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PEROU
Argent, zinc, cuivre, étain, plomb, or...
Comment les mines empoisonnent les paysans
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Au Pérou, l’extension des exploitations
minières mord sur l’espace agricole, épuise
les ressources en eau, et chasse les paysans.
Jusqu’à provoquer de sérieuses crises
sociales et alimentaires.
Emmitouflé dans son pull, don Felipe jette un regard
inquiet sur le camion qui passe. C’est un camion à
benne, blanc et jaune, comme il en passe des dizaines
jour et nuit, dimanche compris, sur cette piste taillée
dans la montagne. « En période sèche, la poussière
soulevée sur la route recouvre nos cultures, dit le
paysan. Mais surtout, nous devons constamment surveiller nos
enfants pour qu’ils n’aillent pas se faire écraser. » A 3.500 mètres
d’altitude, sur les hauteurs glacées des Andes péruviennes, don
Felipe, tout comme les 50 habitants du hameau de La Pajuela, côtoie
une activité intense dont il se serait bien passé. Au bout de la
route, une nuée d’hommes et de machines exploitent la plus vaste
mine d’or du Pérou pour le compte de Yanacocha, une entreprise
américano-péruvienne appuyée par la Banque mondiale.
Depuis l’installation, voici 15 ans, de Yanacocha, les paysans riverains
assistent à la dégradation de leur environnement. Leurs
champs sont désormais traversés de gigantesques canaux d’évacuation
des eaux utilisées dans le traitement des boues aurifères.
« Quand nous nous approchons des canaux, nous avons les yeux
qui piquent, affirme don Felipe. L’eau est saturée de mercure. »
Les truites qui peuplaient l’unique rivière de la région ont disparu.
Questionnés à ce sujet par les paysans, les ingénieurs de la mine ont
simplement répondu que « les truites avaient dû partir ailleurs ».
Avant d’ajouter, laconiques : « Au cas où, évitez quand même de
boire cette eau. » Depuis le village a acheté un van et don Felipe
fait quatre heures de route chaque semaine pour aller chercher de
l’eau potable dans la capitale régionale, Cajamarca.
(...)
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