Vivre de manière plus écologique aiderait-il à mieux vivre ensemble ? Un peu partout,
en Belgique et ailleurs, des anonymes ont décidé de retrouver des valeurs essentielles. Faisant fi du « chacun pour soi » et du « tire ton plan », ils recréent des liens avec leurs voisins et construisent ensemble un monde plus durable, cherchent le bonheur ailleurs que dans la consommation.
Concevoir et vivre dans des maisons ou des appartements écologiques, monter un réseau d’échange de savoirs et de services, créer une association de découverte et de protection de la nature : tous, à différents degrés, tentent de sortir d’un système qui nous voudrait individualistes, hyperconsommateurs, isolés devant notre télé ou dans notre voiture – et destructeurs de notre environnement.
Imagine vous invite à un voyage en neuf étapes en terre de convivialité nouvelle, à la rencontre de projets qui ont tous pour objectif commun de retisser des liens avec les autres et avec la planète.
- Cité Forest vert
Un quartier durable de 500 habitants à Bruxelles
« Petit à petit, le lien avec la nature se reconstruit »
- Le GAC de Louvain-la-Neuve
Un groupe d’achat en commun aux producteurs locaux
« Le respect de l’humain, des animaux, de la terre... »
- Le Genévrier
Groupement pour la mise en valeur des richesses naturelles de la région de Ferrières
« Nos promenades sont un partage »
- L’Espoir de la rue Fin
Un immeuble écologique à Molenbeek, conçu par ses habitants
« Maintentant, on est comme une famille »
- Les Groupes de simplicités volontaire
Réduire son empreinte écologique sur le modèle des AA
« J’ai pris le temps de me poser des questions sur le sens de ma vie »
- Le SEL Coup de pouce
Un système d’échange local à Villers-la-Ville et alentours
« Réaliser quelque chose ensemble, cela crée des liens d’une qualité
particulière »
- Le Verger
Un habitat groupé écologique à Temploux
« Traduire nos révoltes en quelque chose de vivant »
- Incourt, Brabant wallon
Une commune qui allie ruralité et participation
« La participation a permis aux gens qui étaient un peu contre tout de devenir citoyens »
- Les Hameau des buis
Une communauté intergénérationnelle en Ardèche, France
Sophie Rabhi : « Je suis touchée par la confiance réciproque, l’aventure humaine »
ET AUSSI
Construire le « biorégionalisme »
Analyse de Christian Arnsperger (UCL)
Christian Arnsperger, chercheur au
FNRS, est économiste à la Chaire Hoover
d’Ethique économique et sociale
de l’Université catholique de Louvain
(UCL). Auteur de plusieurs ouvrages [1], il
explore des pistes innovantes pour affronter
notre angoisse de la perte et de la mort, dont
profite le système capitaliste pour nous aliéner
et perpétuer les inégalités. Entretien.
Une perversion totale
Comment avons-nous pu construire un système
aussi destructeur que le nôtre ? Comment
en sommes-nous arrivés là ?
Le système que nous avons construit n’était,
en fait, pas perçu comme destructeur au départ
– à l’exception, bien sûr, des marxistes et des
socialistes critiquant la Révolution industrielle.
Il y a deux siècles, les destructions écologiques
étaient moins alarmantes qu’aujourd’hui, et
les destructions humaines moins visibles et
plus acceptées socialement. Il régnait une vision
plutôt utilitariste : même si quelques-uns
trinquaient, les bénéfices et le « progrès » que
nous en retirions paraissaient en valoir la peine.
Au 18e siècle, des penseurs comme Adam
Smith [2] considèrent que la recherche de la
valorisation de la propriété privée est l’expression
de notre liberté. C’est pour promouvoir
cette valorisation, avec l’aide de la puissance
publique, que le système capitaliste s’est mis
en place. Mais à l’origine, au fondement de
cette idée que la propriété privée c’était la liberté,
on trouve en fait la peur de la mort [3].
La propriété est perçue comme synonyme de
protection, de solidité, elle nous rassure. On
peut la transmettre à travers les générations ;
les sociétés, les « corporations » survivent aux
personnes.
(...)
[1] Dont le récent Ethique de l’existence post-capitaliste : Pour un militantisme existentiel,
Editions du Cerf, 2009.
[2] Adam Smith est le père de la science économique moderne et son œuvre principale,
La richesse des nations, est un des textes fondateurs du libéralisme économique.
[3] Cf. Jacques Attali, Au propre et au figuré : Une histoire de la propriété, Fayard, 1988
(réédité au Livre de Poche). Voir aussi Christian Arnsperger, Critique de l’existence capitaliste
: Pour une éthique existentielle de l’économie, Editions du Cerf, 2005.
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