répondait-on.
Wendy Malpoix
Août 2009
POUR UN CHOIX
HUMAIN ET ECOLOGIQUE EN MATIERE D’IMMIGRATION
Le point de vue d’un simple citoyen. (Au moment où ECOLO propose
une thématique formation « Pour une politique migratoire
écologiste » lors des « Rencontres
écologiques d’été » fin août 2009.
Tant que de nombreuses populations du monde vivent dans des conditions
si désespérées que l’immigration leur paraît
la seule solution, elles émigreront dans les pays les mieux
lotis. Moralement, nous ne pouvons leur refuser l’accueil. Cet accueil
est d’autant plus nécessaire qu’une partie importante de la
richesse des pays « riches » provient de régions du
monde où la plupart des habitants vivent dans la misère.
Mais d’autre part, chaque migrant qui s’établit dans une
société « riche », adoptant (dès que
possible) sa façon de vivre dispendieuse, contribue avec nous
à surcharger non seulement l’écosystème
régional, mais aussi l’écosystème terrestre, donc
son pays d’origine aussi. Ainsi nous sommes confrontées à
un profond dilemme éthique : alors que nous pourrions et
devrions offrir l’asile à davantage de réfugiés et
de migrants, cet acte, pratiqué à grande échelle,
menacerait non seulement l’avenir de nos pays, mais le leur aussi.
Ces faits ne peuvent que nous engager courageusement à adopter
un mode de vie simple et à stopper l’exploitation des peuples
pauvres. Dénoncer les méfaits des multinationales est
bien nécessaire, mais que seraient les multinationales sans les
dizaines de millions de (sur)consommateurs serviles des pays «
riches » ? Par nos modes de consommation, ne sommes-nous pas
souvent complices du système capitaliste ?
Priorité aux
principes humanitaires.
Pour des raisons humanitaires et d’équité sociale, une
large régularisation des sans-papiers, une amélioration
de l’accueil des réfugiés et des conditions de
regroupement familial doit se réaliser. Il faudrait en
même temps accorder autant d’importance à la
réduction des inégalités socio-économiques
entre pays « riches » et peuples pauvres sans oublier qu’il
existe des riches dans les pays pauvres et des
défavorisés dans les pays « riches ». Ainsi,
la meilleure politique de migration des pays « riches »
devrait être de concentrer leurs efforts contre leur excès
de consommation et d’améliorer politiquement autant
qu’économiquement les conditions d’existence dans les pays
« sous-développés ».
Pas de recours à
l’immigration pour « relancer la croissance ».
D’autre part, il est inacceptable de recourir à l’immigration
pour obtenir une main-d’œuvre peu coûteuse destinée aux
tâches ingrates dont les Belges ou les Européens ne
veulent plus. Inacceptable aussi est la ponction de cerveaux dont les
pays « en développement » ont besoin. Pas de «
l’immigration pour relancer la consommation », celle-ci est
déjà trop élevée chez la plupart des
habitants des pays « riches ».
Pas de recours à
une immigration supplémentaire « pour raisons
démographiques ».
Le vieillissement démographique est une évolution
inéluctable et souhaitable. Vouloir l’arrêter et
même le ralentir par la relance de la natalité et (ou) par
le recours à une immigration supplémentaire implique une
croissance continue de la population : que fera-t-on lorsque les
bébés et (ou) les immigrés qu’on aura voulu plus
nombreux arriveront à leur tour à l’âge de la
retraite ? L’augmentation du nombre des plus de 65 ans résulte
de l’allongement de la durée de vie qui est une bonne chose.
Cette augmentation s’accentuera avec l’entrée en âge de
retraite du baby-boom de l’après-guerre.
Les positions en faveur d’une fécondité plus
élevée et (ou) d’un recours à une immigration
supplémentaire pour « combler le déficit
démographique de l’Europe » sont conçues comme si
l’espèce humaine, les espèces animales et
végétales directement exploitables par l’homme,
étaient les seules à habiter la planète. Il
n’existe que peu ou pas de considération pour le déficit
d’espace naturel nécessaire à la diversité de la
vie animale et végétale sauvages qui ne cesse de
régresser dans l’U.E. L’Europe se situe dans les régions
les plus densément peuplées du monde. Pourquoi le plus
haut niveau de population atteint en Europe ou en Belgique
serait-il le meilleur ?
L’écologie ne se limite pas à la question du
réchauffement climatique et à celle de la pollution. Il
existe une autre question tout aussi importante et trop rarement
posée : quel espace l’espèce humaine accepte-t-elle de
laisser (et même de restituer) à la faune et à la
flore sauvages pour qu’elles puissent vivre et se perpétuer dans
leur milieu naturel ? Peut-on vraiment parler d’écologie sans
poser cette question et y répondre positivement ?
C’est même pour maintenir le système économique
basé sur l’accroissement de la consommation que certains
réclament le recours à l’immigration « pour des
raisons démographiques » et (ou) le renforcement des
politiques natalistes. D’autres pensent que cette immigration
supplémentaire favorisera une remise en cause de notre mode de
vie dispendieux grâce à « un apport de valeurs
spirituelles qui manquent à notre mode de vie occidental
». Avec quelle chance de succès lorsqu’on constate que
notre hyperconsommation séduit beaucoup de
défavorisés du monde ?
Sans immigration supplémentaire, la population totale de
l’Europe des 27 continuera d’augmenter jusque vers 2025. N’est-ce pas
une erreur écologique de vouloir « accroître
l’immigration pour empêcher le déclin
démographique de l’Europe », alors que nous devons
prévoir l’accueil de réfugiés environnementaux qui
peuvent devenir nombreux dans les décades à venir ?
Une large majorité de la population est convaincue de
bonne foi que les personnes lucides, responsables et
généreuses ne peuvent qu’être unanimes pour
considérer la faible fécondité de l’U.E.
comme un mal ; dès lors, il n’y aurait pas d’argument
valable en faveur d’une décroissance
démographique !
Pourtant, la croissance démographique et les densités
élevées de population présentent d’importants
inconvénients (aggravés par une économie
basée sur la stimulation de la consommation au service du profit
et au nom de l’emploi). Ces inconvénients sont
systématiquement ignorés ou niés par les
média (toutes tendances confondues), surtout lorsque cela
concerne les pays industrialisés. (pour une information plus
approfondie lire le dossier : « L’empreinte écologique :
un simple citoyen s’interroge… »).
Il ne peut donc exister qu’une position connue «
crédible » et « qui va de soi » sur la
démographie de nos pays. C’est ainsi que l’immense
majorité des gens sont convaincus qu’on peut faire durablement
de l’écologie sans arrêt de la croissance
démographique et avec des fortes densités de population :
« il suffit de relancer le développement
économique, de modifier nos modes de production et de
consommation tout en partageant équitablement les ressources de
la planète ». Cependant, dans les actes, peu d’habitants
des pays « riches » acceptent une réduction
significative de leur haut niveau de consommation. Cela reste le plus
souvent dans le domaine du discours.
L’immigration massive (réclamée par certains), pas plus
que l’immigration zéro ne sont souhaitables : l’immigration
zéro serait un appauvrissement culturel et social (elle n’a
d’ailleurs jamais existé) ; l’immigration massive n’est pas une
solution ni pour les immigrés eux-mêmes, ni pour nous.
Cela en fait retarderait le choix de solutions durables en ce qui
concerne l’amélioration des conditions de vie dans les pays
d’origine.
Pour un choix humain et écologique en matière
d’immigration, l’idéal est de tendre progressivement vers une
immigration qui ne dépasse guère l’émigration, en
accordent la priorité aux principes humanitaires ainsi
qu’à la justice socio-économique entre les peuples et
tous les êtres humains.
Pierre Walhain
(tél. 086/322562)
Mai 2009
« Pour une relance par un
désarmement massif »
Puisque la crise économique est mondiale, la réaction en
vue de la relance doit s’appuyer sur des moyens
considérés à l’échelle mondiale.
Or, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche
pour la paix à Stockolm (Spiri), publié en juin 2008, les
dépenses militaires mondiales ont augmenté de 45
pourcents en dix ans.
En 2007, elles ont ainsi atteint 851 milliards d’euros, ce qui
correspond à 2,5 pourcents du Produit intérieur brut
mondial.
C’est la raison pour laquelle, les citoyens universels peuvent
réclamer avec justesse une relance fondée sur une
réduction massive des dépenses tant pour les armements
massifs de destruction ( c.-à-d. les dépenses très
importantes dans les armements conventionnels) que pour les armes de
destruction massive (exemple : les armes nucléaires).
C’est le sens de la lettre reprise ci-dessous.
Lettre ouverte aux
responsables politiques :
« Pour une relance par un
désarmement massif ».
En tant que citoyens universels, nous demandons avec insistance,
conviction et persévérance, une réduction massive
de la production, de la vente et de l’achat d’armes de toute puissance.
Ceci vise à poser un geste fort et courageux en faveur du
rétablissement de la confiance, pour la réconciliation et
la paix entre les peuples.
L’amour et la vérité bannissant la peur et le mensonge,
tant les armements massifs de destruction (les dépenses
très importantes dans les armements conventionnels) que les
armes de destruction massive (telles que les armes nucléaires)
sont contre-productifs par rapport aux objectifs de Justice et de Paix.
Nous demandons en outre que les économies financières
ainsi réalisées soient affectées à la lutte
contre la crise économique, le chômage, les faillites
d’entreprises, la pauvreté ou encore les manques d’accès
aux soins de santé ou à la scolarisation, sur les plans
régionaux, nationaux et internationaux.
Nous nous engageons désormais à faire de ces
revendications un critère déterminant dans nos choix
électoraux.
es Gsm et les communications sans fil sont bien le miroir de
notre planète suicidaire.
Marc Schonnartz
Pour se joindre à la démarche et souscrire à ce
texte :
www.existerensemble.com
Février 2009
GSM et Compagnie
Ces
salauds qui se font des milliards sur le
dos de notre santé, celle de nos parents, de nos enfants, des
enfants du
voisin,… Voyez ces familles peu lettrées où des enfants
de quatre ans, quand
c’est pas de deux mois, jouent avec les portables. Ceux qui trop
confiant, s’en
inquiète peu ou prou. Ce système, avide de profits
rapides où tout le monde
court sans souffler. Ce système qui intimide chercheurs et
politiques pour
continuer ses profits toxiques.
