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Haïti

De l’urgence au développement

Haïti représente un des plus grands échecs de la coopération internationale. La reconstruction implique d’adopter un modèle de développement différent. Analyse et propositions.

Le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier a provoqué un des plus grands désastres humanitaires de ces dernières décennies. Il a nécessité un important élan de solidarité internationale pour faire face à l’urgence de la situation. Mais maintenant que les caméras s’en détournent progressivement, se pose la question de la reconstruction du pays dévasté, et donc du modèle de développement à adopter.

Les travers du passé

Si le tremblement de terre a brutalement renvoyé Haïti à son « année zéro », il convient avant tout d’éviter de retomber dans les travers du passé. Ceux d’un pays où, avant le séisme, à peine plus d’un tiers de la population avait accès à l’eau et à l’électricité, où plus de la moitié vivait avec moins d’un dollar quotidien et était analphabète. Le modèle de développement fondé sur la sous-traitance internationale et l’exportation de cultures de rente [1] a provoqué l’appauvrissement des zones rurales, un exode massif vers les zones franches et les bidonvilles de Port-au-Prince et, in fine, une dépendance alimentaire à la base des émeutes de la faim de 2008.
Certes, ce modèle n’a pas appauvri tout le monde. Les intermédiaires, véritable oligarchie locale, ont profité des lucratives commissions de l’import-export pour s’enrichir : 5 % de la population haïtienne cumulaient 50 % des richesses du pays avant le séisme.
Corollaire de cette politique, en phase avec les « conditionnalités » des institutions financières internationales : Haïti importait 60 % de sa consommation de céréales. Le pays était notamment inondé de riz américain, exporté à bas prix grâce à des subventions indirectes.

Les pistes pour l’avenir

Une première évidence est que le développement de Haïti ne pourra se faire sans les Haïtiens. Si les gouvernements et les ONG internationales ont massivement réagi lors du tremblement de terre, ce sont avant tout les populations haïtiennes qui ont construit des camps de réfugiés, partagé les ressources disponibles et sauvé des milliers de vies. Ce sont aussi les populations rurales haïtiennes qui ont accueilli les dizaines de milliers de personnes fuyant la capitale en ruines.
Cet exode urbain provoqué par la catastrophe représente une opportunité de penser le développement d’Haïti de manière globale, en investissant dans l’agriculture, les services publics, les logements et les emplois dans les provinces, en vue de désengorger la capitale et de promouvoir un modèle de développement moins inégalitaire que par le passé. A contrario, le risque est grand de voir se développer des « bidonvilles provinciaux  » condamnés à l’assistance humanitaire.
La diaspora haïtienne aura également un rôle majeur à jouer, du fait des nombreuses pertes humaines parmi les cadres d’un Etat qui était déjà très faible avant le séisme, mais aussi des moyens dont elle dispose. Les transferts des migrants, qui ont représenté 1,2 milliard de dollars en 2008, représentaient avant le séisme entre un quart et un tiers du PIB haïtien, selon les années.
En outre, la nécessaire reconstruction matérielle du pays implique une importante main-d’œuvre, notamment dans le secteur du bâtiment, qui peut offrir de nombreux emplois pour les Haïtiens, si les programmes de formation adéquats sont mis rapidement en place et que les investissements étrangers privilégient l’engagement de la main-d’œuvre locale à des conditions décentes.

Le rôle de la coopération internationale

La reconstruction et le développement d’Haïti dépendent évidemment d’importants moyens financiers que seule la coopération internationale peut assurer à court terme. Cela passe par l’annulation totale de la dette haïtienne et par une aide internationale massive. Mais cette aide doit être coordonnée et soutenir le modèle de développement défini par les populations haïtiennes, qui seront appelées à terme à élire de nouveaux représentants [2].
Il faut se rappeler que Haïti a également représenté un des plus grands échecs de la coopération internationale, avec une multitude de coopérants mal coordonnés qui se substituaient dans de nombreux secteurs à un Etat défaillant. La présence massive des Etats-Unis, avec une administration Obama décidée à imposer son « leadership humanitaire » pour faire oublier le « leadership militaire » des années Bush, pèsera évidemment très lourd dans la balance, tandis que le manque de coordination européenne reste criant.
Enfin, les institutions financières internationales devront également tirer les leçons de leurs erreurs passées. Il est à ce sujet inquiétant que le FMI ait offert une assistance de 102 millions de dollars sans « conditions additionnelles », ce qui revient implicitement à maintenir les conditions du passé. La reconstruction d’Haïti implique au contraire d’adopter un modèle de développement différent de celui qui a prévalu jusqu’ici.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

[1Culture de rente (café, cacao, arachide…) : culture qui peut générer des rentrées financières, souvent destinées à l’exportation, par opposition avec la culture vivrière (fruits, légumes), destinée habituellement à la consommation locale.

[2Les élections législatives, fixées avant le séisme au 28 février 2010, ont évidemment été postposées à une date indéterminée.

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