Les
honnêtes citoyens y sont pour
quelque chose : il a un GSM, donc moi aussi et toi : pourquoi t’as pas un
GSM ? La
loi du groupe, faire comme tout le monde avant tout. Pour la
santé, on verra
après, le gouvernement ne nous a pas dit "votre santé est
en de bonnes
mains ?"
Le GSM, les communications sans fil
mais avec micro-ondes, veau d’or de notre système en faillite.
Je vois d’ici
demain : pour des milliards, ils se sont tus et ont fait taire, les
salauds !
Mais toi ? C’est juste pour ton look que tu t’es foutu de ta
santé et de celle
de plus faibles que toi.Tu n’avais pas des milliards à perdre,
juste ton GSM à
jeter et tu as fait la sourde oreille aux appels des scientifiques non
institutionnalisés et des personnes électrosensibles. Qui
es-tu pour juger
celui qui avait son job ou des milliards à perdre ? Où se
trouve ta
responsabilité ? Nulle part ? Erreur, les citoyens sont
responsables et des
politiques qu’ils élisent et de leurs actes. Ils aimeraient
déléguer toute leur
responsabilité aux politiques et se laver les mains de ce qui se
passe,
traitant tout le monde de pourri. C’est si difficile et cela prend
tellement de
temps de s’arrêter pour penser et s’informer.
Les
Gsm et les communications sans fil sont bien
le miroir de notre planète suicidaire.
Wendy Malpoix
24 janvier 2008
Un peu
d’honnêteté !
En préambule, et afin de faire preuve d’un peu
d’honnêteté intellectuelle, il serait de bon ton
d’arrêter de parler de « démocratie », mais plus
correctement de « démocratie représentative »,
qui, dans le paysage actuel, est réduite à une
« particratie » dominée par les lobbies politiques et
financiers.
Les divers discours ne sont que de la « dialectique de l’homme de
Cro-Magnon », sans changer les bases sur lesquelles ces discours
sont construits, il n’y aura que reproduction de situations
antérieures et nous aboutirons dans les mêmes impasses.
Dans le contexte économico-social qui caractérise notre
époque, soit la déstabilisation économique, la
remise en question des acquis, la déstructuration sociale, la
déshumanisation des relations et des fonctionnements, la
structure mourante et dépassée de l’Etat belge n’est plus
capable d’apporter au « citoyen » les services qu’il est en
droit de recevoir.
Il y a des solutions, mais elles ne sont pas seulement politiques.
Elles ne résident pas non plus dans une
« révolution », mais dans une révolution de
notre « manière de penser », dont découlera une
nouvelle structure, dans l’acceptation de construire sur de nouvelles
bases issues du respect de soi et des autres mais sûrement pas
des opinions, tel qu’il est prôné dans un but de
manipulation par « des esprits à la mode », car cela
n’aboutirait qu’à une absence de remise en question.
Il est certes plus rassurant de maintenir les structures existantes,
mais des fondations branlantes ne sauraient soutenir une maison.
« Sur les routes anciennes, les pavés sont
usés ! ».
Un exemple de volonté de changement a été
donné à Porto Alegre, avec la mise en place d’une
« démocratie participative » qui a apporté une
évolution positive pour son économie et pour sa
population.
Au niveau de la problématique belge, la création de deux
« autonomies européennes indépendantes » serait
une sage approche qui permettrait de corriger une situation
inacceptable que l’on ne peut laisser perdurer.
Nous étions sans gouvernement ? A notre niveau, rien n’a plus
fonctionné ?
Si, tout a fonctionné, pas mieux, pas plus mal ! Alors, dans ce
cas précis, quelle est son utilité ? Ce n’est pas l’Etat
qui compte, c’est nous ! Nous sommes l’Etat, et le
« politique » n’est que notre représentant !
Le travail du gouvernement est un travail de gestion, c’est son devoir !
Le « politique » a reçu des pouvoirs. Si il n’assume
pas ses devoirs, si il les utilise à des fins
détournées : supprimez ces pouvoirs ! « Changer de
“marionnette” ne changera pas le scénario ! ».
La majorité des hommes politiques n’ont que le plaisir du
théâtre, de faire la « une » de médias
dont le principal objectif est de nous prendre pour des « moutons
imbéciles », bons à regarder des émissions
« fétides à pernicieuses » et à lire des
articles pour la plus grande part « rances à nocifs ».
La « politique » et la « religion » nous offrent
des psychotropes tels ceux qu’une certaine médecine nous
administre, puis que nous demandons pour pouvoir
« survivre » : syndrome d’irresponsabilité !
La belgitude, la royauté, la structure de l’Etat et le
« cocorico » nationaliste, sont, au même titre que la
présidence d’un Bush aux USA et qu’un Sarkozy en France, une
gifle à l’intelligence qui devrait être
déployée au 21e siècle.
« Salut à toi, Dame Bêtise, toi dont le règne
est advenu ! ».
Halte à la mauvaise foi, l’honnêteté de la
pensée est une toute autre thérapie que nous nous devons
d’entreprendre pour le bien-être futur.
Jean-Marie Martin
15 août 2007
Maroc : une
liberté d’opinion toute relative

C’est en voyage que j’ai lu (1) l’article du
numéro 62 d’Imagine sur
la situation politique
du Maroc. Nous avons séjourné à Rabat une semaine
durant laquelle nous avons eu pas mal de contacts avec des gens de la
« classe moyenne » (fonctionnaires, enseignants,
employés...). Nous avons été impressionnés
par cette société très tendue par sa confrontation
permanente entre riches et pauvres, entre vie occidentale et paysanne,
entre laïcité et pression religieuse.
Des gens nous ont dit penser qu’ils sont à l’aube de profondes
modifications vers la démocratie. D’après eux, M6
(sympathique diminutif pour le Roi Mahomet VI) a permis certaines
réformes institutionnelles qui ne trouveront leur
intérêt qu’après les élections qui se
tiendront en septembre... si le peuple marocain y participe largement.
D’ici là, le défi sera de lui donner envie de croire en
ce qui semble encore aujourd’hui être une utopie !
Mais il reste du chemin à faire : comme nous l’avons vécu,
comme
en témoigne Amnesty International, la presse publie, mais la
liberté d’opinion est toujours fort relative au Maroc. Ainsi, le
1er mai dernier, huit militants d’un mouvement de défense des
Droits de l’Homme (AMDH) ont été arrêtés et
inculpés pour atteinte au régime monarchique. Des
manifestations sont régulièrement organisées
devant le Parlement. Les services de sécurité sont
toujours présents en force et cela se termine parfois dans la
violence et la répression. Ce 24 juillet, leur peine a
été portée à 4 ans de prison.
(1) Petite pub en passant : j’ai téléchargé le
magazine en PDF !
Yves Gabriel (Liège)
4 juillet 2007
Humeur
Les majorité des électeurs francophones sont
progressistes : les votes Ecolo et socialistes ensemble disent
clairement qu’un francophone sur deux s’oppose à la
pensée unique, celle du profit maximum pour queqlues-uns au
détriment unilmatéral des liens sociaux, familiaux et de
l’environnement. Qu’est-ce qui se passe dans la réalité ?
La voix des gens est muselée par les leaders de la pensée
unique, Reynders en tête. Comment sortir de cette impasse ?
Fany Delchambre (Bruxelles)
5 mars 2007
Absurde
audimat
Il n’est pas un trimestre sans que l’on ne publie les performances
relatives de la RTBF et de RTL en matière d’audimat. On compare
des audiences des JT, et absurde de l’absurde, on publie le top 100 des
émissions les plus regardées. Sous-jacent, se trouve le
message que la chaîne qui a le plus de spectateurs est la plus
performante et répond le mieux à la demande du public.
La presse n’est pas en reste quand elle compare les tirages de La Libre et de la Dernière Heure ou du Soir et du groupe Sud-Presse ou
ceux de Vers l’avenir et de L’Echo.
Pour vous faire comprendre l’absurdité de ces chiffres je vais
prendre un exemple parlant. C’est comme si, tous les trois mois, les
enseignants et les directeurs des écoles d’enseignement
technique et professionnel s’enorgueillissaient de compter dans leurs
rangs (Techniques de Transition, de Qualification et Professionnelles),
au 3e degré du secondaire, 62,7% des élèves contre
37,3% seulement des élèves pour les enseignants et
directeurs des écoles de l’enseignement général.
Les enseignants du qualifiant et du professionnel n’ont pas davantage
de mérite. Ils n’auraient pas de vanité à tirer
que ce chiffre augmentât à 64 ou 65%. Ni honte. Simplement
ils ont un autre public. Public qui se trouve être plus large.
La qualité des programmes offerts par les chaînes de TV –
comme la qualité de l’enseignement d’ailleurs -, doit se juger
par l’adéquation des programmes au type de public qui est le
sien et qui est essentiellement captif. Chercher à
élargir son public pour des raisons de manne publicitaire
reviendrait à desservir son public naturel.
Le facteur « nombre » de ce public n’est nullement pertinent
ni signe de réussite quelconque.
Un raisonnement parallèle pourrait d’ailleurs être tenu
pour les programmes des partis politiques, tant les sources
d’électeurs sont fidélisées. Ce qui explique que
des grands partis restent parfois grands quoi qu’ils fassent.
Élément qui est désespérant pour d’autres
partis de qualité souffrant d’un manque d’électeurs
potentiels.
Il en va encore de même pour le cinéma d’auteur, la
chanson française de qualité, etc.
Pierre Echterland
7 février 2007
La
grande mue
L’humanité toute
entière doit affronter les
résultats de ce que l’historien et géographe Bernard
Charbonneau appelait La grande
mue, à savoir le développement industriel
effréné des deux derniers siècles. Comme on le
sait désormais avec certitude, ce déploiement de
puissance sans limites et inédit dans l’histoire humaine menace,
au mieux, la survie d’une grande part de notre espèce, au pire,
l’existence même de cette espèce. Nous avons en face de
nous une série de problèmes interdépendants
auxquels il faut trouver au plus vite une solution globale. Que faire
devant les changements climatiques accélérés,
l’érosion de la biodiversité, la fin programmée
des réserves halieutiques, l’eugénique à grande
échelle qu’amènent les biotechnologies, la croissance des
techniques et des pratiques mettant en danger les libertés
civiles et privées, l’empoisonnement
généralisé du tiers nanti par les produits (sucre,
substances chimiques, graisses, médicaments, pesticides,…) qu’il
consomme compulsivement, l’énergie qu’il utilise de
manière inconsidérée, le CO2 qu’il respire et le
stress, l’ennui qu’il ressent (les suicides et les dépressions
nerveuses battent tous les records statistiques dans les pays
industrialisés), la paupérisation, l’asservissement,
l’acculturation et l’anéantissement dans des guerres
désespérées des deux autres tiers ? Depuis deux
siècles, nous avons oublié les leçons du mythe de Prométhée,
de l’aventure de Faust,
des enseignements d’Epicure,
ainsi que ce que les diverses cultures humaines offraient, en termes
d’idées ou d’institutions, comme limites à la
volonté de puissance et aux désirs des hommes.
L’heure n’est plus aux tergiversations : nous n’en avons plus le temps.
Ainsi, croire, comme nos politiciens, que la solution à nos
problèmes tient dans quelques incitations fiscales à
polluer moins, dans la ratification généralisée
d’un traité contre-productif comme celui de Kyoto (qui permet de
vendre des parts de marché de pollution !) et dans la
distribution de dépliants sur l’isolation des maisons est tout
simplement idiot et criminel. De même, croire que le
problème environnemental posé par l’utilisation de la
voiture individuelle (6 millions rien qu’en Belgique, alors combien en
Chine ?) peut être résolu par des moyens techniques comme
la production d’éthanol (les monocultures gigantesques qu’elle
impliquerait seraient une catastrophe pour la biodiversité) ou
les moteurs à hydrogène (c’est-à-dire, en amont,
le nucléaire, donc la création de 800 centrales rien que
pour le parc automobile nord-américain !) est là aussi
absurde. Car enfin, n’est-il pas morbide de demander au mode de vie et
de production industriel de résoudre les problèmes qu’il
a lui-même inexorablement sécrété ?
Au vrai, si l’on analyse honnêtement, scrupuleusement, notre
situation, il n’y a pas tellement d’alternatives : il nous faut renoncer
à une grande partie de nos « conforts » meurtriers,
suicidaires ; renoncer à la logique qui nous habite depuis deux
siècles, celle de la croissance économique liée,
depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à celle de la
consommation massive. Concrètement, il s’agit de se passer de la
voiture individuelle (dont Ivan Illich a démontré qu’en
plus de polluer, elle allongeait les distances et faisait perdre du
temps), donc de revoir totalement l’urbanisme et la mobilité ;
d’abandonner une part majeure de la grande distribution et du commerce
international pour relocaliser la production et la consommation ; de
refuser de consommer trop de viande, d’énergie ou d’objets
franchement inutiles pour, autant que possible, réapprendre
à produire par soi-même, à réparer,
réutiliser, recycler tout ce qu’aujourd’hui on se procure
aveuglément sur le marché... En somme, au niveau
individuel mais aussi collectif, il faut organiser la
décroissance pour assurer en douceur la sortie de l’ère
du monopole industriel. Pour que, sous les peaux sèches de La grande mue, l’on ne trouve
pas qu’un cadavre.
Frédéric Dufoing
Co-directeur de la revue Jibrile
10 novembre 2006
Imagine une Liégeoise...
Imagine une Liégeoise qui prend
l’initiative d’aller voir un spectacle de théâtre
« dans la capitale »... Elle prend le train.
Déjà, je ne te dis pas la difficulté, à la
gare, pour trouver le bus ou le tram qui la conduira au centre culturel
d’Uccle, rue Rouge : les plans ont en légende les NUMEROS de bus
ou de tram ; les employés de la SNCB ou des bus répondent :
« Je ne sais pas, je ne suis pas de Bruxelles, je ne connais pas
ce quartier... »
Mais le pire est à venir : le spectacle finit vers 22h15, notre
liégeoise, qui a mémorisé le chemin
« aller », reprend le tram à 22h30, puis le
métro avec changement, bref arrive à la gare Centrale
à 23h05. Train pour Liège : 23h54 ! Elle prend le train
pour la gare du Nord, espérant y trouver un train plus
tôt. Pas de chance, le train pour Liège est à 0h02.
La voilà donc à attendre 45 minutes dans une gare
déserte, sans bistrot, seule, avec pour seule présence
les clochards (les employés SNCB sont au lit sans doute). A
0h02, elle prend le train (bravo : pas de retard) mais c’est un
« lent » (vers Welkenraedt) et donc elle débarque aux
Guillemins à 1h20 où elle se retrouve sur le pavé
car la gare ferme. Heureusement elle a eu le temps de
téléphoner à son homme pour qu’il vienne la
chercher en voiture.
Bilan : 3h pour rentrer de Bruxelles à Liège après
un spectacle d’1h30 ! bravo la mobilité avec les transports en
commun. Et après cela on voudrait nous convaincre d’abandonner
la voiture ? Oui, si on reste chez soi ou à portée de
vélo.
Malou
Carels
11 octobre 2006
Malvoyant, pas débile
par Dany Léonard
Chers habitants de
Beauraing et d’ailleurs,
Je me suis décidé à vous écrire cette
lettre ouverte, pour essayer de mieux nous comprendre. Lorsque vous
voyez une taupe qui sort de son trou, vous ne pensez pas « tiens,
voilà un aveugle qui sort ! ». Nous les handicapés
de la vue, nous aimerions qu’il en soit de même pour nous. Ce qui
serait formidable c’est que vous pensiez « tiens, voilà un
homme, une femme ou des enfants » et non pas « voilà
un aveugle qui sort de son trou ».
On vous a sans doute appris qu’il fallait aider un aveugle à
traverser la rue, d’accord, mais il faut surtout nous aider à
traverser la vie. Notre regard est absent, mais nous sommes bien
là. (...) Lire
13 juillet 2006
Rencontre
avec Kafka en Palestine
par Alain Rihoux
Nous
quittons Jenin (dans le West Bank en Palestine), direction Nazareth
(ville palestinienne enclavée dans l’Etat d’Israël). Entre
les deux, quelques dizaines de kilomètres et sans doute des
heures de route vu l’implacable système des barrages routiers.
Je contemple une dernière fois les collines ocreuses, rugueuses,
arides mais amies de la Palestine sans me douter que je vais vivre une
expérience indescriptible. (...) Lire
9 mai 2006
Un
si petit joujou qui enferme, contrôle et divise
par Lutgarde
Dumont
Il est le symbole parfait de notre société capitaliste,
la concentration de tous les défauts de notre monde
individualiste.
Ce minuscule objet insignifiant s’est bien joué de la
bêtise humaine ; il a entretenu ou créé parmi nous
le besoin futile (comme tout besoin créé…) de
l’immédiateté et de la proximité virtuelle
(c’est-à-dire illusoire) ; il est retour à l’impatience de
notre enfance primaire. (...) Lire
24 février 2006
Comment
se réapproprier démocratiquement l’information ?
par Pascal Durand, professeur à
l’université de Liège (département des Arts et
sciences de la communication)
Trois
phénomènes emblématiques et six voies de sortie
des carcans qui s’imposent à l’opinion.
S’interroger sur les rapports entre médias et pouvoir(s), entre
presse
et idéologie dominante, entre discours journalistique et
discours
économico-politique ambiant demande, avant toute chose, de
remettre les
pendules à l’heure et de battre en brèche certaines
opinions trop
reçues, qui font obstacle au débat plus qu’elles ne
l’alimentent. Cette
mise au point pourrait commencer en épinglant trois
phénomènes
emblématiques. (...) Lire
27 novembre 2005
Faut-il encourager les
« anti-4x4 » ?
Je me permet de vous faire connaître mon étonnement
à propos de votre encart intitulé « Légitime
dégonfle ». Pourquoi pas un autre sur de légitimes
incendiaires avec leur adresses e-mail ? Je ne peux que
désapprouver cette initiative, même si je
n’apprécie pas les 4x4.
Paul Perniaux
Réponse d’Imagine :
Bonjour M. Perniaux,
J’ai bien lu votre courriel et je vous remercie pour l’expression de
votre opinion.
Nous pensons pour notre part qu’il s’agit là d’une information
qui mérite d’être relayée dans un magazine comme Imagine. Pourquoi ? Parce que le
phénomène se répand dans nos villes
européennes : l’ignorer serait donc taire un fait qui nous
concerne directement, étant donné que la mobilité
et l’environnement constituent des matières que nous traitons de
manière prioritaire.
A nos yeux, il ne s’agit nullement de faire l’apologie de la violence.
Les « dégonflés » sont, pour nous, une forme de
résistance pacifique à une atteinte grave portée
à la sécurité des « usagers faibles » :
les piétons, les cyclistes et toutes les personnes qui circulent
dans des véhicules plus légers et qui sont, les
statistiques le prouvent, réellement mises en danger par ces
véhicules très lourds et hauts perchés.
Nous pensons, sauf très rares exceptions, que les 4x4 n’ont
absolument pas leur place en ville, où la pollution de l’air
fait des milliers de victimes (allergies qui explosent, accident
respiratoires et cardiaques...), que la crise de l’énergie qui
est en train de se déclencher implique que les citoyens
responsables fassent preuve d’un minimum de civisme, en ne
brûlant pas de pétrole quasi sans compter. Il en va aussi
du respect de nos enfants et petits-enfants, à qui, si nous ne
réagissons pas, nous allons laisser une planète hostile
en héritage.
Devant l’absence de réaction véritable des pouvoirs
publics face à un phénomène d’envahissement grave,
les Dégonflés ont trouvé ce type de
réaction, pour montrer leur résistance aux multiples abus
que représentent les 4x4.
Veuillez agréer nos salutations cordiales,
André Ruwet
Rédacteur en chef
16 novembre 2005
La RTBF promotionne « Média
Smart »
Le 15 novembre 2005, au lieu du journal parlé de 8 heures dans
« Matin Première » sur La Première (le journal
parlé ayant commencé vers 8h01), les auditeurs de
la RTBF ont eu droit à une publicité très
percutante car s’y exprimait une simple voix sans fond sonore (ce qui
créait une assimilation avec un traitement informatif
ertébéen) et surtout une voix d’enfant (c’est très
démagogique d’utiliser une voix d’enfant).
Cet enfant y proclamait son désir d’avoir accès au
programme Média Smart. Cette publicité est
diffusée par le service public le lendemain du jour où le
Conseil de l’Education aux Médias a rendu public un avis
négatif sur ce travail pseudo éducatif pour les 8-12 ans
mené par le Conseil de la publicité, dont l’objet est de
promouvoir et valoriser la « réclame ».
Les jours précédents, ce subtil outil d’endoctrinement
pour mineurs avait été également rejeté par
la Ministre-présidente Marie Arena, par le CRIOC, La Ligue des
Familles, RAP, etc. La presse écrite en avait fait largement
écho.
L’attitude de la RTBF m’irrite profondément car elle est
responsable du contenu de ce qu’elle diffuse sur antenne, y compris ses
programmes publicitaires. 75% de son financement provient de sa
dotation, c’est-à-dire du public. Pareil financement lui donne
des responsabilités qu’elle ne semble pas ici exercer en
fonction du bien commun.
Bernard
Hennebert
Rue Américaine, 106
1050 Bruxelles
GSM : 0497 73 92 91
Fax : 02 539 19 79
www.consoloisirs.be
16 novembre 2005
A propos de l’Escaut...
Le 26 octobre dernier,
aux environs de 11h, suivant une distance approchant les 3
kilomètres, longeant l’Escaut et parcourus à vélo
en une dizaine de minutes en direction de mon travail, j’ai pu
répertorier à la surface du fleuve :
— divers morceaux de plastique, trop grands pour ne pas être vus,
trop petits pour être comptabilisés ;
— une dizaine de fines baguettes, plastique, blanc, 10cm ;
— 1 ouverture de tétrabrique, environ 3x2cm ;
— 1 bouchon de bouteille ordinaire, jaune ;
— 2 bouchons de bouteille ordinaire, rouge ;
— 7 bouchons de bouteille ordinaire, bleu ;
— 1 aération murale, plastique, blanc cassé, environ
5x5cm ;
— 1 morceau de polystyrène, blanc, environ 5x5cm ;
— 2 briquets, l’un rouge, l’autre bleu ;
— 1 cerceau mauve, environ 70cm ;
— 1 reste de sachet, environ 20x20cm ;
— 1 sachet plastique ;
— 1 sachet plastique coloré type chips ;
— 1 feuille plastique dur, brun, environ 20x15cm ;
— 2 feuilles plastique dur, bleu, environ 20x10cm ;
— 1 manchon plastique, rouge, environ 10cm ;
— 1 boîte plastique, blanc, environ 10x5cm ;
— 1 boîte plastique, transparent, environ 20x15cm ;
— 1 bombe aérosol, environ 20cm ;
— 1 bouteille en verre 1l ;
— 1 bouteille plastique, 5l, Cola ;
— 32 bouteilles plastique, 1l ;
— 1 ballon de football.
Ce, sans considérer ce qui a échappé à mon
regard. Sans considérer les berges, le chemin de halage ou la
quantité de ce que retient momentanément l’écluse
dans son jeu de peigne. Attention qui allongerait
considérablement la liste. Par chance, ce jour, pas de sac
poubelle plein, habituel sur ce parcours ; pas d’ordinateur comme
aperçu il y a 2 mois (tiens, ça flotte !) ; pas même
de pneu de voiture sur sa jante métallique comme observé
il y a 15 jours (tiens, ça aussi !) ; pas de matelas mousse comme
vu hier ; ni même de nappe de pétrole —dite de «
dégazage » pour la rendre nécessaire à nos
activités et dédramatiser le phénomène.
Comme celle qui a ostensiblement marqué le parcours de ce matin
en occupant la largeur du lit du fleuve sur une trentaine de
mètres et en se révélant par l’odeur autant que
par la vue… Le tout voguant goguenardement et impunément, en
direction de la mer du Nord. Le tout, dans une indifférence
générale. Y compris celle du MET confirmé par ses
initiales dans une mission d’équipement et de transport qui lui
accorde le droit —dont il fait un devoir— de fuir tout questionnement
relatif aux dérives d’une société. Dans
l’indifférence… il devient habituel de parcourir une campagne
ponctuée d’îlots de propreté. Se promener le long
des berges du fleuve, devient expérimenter le plaisir de
comptabiliser un nombre croissant d’objets indésirables à
sa surface. Plutôt qu’expérimenter, benoîtement,
celui de regarder passer les péniches. Celui d’observer le jeu
des canards, leur vol et cette façon si caractéristique
de se poser sur l’eau ou de la quitter. Celui d’observer
l’altière attitude de quelques cygnes, la relation frileuse que
le héron entretient avec l’homme ou l’énigmatique
cormoran. Ou encore, celui de partager ces événements
avec quelque complice. Plaisir devenant-devenu désuet. Presque
déplacé. Si ce n’est ringard, parce que vécu de
façon ordinaire, banale, en des lieux qui le sont tout autant
puisque non régentés par le tourisme et le commerce, et
non commentés par les médias. En dehors de toute mise en
spectacle.
Il fut un temps, pas si lointain, où je m’insurgeais de ces
découvertes indésirables. De ces décalages.
Où je tempêtais même. Par refus de cette
dégradation qui nous est imposée —que nous nous imposons—
autant que par la surprise de les découvrir soudainement en
grand nombre. A moins que ce ne fût ma surprise de
reconnaître, enfin, les voir. Quoiqu’il en soit, et curieusement,
ce 26 octobre, en répertoriant de façon méthodique
toutes ces impuretés, c’est presque en riant que je finis par
les recevoir. Une dérision pour pallier ce qui me
dépasse, sans aucun doute, et sans pour autant les accepter. Une
autodérision qui m’entraîne au rire en imaginant,
simplement, le ridicule de notre position, buste et tête
baissés dans une dynamique conduisant inexorablement à la
catastrophe si ce n’est au mur. Je ris de cette facilité
à faire don de vie à nos enfants pour la reprendre
aussitôt en les installant dans un milieu altéré et
devenant inadapté. Quant à prétexter que toute
époque présente ses formes de difficulté dont
l’homme s’est toujours sorti, que nos enfants auront simplement
à gérer celle-ci… belle mission et belle hypocrisie :
naître pour tenter régler les problèmes
générés par notre propre désir
impérieux de profiter et par le refus de considérer notre
propre incohérence. Placer le désir de profit au rang des
difficultés inhérentes à la vie,
l’opération peut s’avérer juste sur le plan mental mais
néanmoins déplacée par le fait qu’il entache
l’aptitude du cadre environnemental à abriter et faire vivre. Ce
désir rangé au couvert de l’âpreté de la
vie, prend alors la forme de lâcheté, purement et
simplement. Avant de parvenir à régler nos
incohérences, nos enfants auront déjà à
tenter survivre… beau cadeau de vie. Heureusement que certains se font
encore par amour.
Des rats semblent vouloir s’agiter en tous sens afin de quitter un
navire qui prend feu alors qu’il se trouve emprisonné par son
horizon d’eau, et je ris. Et puisque l’ironie blesse plutôt
qu’elle ne transcende, ce rire institue ces constats en état de
fait. Il banalise ce qu’il prétend dénoncer. Pire il le
fait modèle. Je ris de plus belle encore. Un rire d’abandon. Je
ris, sauf le respect que je nous dois.
Yves Magnier
17 octobre 2005
Libin :
un projet de « pôle pour sports moteurs »
Le bourgmestre
de Libin a la superbe idée de développer
un projet de « pôle pour les sports moteurs »,
les tirs et les sports nautiques. Sports moteurs : pas besoin de
faire un dessin ;
sports nautiques : le principe serait de creuser un
réservoir alimenté par des sources.
L’eau serait
puisée dans les nappes phréatiques pour alimenter une
rivière d’eaux vives
en circuit fermé... Ceci est un appel à la
résistance contre ce projet.
Georges
Eriche
rue de Villance, 115
B-6890 LIBIN
11 octobre 2005
L’ONU
doit sortir des Etats-Unis !
Les
États-Unis sont pratiquement le seul pays au monde à
dénigrer sans relâche l’Organisation des Nations unies et
à lui mettre des bâtons dans les roues. Et la nomination
du bouledogue Bolton comme ambassadeur n’a fait qu’empirer la situation.
Pourtant,
au jour d’aujourd’hui, le siège principal de l’ONU se trouve
toujours en sol hostile. C’est un non-sens. L’ONU devrait tout mettre
en œuvre pour sortir des États-Unis. Ces derniers menaceraient
de sortir, eux, de l’ONU ? La belle affaire ! Cet empire doit apprendre
que les destins des 190 autres États membres valent bien le sien.
Montréal,
qui se trouve à quelque 600 kilomètres de New York,
s’avérerait un bon choix pour accueillir l’illustre
organisation, plus nécessaire que jamais. En considérant
aussi que le Québec et le Canada, eux, ont à cœur les
principes onusiens. Bref, l’ONU y serait traitée aux petits
oignons.
Sylvio
Le Blanc
Montréal
10 mai 2005
Les
TEC sont en crise :
Et
si le tiers-monde avait la solution ?
Qui
de nous n’a pas été frappé de voir les bus des
TEC transportant seulement quelques personnes, voire souvent deux ou
trois ? ! J’ignore la consommation de ces puissantes
machines, mais à les entendre vrombir comme elles le font, je
suppose qu’il en sort des tonnes de carbone et autres polluants
atmosphériques…
Les
TEC sont dans l’impasse budgétaire. Est-ce
étonnant ?
Pensons au coût du diesel, mais aussi au coût d’achat
et d’entretien de ces engins… Alors, quelle solution ?
Irons-nous vers la raréfaction, voire la suppression d’un
certain nombre de lignes jugées trop peu rentables ? Ce
serait assurément antisocial. Mais alors ?
Il
est frappant de voir comment beaucoup de pays du tiers monde
gèrent
ce problème. Que vous alliez à Istanbul ou à
Casablanca par exemple, vous disposez d’une nuée de minibus
qui quadrillent le terrain à des cadences très rapides
et un coût incroyablement bas. Les chauffeurs en sont des
personnes privées qui ont trouvé ainsi un job bien
utile à la communauté.
Ne
pourrions-nous vraiment pas nous inspirer de cela chez nous ?
Les TEC ont acheté récemment toute une flotte de
nouveaux bus ultra-modernes. Très bien, mais pour combien de
millions d’euros ?! Comment pourra-t-on les rentabiliser ?
Ne
pourrait-on pas imaginer de réserver ces bus-là pour
les heures de pointe et adopter des minibus pour le reste de la
journée ? Les gros bus dureraient beaucoup plus longtemps
et ce gain permettrait l’achat d’une flotte de minibus tellement
plus économiques et écologiques.
J’ignore
si les TEC ont assez d’esprit de créativité pour
imaginer de pareilles innovations, mais si ce n’était pas le
cas, ne faudrait-il pas que l’Exécutif wallon permette (ou
encourage) la concurrence par des PME ou par des demandeurs d’emplois
indépendants ?
Philippe de Briey
52,
rue Haute
1348
Louvain-la-Neuve
Belgique
8 mars 2005
La
perche du Nil,
un pur symbole de la mondialisation
Roseline Péluchon et Damien
Millet, CADTM France
La
sortie du film Le Cauchemar de
Darwin est l’occasion
idéale
pour revenir sur un pays, la Tanzanie, dont un produit d’exportation
très prisé, la perche du Nil, représente un
véritable symbole de la mondialisation néolibérale
actuelle... Lire.
8 mars 2005
L’« affaire
BHV »
Marie-Hélène
Lahaye,
conseillère communale à Saint-Gilles
Je
viens de recevoir le dernier Imagine
dont je commence la lecture toujours avec le
même plaisir. Mais certains propos dans un article me
mettent particulièrement mal à l’aise : « l’affaire
BHV - quand une culture minoritaire flippe » en page 21, et
en particulier le dernier paragraphe... Lire.
(mise en ligne : 8
mars 2005)
Mon petit boucher a fermé...
Paul Bienbon
Il y a un mois,
la
petite boucherie dans une rue ordinaire de mon quartier à
Anderlecht a
fermé. Le boucher, fatigué, avait 60 ans. Il n’a pas
trouvé de
repreneur. Il paraît qu’il n’y a quasi plus de jeunes qui
étudient
encore la boucherie et moins encore qui ont le courage de reprendre
à
leur compte une petite boucherie. Trop de travail paraît-il pour
trop
peu de rentabilité. Trop de clients achètent leur viande
dans les
grandes surfaces. Trop de règles contraignantes dit-on aussi.
Pourtant
je l’aimais bien ma petite boucherie. Les personnes âgées
de mon
quartier aussi. Oh il n’y avait pas un choix énorme, un peu de
steak,
un peu de porc, le samedi du poulet. Un haché porc-boeuf
excellent
parce que très maigre. Du jambon, du pâté de
campagne. Quelques plats
du jour comme de la blanquette et de la purée aux
légumes, quelques
pistolets salade de viande ou de crabe. En été des
salades grecques ou
de pâtes. Une excellente soupe-maison à 2 euros le litre.
Parfois des
boulettes maison ou une choucroute extraordinaire. Exceptionnellement
de l’agneau. Quelques conserves –petits oignons ou cassoulet- dans le
rayonnage arrière, deux trois fromages, yaourts ou margarines,
et même
un petit choix de bouteilles de vins ou de petits paquets de chips,
pour le cas où…. La bouchère était courageuse. Ne
parlait jamais trop,
mais avait un mot gentil pour ceux qui en avaient besoin et qui
faisaient parfois la seule promenade de la journée, voire de la
semaine. Elle ne servait pas plus que ce que l’on demandait. Elle
était
propre et honnête. Elle refusait les propos racistes quand elle
en
entendait dans sa clientèle. Elle n’était pas d’accord
avec ceux qui se
lamentent en permanence sur le climat. C’était en tout cas bien
facile,
un quart d’heure avant de préparer son repas d’aller vite
chercher
l’inspiration et la marchandise chez son boucher à deux minutes
de chez
soi. Ce bon temps est fini. Je vais dorénavant prendre ma
voiture et
perdre tous les jours une demi-heure à passer auprès de
ma grande
surface à acheter un haché trop gras. D’autre part,
j’ai
encore un blocage à l’idée d’acheter un
surgélateur. Et je n’achète
jamais de plats préparés, surgelés et autres. Je
fais encore la cuisine
comme nos grands-mères. Mais pourquoi n’y a-t-il plus de
vocation de
jeunes à ouvrir ce type de petit commerce. Enseignants,
médias, ne
dirigeriez-vous pas des jeunes courageux vers ce
type de profession (boulangerie, mécanicien vélo, etc…).
On en a tant
besoin pour humaniser notre monde. Nos villes et nos petits villages.
Mais je ne me résouds pas à voir disparaître ce
petit commerce. Les
communes ne devraient-elles pas racheter le bail et installer une
boucherie communale avec un salarié ? Je lance des pistes. Si
quelqu’un
est intéressé par cette petite boucherie à
reprendre, qu’il me
contacte, je mettrai cette personne en relation avec l’ancien boucher…
Paul
Bienbon
33-1 rue Guillaume
Lekeu
1070 Bruxelles
(mise en ligne : 18
décembre 2004)
Prix du mazout et
fonds d’aide aux revenus modestes
Vincent
de Waleffe
Face à la montée des
prix du mazout de chauffage, il a donc été
décidé, comme en 1999, de
mettre en place un fonds d’aide pour les revenus modestes.
Comme en 1999 ?
Pas tout à fait,
puisque les critères adoptés pour l’attribution de l’aide
ont été
modifiés (on a introduit un prix plancher -0.45 €/litre-
à partir
duquel
l’aide est accordée).
En pratique, cela peut
donner ceci (mon cas personnel) :
en 1999, pour une
facture de 365 €, j’avais eu droit à une aide de 125 € ;
en 2004, pour une
facture de 420 €, je n’ai droit à rien.
Peut-être que, au
moment du bilan de l’action, on notera que le montant global
alloué à
ce fonds a diminué, et on conclura que le niveau de
pauvreté s’est
abaissé dans le pays...
Vincent
de Waleffe
rue des Castors, 45
4130
Esneux
(mise en ligne : 18
décembre 2004)
Lettre ouverte à ma Région
wallonne
Jean
Semal
En feuilletant le
Contrat d’Avenir de « ma » Région Wallonne,
je m’interroge : où ce texte se situe-t-il sur l’échelle
qui
relie la
poléthique à la polétiquette ?
Le terme
« poléthique »
associe « polis » (la cité) et
« éthique » (considérée comme un
ensemble de valeurs se reflétant au travers de structures et de
pratiques). La polétiquette, pour sa part, se plaque sur la
poléthique
pour lui donner du lustre, de l’appétence, de
l’attractivité. Ces deux
approches se retrouvent dans les systèmes politiques, qui
procèdent
d’affrontements entre idées, puissances et pouvoirs, et
où l’on joue de
ruse pour asseoir une primauté dans les rapports
sociétaux.
A mon niveau, qui
est
celui des idées citoyennes et de l’action participative, il
importe que
l’échange d’idées et de vécus
éclaire les rapports de
pouvoirs, sans pour autant sombrer dans la jérémiade ou
le « niaka ».
Limitant
l’analyse à ce
qui est le plus directement du ressort de ma responsabilité, je
voudrais nuancer les potentialités attribuées aux
pouvoirs politiques
ou administratifs nationaux et sub-nationaux, dans la mesure où
ils
sont non seulement pris en tenaille entre puissances financières
et
groupes de pression, mais également soumis aux multiples
contraintes
internationales.
Dès lors,
de plus en
plus, les pouvoirs politiques limitent leurs ambitions en
matière de
gestion des affaires sociétales. Ils se contentent de
légiférer a
minima, d’entretenir les reliquats de services (aux ?) publics, de
répondre aux groupes de pression et d’éponger les
dégâts collatéraux
les plus criants sur le plan social et environnemental.
C’est dans ce
contexte
qu’intervient le citoyen électeur, consommateur et acteur de la
société
civile. Ce qui m’amène à commenter le luxueux document
dans lequel « ma » Région Wallonne propose son Contrat
d’Avenir pour les
Wallons (et les
Wallonnes ?) basé sur le concept de « nouvelle
gouvernance », ressorti
pour la circonstance du catalogue des clichés politiquement
corrects.
Le rideau se
lève sur
une Wallonie de rêve, sorte de Télé-show virtuel
vantant la force des
valeurs, l’épanouissement de chaque enfant, l’évolution
du
citoyen-maître-atout, la prospérité attractive,
l’environnement où il
fait bon vivre, le rayonnement culturel, la solidarité
universelle et
la confiance dans l’avenir.
Lorsque le
rideau
tombe sur cette féerie, on ne peut se départir d’un
sentiment mitigé
devant une mise en scène du genre «
Télé-Achat » qui soit à ce
point en porte-à-faux par rapport aux réalités
quotidiennes de tant de
Wallonnes et de Wallons.
Le
deuxième acte traite
des « objectifs » en les basant sur ceux des sommets
européens, dont
celui de Lisbonne.
Or,
d’après le
Président Prodi, le projet de Lisbonne n’a guère produit
de résultats,
alors qu’il se trouve déjà au milieu du gué
décennal qu’il s’était
lui-même fixé. Parrainage suspect, donc.
Les
« objectifs » étant
en général définis pour ne pas être
respectés, passons à l’étape
suivante qui concerne les mesures à prendre.
A cet
égard, le
troisième acte énumère une sorte de catalogue du
Père Noël, débordant
de bonnes intentions, d’énumérations
généreuses et de promesses
mirifiques.
Au
bénéfice du doute,
et bien que les bilans du contrat d’avenir précédent
manquent
cruellement dans la version 2004, on attendra la reddition des comptes
pour évaluer son véritable impact sur notre futur.
Mesurant
peut-être le
manque de crédibilité des 34 premières pages de
son conte de fées, le
gouvernement wallon en arrive alors à des considérations
concrètes :
priorités méthodologiques, plans stratégiques,
forment un
cadre-catalogue, trop général sans doute, mais
heureusement tempéré
dans ses ambitions par une promesse de pilotage serré, tant sur
le plan
opérationnel que budgétaire. Acceptons-en l’augure….
On nous promet
aussi
une nouvelle manière de gouverner ( l’ancienne était-elle
critiquable
et en quoi ?) fondée sur les principes d’une « bonne
gouvernance ».
La Région
se veut
moderne dans son rôle d’initiateur, d’animateur et de chef
d’orchestre.
Elle sera garante de collégialité, de cohérence,
de durée, de
transparence, de simplification, de rationalisation, de participation,
d’initiative, d’entrepreneuriat de qualité, de formation,
d’innovation d’emploi, de logement, de non-marchand, d’accueil de
l’enfant et de la personne handicapée, d’environnement, de
dynamique
locale, etc…
Bref un
véritable
ripolin de polétiquettes dont on verra à l’usage si elles
recouvrent
une poléthique à la mesure des valeurs affichées
et des promesses qui
s’y rapportent.
Enfin, en
quatrième de
couverture, le Contrat d’Avenir incite le lecteur à prendre son
avenir
en main et à répondre présent.
Sans avoir
attendu le
document du gouvernement wallon pour agir de la sorte, j’accepte
volontiers de sacrifier à la sollicitation qui m’est faite. Mais
comme
au poker, à un certain moment, je demanderai à voir …
Jean Semal
(mise en ligne : 12
décembre 2004)
Suite au lancement
d’une école de la
citoyenneté à Wavre, Philippe Drouillon, lecteur
d’Imagine, a souhaité
réagir. Pour lui, cette
initiative passe à
côté de l’objectif de renforcement de la démocratie.
Citoyenneté et démocratie, des
matières vivantes
UNE
ECOLE
DE LA CITOYENNETE OU LE RISQUE DE PASSER A COTE DE L’OBJECTIF ?
Enseigner la démocratie et la citoyenneté par le biais
d’une école (de
la démocratie et/ou de la citoyenneté part de deux
constat inquiétants
et justifiés : la montée de l’extrême droite et la
méconnaissance des
institutions démocratiques.
Cependant,
cette solution de facilité qui consiste, d’une
part, à confondre la démocratie dans tous les
domaines de la
vie des citoyens et dans les institutions comme les
institutions politiques, les écoles, les médias, les
entreprises, la
famille avec l’apprentissage de la démocratie,
et,
d’autre part, à assimiler l’apprentissage de la
démocratie à la
description du fonctionnement de ses institutions, risque
pédagogiquement de passer à côté des enjeux
réels d’un renforcement de
la démocratie c’est-à-dire :
La
démocratie se fait et se défait à chaque instant,
elle se
nourrit, elle s’enrichit d’une pratique et d’une réflexion
permanente
qu’elle permet et suscite elle-même. Bref la démocratie
s’apprend un
peu certes mais surtout elle SE VIT.
La
démocratie n’est pas un produit fini dont il suffirait de
faire la promotion ou de diffuser le mode d’emploi. Elle est trop
souvent présentée comme une évidence et comme un
ensemble de règles
techniques sans contenu politique et d’institutions formelles que
chacun d’entre nous a le devoir de respecter et de défendre.
Alors que la démocratie
a tendance à
devenir un dogme, elle devrait au contraire redevenir un débat
permanent autour de la multitude de conflits et d’intérêts
qu’elle
porte en elle… tout en restant dans une perspective
d’émergence des fondements du bien commun.
POUR UN PROCESSUS
D’APPRENTISSAGE ACTIF ET PARTICIPATIF DE LA DEMOCRATIE
Que proposer dans ce cas ?
L’apprentissage
de la démocratie se doit être un
apprentissage VIVANT qui combine parties "théoriques" sur le
fonctionnement des institutions (qui constituent le cadre et le
contexte de l’exercice de la démocratie) et des espaces
où les citoyens
vont pouvoir VIVRE cette démocratie avec ses débats, ses
contradictions, ses confrontations de points de vue, ses phases
d’acquisition de savoirs et informations, ses processus de prise de
décision tenant compte de l’intérêt et du bien
communs.
Il
s’agit moins de concrétiser cette démarche par des
exposés, voire même des jeux de rôles, expositions,
mises en situation
qui autorisent à faire semblant, à jouer à la
démocratie. Cette
dernière n’est pas un sport de spectateur et la participation
des
citoyens constitue une des voies pour reconstruire le lien social qui
est d’abord le lien politique. La participation, c’est le terreau dont
les valeurs démocratiques ont besoin pour s’épanouir.
Il
s’agit donc de permettre aux citoyens d’exercer
cette démocratie sans camoufler l’enjeu du pouvoir et de son
partage et
cela dans des situations réelles que ce soit au niveau
local
(plans de mobilité, schémas de structure, enquêtes
publiques, contrat
d’avenir local,...) ou au niveau régional (contrat d’avenir pour
la
Wallonie, contrat stratégique pour l’éducation par
exemple, agendas
21,...) et en mettant en oeuvre des méthodologies et processus
participatifs innovants (conférences de consensus, panels de
citoyens,
méthode Delphi, jurys de citoyens, future searches,...)
intégrant des
phases plus formelles d’apprentissage des institutions
démocratiques là
où il apparaîtra nécessaire d’en connaître le
fonctionnement. Un savoir
n’est jamais mieux assimilé que lorsqu’on en a besoin (pour
prendre une
décision par exemple).
Ceci
reste valable également pour l’apprentissage et
l’exercice de la démocratie au sein des différentes
institutions qui
sont les garantes de la démocratie comme les écoles
où
régulièrement l’insertion de cours de citoyenneté
et de démocratie est
suggérée par les différents partis politiques...en
omettant d’y
introduire une pédagogie participative de la démocratie
(comme celles
développées au Québec par de nombreuses
commissions scolaires en
collaboration avec des centres pédagogiques ) permettant
à tous les
acteurs de l’école de vivre cette démocratie au jour le
jour dans leur
espace commun.
Outre
l’exercice proprement dit de la démocratie et une
meilleure connaissance des institutions qui la sous-tendent, une telle
approche permet aux citoyens de prendre part de manière plus
active aux
prises de décision qui les concernent, de découvrir de
nouvelles pistes
plus constructives pour vivre et décider ensemble autrement et
de se
rendre compte de la complexité d’un processus de prise de
décision
démocratique qui prend en compte toute la diversité des
intérêts et des
besoins tout en faisant émerger le bien commun.
Les
autres mondes possibles s’appuieront sur de tels
processus démocratiques ou ne seront pas.
UN OBJECTIF :
RENFORCER LE
SYSTEME EXISTANT DE DEMOCRATIE REPRESENTATIVE
Mettre sur pied des initiatives visant à sensibiliser à
l’importance de
la démocratie et de la citoyenneté est plus complexe
qu’il n’y
paraît...si l’objectif est de réellement développer
une prise de
conscience de la nécessité d’une participation forte des
citoyens à
l’exercice de la démocratie...et cela dans tous les domaines de
la vie.
C’est
une oeuvre de longue haleine et qui doit s’exercer en
permanence sous la forme de processus dynamiques de "learning by
doing". Il s’agit de prendre le risque d’un réel processus
démocratique
qui révélera les enjeux, les conflits, les
intérêts individuels et
collectifs et permettra, au travers de débats
équitables et
donc de pratiques collectives de les faire évoluer dans
l’intérêt général et le bien commun.
Il
s’agit de permettre, de manière active, un retour aux
sources de la démocratie représentative où
l’importance de l’exercice
réel du contrôle exercé par les citoyens sur leurs
représentants est
vitale et dépend d’un engagement réciproque : les
représentants,
convaincus de la nécessité d’intégrer les citoyens
à la gestion de la
Cité, s’engagent à les informer de leur action et
à construire
leur action à l’écoute des citoyens ; les citoyens,
décidés à reprendre
en main la politique, s’engagent à soutenir ou interpeler leurs
représentants.
La
démocratie n’est représentative que si elle est
participative, au sens où le citoyen ne sera
représenté que
s’il veille à l’être. Pour ce faire, la démocratie
ne peut se passer
d’espaces à créer, de processus à animer et elle
requiert ue
construction continue de structures porteuses de la participation,
structures déjà évoquées plus haut.
L’envie
de participer n’est pas innée, spontanée. Il faut
donc mettre au coeur des préoccupations de l’exercice de la
démocraties
les questions de la "pédagogie de la participation" et des
obstacles à
la participation (disponibilité du temps, disponibilité
des
informations, harmonie entre temps d’activités et temps de
participation,...).
C’est
en insufflant à nouveau de l’oxygène, en libérant
des
espaces et du temps pour l’imagination créatrice des citoyens,
en
faisant confiance dans les ressources citoyennes que la passion
démocratique sera présente.
Ainsi
la reconnaissance de l’ "expertise d’usage" des
citoyens combinée à la mise à disposition gratuite
d’experts pour les
groupes de citoyens qui rentrent dans une telle démarche (via
des
conférences de consensus, panels de citoyens, jurys de
citoyens,...)
peut être une piste pouvant aller dans ce sens.
La réduction de l’écart entre ceux qui savent et les
habitants qui ne
sont écoutés que distraitement, parce qu’ils en savent
moins ou parce
qu’ils ne savent pas exprimer leur point de vue, faute de
méthodologies
et d’espaces réellement participatifs, constitue une autre
piste.
L’amélioration
des connaissances des citoyens à propos des
différentes institutions démocratiques est une
contribution au
renforcement de la démocratie mais elle est nettement
insuffisante.
C’est
en favorisant l’implication croissante de tous les
citoyens dans les différentes étapes du processus de
décision
démocratique (information - consultation - concertation
prise
de décision - suivi - évaluation) , en leur
permettant ainsi
de contribuer REELLEMENT à (et donc de "vivre") l’exercice
démocratique
et de mieux cerner ses enjeux que la démocratie et la
citoyenneté s’en
trouveront renforcées.
Car à l’arrêt, la
démocratie, elle rouille...
Alors, qui se lancera dans une réelle démarche de
redynamisation de la
démocratie…en toute transparence et sans clientélisme ?
Philippe
Drouillon
Rue
Samiette, 142
1400 Nivelles
(mise en ligne : 12
décembre 2004)
Haro
sur les dialectes de Wallonie
On fête actuellement la Wallonie... dont les dialectes font, dans
le
même temps, l’objet d’attaques et d’atteintes diverses.
Lors de la Journée d’Etude et de Découverte des Langues
régionales, qui
s’est tenue à Namur voici quelques jours, on a appris qu’une
directive
de la RTBF interdisait la programmaton de chansons dialectales sur
VivaCité, en dehors des deux heures d’émissions
dialectales consenties
le samedi de 18 à 20 h. On murmure, dans les couloirs de la
RTBF,
qu’Adrien Joveneau aurait « pris sur les doigts »
pour avoir
diffusé Julos Beaucarne à propos du Ravel. Le contrat de
gestion
2001-2005 de la RTBF stipule pourtant, à l’article 12, que
«
l’Entreprise diffuse (...) des émissions
régulières de promotion, de
sensibilisation et d’informations culturelles » où il sera
tenu compte
« prioritairement du droit à l’information culturelle d’un
très large
public, sans négliger celui des publics spécifiques,
notamment celui
intéressé par les émissions dialectales ».
Les infractions au contrat de gestion sont par ailleurs tellement
flagrantes que la Ministre de l’Audiovisuel, Fadila Laanan, vient de
réclamer dans sa première note d’orientation politique
une
programmation musicale plus « francophile ». Alors que le
chiffre
plancher de diffusion d’artistes de la Communauté
Wallonie-Bruxelles
est de 10 %, la réalité a oscillé en 2002 entre
6,4 et 7,8 %. De la «
cible » des 10% sont donc actuellement exclus - et en vertu de
quoi ? -
les interprètes dialectaux. Radicalisme « jeuniste
» ?
Technocratie entêtée de... musiques techno ou «
nouvelles » ? Mépris
pour des parlers provinciaux jugés définitivement «
ringards » ? La
RTBF invoque avec courtoisie « la relative faiblesse de la
production
discographique de notre communauté »...
On apprend en même temps que l’ULB envisagerait
sérieusement de «
transférer » à l’Université de Liège
ses étudiants intéressés par
l’étude scientifique des langues régionales, dans le
cadre de la
réforme des programmes liée au décret de Bologne.
Les « students »
inscrits à la future maîtrise en Langues et
Littératures françaises et
romanes - l’ancienne « licence » en Philologie romane - se
verraient
même rembourser leurs frais de déplacement vers la
Cité ardente pour y
suivre des cours. Qu’en penseraient les maîtres de la
dialectologie
wallonne et picarde que furent à l’ULB Albert Henry et Pierre
Ruelle ?
Qu’en penseront les étudiants du Tournaisis, du Borinage ou du
Pays des
Collines ?
Comme si ça ne suffisait pas, la brochure présentant les
Fêtes de
Wallonie à Liège reproduit une fort coquette version du
Tchant dès
Walons, dans une orthographe réformée (on dit «
r’fondue ») contre
laquelle se sont mobilisés de nombreux groupements et
institutions
culturelles. La malencontreuse démarche, dont on ne sait comment
elle a
pu séduire les responsables de la brochure, n’a pas
manqué de susciter
la protestation de plus d’un lecteur de bon sens.
Daniel Droixhe, Professeur aux Universités de
Bruxelles
et de Liège, Membre de
l’Académie royale de Langue et de Littérature
françaises de Belgique.
(mise en ligne : 21
septembre 2004)
Collations
à l’école primaire
Connaissez-vous une alternative aux distributeurs Coca-Cola et Danone ?
Bonjour,
L’école fréquentée par mon fils met à la
disposition des élèves de
primaire des distributeurs de Coca-Cola.
Lorsque j’ai soulevé la question lors d’une réunion de
parents, il m’a
été répondu que l’école disposait
également d’un distributeur de
produits Danone et la discussion n’a pu aller plus loin.
J’aimerais m’appuyer sur des expériences déjà
menées pour proposer un
projet alternatif solide à la direction de l’école.
Un lecteur ou une lectrice d’Imagine, parent ou professeur, peut-il
témoigner d’un projet mis en place dans son école ?
Existe-t-il des distributeurs de fruits ? Existe-t-il une version
«
Jeune magasin du monde » pour les primaires ?
Expériences réussies ou décevantes, merci de les
partager avec moi...
Odile Van Erp
Réponse
d’Imagine :
En septembre
2001, Imagine publiait, dans son numéro 26, un
article sur
l’alimentation à l’école, comprenant des informations sur
des
distributeurs de pommes qui, à l’époque, étaient
commercialisés par
Fruinet. Aujourd’hui, cette firme a mis un terme à ce secteur de
ses
activités, mais elle nous signale que Topsco continue à
livrer des
distributeurs de fruits. Contact : 055 21
12
50.
Si
certains lecteurs
ou lectrices connaissent d’autres initiatives
positives en la matière, ils peuvent nous adresser leurs
informations, nous les
publierons également ici.
A
propos de la « dernière » guerre
en Irak et de toutes les guerres d’ailleurs !
"Ecoutez la parole de Dieu, chefs de Sodome et de Gomorrhe. Cessez de
faire le mal, apprenez à faire le bien, respectez le droit,
protégez
l’opprimé, rendez justice à l’orphelin, défendez
la veuve. Si vous
refusez, si vous vous révoltez , vous tâterez de
l’épée. C’est la
bouche du Seigneur qui le déclare."
Isaïe I/10-17-20
"Ecoutez mon commandement, Mr Saddam. Quittez le sentier du mal et
rejoignez la communauté du bien. Si vous n’obtempérez
pas, vous serez
mis à raison par mes armes."
G.W.Bush, printemps 2003.
Ils l’ont fait...They did it… une fois de plus, l’Amérique passe
outre
des règles internationales patiemment élaborées
depuis des décennies.
Dans l’entre-deux guerres, ce fut déjà le cas avec la SDN
(Société des
Nations). Maintenant, place à l’ONU, ou plutôt, pas de
place pour
l’ONU. Alors, l’Amérique aux gémonies ? Le grand Satan
à Washington et
non à Bagdad ? Pas si simple. Je voudrais plaider pour une
explication
beaucoup plus large du phénomène, une explication
tellement large
qu’elle explique (cela ne veut pas dire " excuse ") le comportement des
Etats-Unis (et des hommes en général).
De fait, nous sommes tous solidaires de ces décisions barbares.
Nous
sommes tous des barbares (je parle spécialement des rapports "
Occident-Orient ", puisque c’est de cela dont il s’agit). De même
racines bibliques, notre civilisation chrétienne ou musulmane
puise
dans un Dieu de guerre toute justification de violence depuis l’aube
des temps. Dieu accompagna toutes les guerres des Juifs et, dans
maintes circonstances, on dit que c’est son bras qui tient l’arme du
juste. C’est lui qui anéantit les armées de Pharaon dans
la mer rouge.
C’est lui qui massacre tous les premiers nés des Egyptiens, car
éternel
est son amour. (Et d’aucuns chantent encore ce psaume sans état
d’âme
dans nos églises !) Constantin reconnaît dans le ciel sa
devise et sa
victoire " in hoc signo, vinces ! " (contre les envahisseurs de l’Empire
à la bataille du pont Milvius), tandis que Clovis, en pleine
bagarre,
sans doute incertaine, se tourne vers Celui qui possède toute
force "
Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire... ". Le Moyen-âge
nous a
donné le premier prix dans le " business book of horrors under
the
blessing of God " avec les croisades et les centaines de milliers de
morts que l’on sait. Tant en 1914-1918 qu’en 1940-1945, à l’aube
des
combats, les aumôniers catholiques donnaient la communion des
deux
côtés des premières lignes aux pauvres types qui
allaient
s’entretuer.
Que cela soit pour obtenir la victoire sur terre ou pour obtenir
l’entrée gratuite au paradis, peu chaut. La boucle de la
ceinture des
officiers nazi portait bien le sigle " Gott mit uns ". Saddam Hussein
ne promet pas autre chose à ses ploucs que la victoire ou le
paradis.
Oui, la Jihad (guerre sainte) de l’un et la croisade contre le mal de
l’autre sont du même registre. Bush est un Baptiste rigide
originaire
de la " bible belt " du sud des Etats-Unis. C’est le pays ou a fleuri
le K.K.Klan (je ne cherche pas à prouver un rapport direct),
c’est le
pays où l’esclavage des noirs eut ses beaux jours et c’est le
pays où
il est normal d’être partisan de la peine de mort. Penser que
l’on est
dépositaire du bien et l’autre dépositaire du mal est une
vision d’une
incommensurable petitesse d’esprit. Tout est en tout et tout homme est
en tout homme. C’est l’humanité dans son entier qui grimpe
maladroitement la pente " vers le meilleur ". L’affrontement "
GWB><Saddam Hussein " relève d’une psycho(patho)logie
vieille de
10.000 ans. Avec GWB, on ne sait même pas quelles sont les
batailles
les plus vaines : celles des armes ou celles des mots, tant ses
discours sont religieusement " pré-historiques", si l’on parle
de la
Bible comme préhistoire de la religion et du Christ comme
l’Histoire.
Pour les batailles physiques, celles qui tuent l’autre, que cela soient
celles du Jourdain, du Pont Milvius, de Tolbiac (Clovis), de la prise
de Jérusalem par Godefroid de Bouillon ou celle de Bagdad par
GWB,
elles sont toutes les mêmes. Il n’y a rien qui ressemble plus
à une
boucherie qu’une autre boucherie.
Le plus étonnant, sans doute, est que cela nous étonne.
Comment ? Le
monde en est-il toujours là ? Comment, et on avait dit " plus
jamais ça
". Comment, ne voyait-on pas la " noosphère " chère
à Teilhard de
Chardin prendre racine, grandir et fleurir sur notre primitive
bio-sphère ? N’étions pas dans ce tournant de
siècle à un véritable
tournant de l’histoire humaine ? Et bien, non ! Et bien qu’on puisse le
regretter amèrement, ni nous, ni nos enfants, ni sans doute nos
petits
enfants ne verront le miracle s’accomplir sauf si une majorité
d’hommes
se rend compte bientôt que le seul miracle venant de Dieu est
celui de
la douceur, du pardon, de la compréhension, du partage, du
respect de
l’autre et de l’amour. Toute autre notion de Dieu n’aboutira qu’aux
règlements de compte les plus odieux. Dieu n’est pas vengeur,
Dieu ne
prête pas la force de son bras pour occire le voisin. Dieu
pardonne le
mal, Dieu écoute, Dieu respecte, Dieu ne cherche pas le
règne, la
puissance et la gloire : ça, c’est une affaire de petits hommes
gourmands et infatués.
Non, Mr Bush, pas de " God bless America " . " God be blessed ". Si
vous tenez à parler de Dieu, louez-le au lieu d’attendre qu’Il
vous
loue et la meilleure manière de le faire est de suivre les
conseils de
fraternité et de respect qui parsèment les Evangiles.
C’est vous qui,
en partant en croisade " blessez " votre Amérique chérie.
Et si l’usage
de la force est longtemps préférée à celle
du dialogue, ce sont les
enfants de vos enfants qui seront profondément et durablement
blessés.
Non Saddam Hussein vous n’êtes ni prophète, ni saint, ni
prédestiné à
une tâche infiniment noble. Votre vie est une succession
d’échecs et de
crimes et la pire des dérisions est que vous êtes
aujourd’hui comparé à
votre ennemi mortel. Vous faites la paire... une paire de cow-boys qui
prenez le monde pour votre terrain de jeux et les peuples comme stand
de tir aux pipes. GWB a passé son enfance à jouer au
cow-boy dans
l’arrière-cour d’un ranch texan et il gagnait toujours. Saddam
Hussein
a passé son enfance à la tête d’un gang de voyous
dans les ruelles
torrides de Tikrit et il gagnait toujours. Aujourd’hui, les
voilà tous
deux perdants et le monde avec.
Pour avoir la paix sur la terre, il faut avant tout être de bonne
volonté. Autant l’un que l’autre, ce n’est pas la modestie qui
les
étouffe et leur dieu de parade militaire tue des milliers de
gens
innocents et incommode les milliards d’autres.
Faire la guerre " au nom de Dieu " est une proposition qui contient en
elle une
contradiction irréductible. Alors ne parlons pas de Dieu dans
cette
affaire.
Parlons des hommes qui n’en finissent pas de sortir de la barbarie.
Alain Rihoux,
Rixensart,
le 18 juin 2003
Pourquoi
j’ai voté Ecolo en 1999
J’ai
voté Ecolo lors des élections qui les ont amené au
pouvoir pour une
simple raison : les amener au pouvoir, les mettre dans une situation
concrète de gestion de société.
Le monde a un besoin impérieux d’une conscience
écologique, de recevoir
la
conscience "des liens, articulations, interdépendances qui
relient les
faits, alors que l’approche traditionnelle sépare, divise,
sectorialise
(...)" (je paraphrase Imagine Magazine). L’isolation, la
séparation,
n’apportent que la souffrance. La reconnection, la conscience de
l’interdépendance, sont à mon avis les seules solutions
pour amener une
abondance durable et équilibrée au monde.
Or, de la même façon que le monde a besoin de recevoir un
message
écologique, les artisans écologiques (je n’y compte pas
que les
politiciens !) ont besoin de se confronter au monde. Ceci doit se faire
dans
l’acceptation de l’imperfection des uns comme de l’autre. Ce n’est que
la
pratique, la pratique, et encore la pratique, et non
l’élaboration de
théories dans l’ombre du pouvoir, qui peut aider à
diminuer
progressivement
cette imperfection.
Lors de ces avant-dernières élections, celles qui ont
amené Ecolo au
pouvoir, je ne me suis préoccupé ni du programme, ni des
personnalités
du
parti. Ce genre de choses est éphémère. Aussi bien
le programme, que
l’organisation, que les personnes, devaient changer après
s’être
"frottés" à la confrontation pragmatique du partage de
pouvoir dans
lequel
le parti entrait. Il me semblait important que cette confrontation se
fasse
sans tarder, de façon à faire le tri entre l’illusion et
la pratique.
Et je
m’étais juré de revoter Ecolo cette fois-ci, quel qu’ait
été le
résultat de
leur participation au pouvoir ! Franchement, empêche-t-on un gamin
de
remonter sur son vélo après sa première chute ?
Non. On l’encourage à
remonter dessus. C’est pour cette raison que j’ai revoté Ecolo
cette
année-ci.
La plupart des autres partis, ou au moins les principes qui sont
à la
base
de leur fonctionnement à défaut d’une mise en pratique
efficace, ont
quelque chose de positif à apporter à la gestion de notre
société.
C’est un
puzzle de l’ensemble qui devrait bien pouvoir fonctionner, plutôt
que
(on
en revient à la même chose) une séparation et une
compétition entre
chaque élément. J’ai voté pour d’autres partis
dans le passé. Or,
aujourd’hui, je regarde ce qui MANQUE le plus au niveau du pouvoir.
C’est la CONSCIENCE de l’interdépendance, peu importe qu’on
appelle
cela spiritualité ou écologie (lisez l’excellent dossier
du magazine
l’Ecologiste intitulé Religions &Ecologie).
Comment amener la conscience de l’interdépendance dans un
univers de
pouvoir basé plus que jamais sur la confrontation ? Voilà
le défi à
relever.
Rien que pour soutenir cela, je refais un tour de manège en
revotant
Ecolo
lors des prochaines élections. Et là, je serai attentif
aux leçons
qu’ils
auront tiré de leur première participation au pouvoir.
C’est à la façon dont le gamin remonte sur son
vélo après sa première
chute
qu’on voit ce qu’il a vraiment dans le ventre.
Une des sujets à corriger en priorité, me semble-t-il,
est l’image (je
dis
bien : l’image) répressive du parti. Un grand nombre de personnes
que je
côtoie voient Ecolo comme des emmerdeurs, des
empêcheurs-de-tourner-en-rond. Il est en effet difficile pour
certaines
personnes d’employer trois poubelles plutôt qu’une, de lever le
pied de
l’accélérateur, de voir menacer "volontairement" des
emplois dans des
institutions polluantes mais rentables, bref pour eux Ecolo est une
atteinte à leur liberté fondamentale de polluer tout leur
environnement ! Si
Ecolo désire s’adjoindre ces voix-là, il faudra les
convaincre que la
pratique de l’écologie oeuvre DANS leur intérêt, et
non pas CONTRE (ce
dont ils sont persuadés). Tout un programme...
Un jour, j’ai vu une dame nettoyer une voiture de fond en comble.
C’était
vraiment un travail merveilleux. La voiture était nickel
à l’intérieur
et à
l’extérieur. Puis j’ai vu cette dame déverser le contenu
d’un cendrier
débordant sur la chaussée, à quelques
centimètres de la voiture.
Horrible !
Le contraste était d’autant plus fort que la voiture
étincellait. Je
suis
certain que cette personne aimait la propreté et agissait en
toute bonne
foi, inconsciente des implications de son geste "en dehors de son
monde".
Voilà. Cette personne est une métaphore d’une tranche de
notre société,
et
Ecolo vient pointer un doigt "moralisateur" sous son nez. Quel discours
Ecolo va-t-il tenir à cette dame ?
Comment Jiminy Crickett va-t-il convaincre Pinocchio d’écouter
ses
conseils
avisés ?
François De
Kock, le 12
juin 2003
Enfin un
magazine intelligent et positif !
Bonjour,
Peut-être que la plume électronique se fait plus simple,
mais je suis
ravie de pouvoir m’exprimer au sujet de votre magazine, de "notre"
magazine.
Félicitations pour tous vos articles, pour la pertinence sans
impertinence des sujets que vous abordez ; enfin un magazine intelligent
qui apporte une réflexion positive par rapport au monde qui nous
entoure. Très souvent, vos articles sont la base de discussions
familiales très riches et une source intéressante pour
des lectures,
sorties ou choix de disques.
Un tout grand merci pour cette bouffée d’air frais dans le
paysage
médiatique trop fréquemment à l’écoute du
sensationalisme et non de la
vie !
Une abonnée fidèle.
Brigitte Membrive,
Waterloo, le 13
juin 2003
Petit
mot d’humeur aux écologistes de parti
Je suis électeur écolo depuis quinze ans. Mais je n’ai
jamais voté
pour qu’Ecolo se hâte de participer à un gouvernement sans
être
à même d’imposer ses conditions, de
préférence inattendues et
évidentes. Par exemple, j’ai toujours eu en travers de la gorge
ce
fait qu’en mon nom d’électeur libre d’un pays libre, le
représentant belge aux Nations-Unies vote depuis douze ans un
embargo de l’Irak qui a tué 30.000 enfants par an. Le parti pour
lequel je votais n’y a rien changé,… J’avais tort de rêver
?
Les écologistes de parti ont voté la participation au
pouvoir à 60
contre 40. Il y a six mois je ne me voyais plus voter pour ce parti.
L’affaire de Francorchamps, la démission des ministres verts et
la réponse d’Isabelle Durant à la question «
Qu’avez-vous
finalement appris en ces quatre années de gouvernement ? »
(« …
Le catch ! ») m’ont ramené de justesse dans les rangs des
électeurs écolo. D’autres ont fait comme moi. Sans nous,
c’était
pire encore.
Pour la première fois de son histoire le PS gagne des voix en
étant au pouvoir. Et pour cause ! Le constat signifie simplement
que les porteurs de rêve sont toujours décevants, soit
qu’ils
trahissent soit que les réalistes leur font porter le chapeau.
Ecolo
a payé cette fois le prix des espoirs déçus, au
bénéfice des
socialistes du possible. L’arc-en-ciel aura eu deux vertus : mettre
fin à quarante ans de présence ininterrompue au pouvoir
des
partis chrétiens, et casser la progression électorale des
partis
écologistes.
Je sais lire, j’aime lire et j’ai un diplôme universitaire. Je me
sens
concerné par la gestion des sociétés humaines.
Pourtant les
quatre pages d’Ecolo, « ce que nous avons fait en quatre ans ,
avec d’autres (!) » me tombent des mains. Rien de lisible à
mes
yeux dans ce bazar. Cherchez l’erreur.
Si les écologistes veulent gérer la crise,
maîtriser les dossiers,
raisonner les insatisfaits, justifier ad libitum leur propre action,
perdre leur liberté stratégique, bref, singer les partis
de pouvoir
traditionnels, le citoyen se tourne vers l’original.
Nous avons assisté à la banalisation dans l’impuissance
de partis
prématurément au pouvoir. A des énergies
gaspillées dans des
combats obscurs. Alors qu’Ecolo dans l’opposition, c’était la
construction, la maturation d’une alternative. C’était
sûrement
aussi un ancrage démocratique des laissés pour compte du
jeu
institutionnel. Et un formidable outil d’influence de la
société
globale, y compris les partis traditionnels ! Que vouloir de plus ?
Des ministres, et tout de suite ? Le rythme de l’histoire n’est pas
celui des destins individuels, Ecolo a péché par manque de
perspective.
Le rêve sera reformulé, réajusté. Avec ou
sans les écologistes de
parti.
Guy Leboutte ,
Liège, le 18 mai 2003
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