article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2

Europe-Afrique

Les raisons d’un divorce

Les échanges entre les pays émergents et l’Afrique ont, pour la première fois, dépassé le commerce entre l’Union européenne et l’Afrique. Et, dans le même temps, la puissance européenne d’hier semble aujourd’hui perçue comme de l’arrogance par les Africains.

Après s’être partagé le territoire africain lors de la conférence de Berlin en 1885, l’Europe a dominé l’Afrique durant le 20e siècle. Le temps des colonies a ensuite fait place, après la Deuxième Guerre mondiale, à celui des accords préférentiels octroyés par l’Europe à ses anciennes possessions africaines dans le cadre des conventions de Lomé, censées garantir une relation privilégiée entre les deux continents. Mais ce temps est désormais révolu.

La fin d’un diktat

Après plus d’un siècle de domination européenne en Afrique, le début du 21e siècle a sensiblement modifié les choses. Les gouvernements africains ne semblent plus disposés à accepter les mêmes relations qu’auparavant. Au contraire, l’Afrique refuse désormais le diktat européen. Plusieurs événements récents sont venus confirmer cette évolution.
En septembre 2010, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Union européenne espérait faire adopter une motion qui lui permette d’adapter sa représentation internationale aux termes du nouveau traité de Lisbonne. En effet, le traité de Lisbonne ayant créé deux nouvelles fonctions supposées représenter le visage extérieur de l’Europe – le président du Conseil (Herman Van Rompuy) et la responsable de la diplomatie européenne (Catherine Ashton) –, l’Union européenne souhaitait que ces deux personnalités puissent s’exprimer en son nom dans le cadre des Nations unies. Mais c’était sans compter sur le refus des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), qui ont massivement appuyé une motion de « non-action » déposée par le Surinam. Ce sont donc les principaux bénéficiaires de l’aide européenne, lesquels sont aussi d’anciennes colonies, qui ont empêché l’Union européenne de renforcer sa voix dans l’enceinte des Nations unies.
Mais est-ce si étonnant ? Comment en effet ne pas constater le mécontentement grandissant des pays ACP suite à la négociation des accords de partenariat économique (APE) ? Les APE sont des accords de libre-échange censés remplacer les accords préférentiels du passé pour se conformer aux règles de l’OMC. En d’autres termes, les pays ACP sont invités à abandonner le traitement spécial dont ils bénéficiaient de la part de l’Europe au profit de la libéralisation de leurs marchés. Les pays africains ont dès lors majoritairement refusé de signer ces accords que l’Union européenne tente toujours de faire adopter.
Lors du dernier sommet UE-Afrique, qui s’est déroulé fin novembre 2010 à Tripoli, les divergences sur le dossier des accords de partenariat économique, qui avaient déjà plombé le précédent sommet de Lisbonne en 2007, sont restées vives. A ce problème s’en sont ajoutés d’autres : l’Afrique a en effet dénoncé la baisse récente de l’aide européenne suite à la crise financière, tout en critiquant le fait que les investissements européens évitent systématiquement l’Afrique pour aller en Asie. Enfin, les pays africains ont rejeté l’idée d’une déclaration commune avec l’Europe sur les enjeux du climat à la veille du sommet de Cancún, arguant que l’Afrique avait sa propre position et que les Européens n’avaient pas laissé suffisamment de temps aux Africains pour analyser leur proposition.

Le reflet du décentrage du monde

Si l’Europe n’est plus en mesure d’imposer ses vues à l’Afrique, c’est parce que son poids dans l’économie politique internationale a chuté au profit des pays émergents. Les échanges commerciaux entre les pays émergents et l’Afrique sont passés de 34 milliards de dollars en 1995 à 283 milliards en 2008, dépassant pour la première fois les échanges entre l’Union européenne et l’Afrique. Bien que les activités extractives restent prédominantes et les échanges déséquilibrés en faveur des pays émergents, l’analyse du contenu de ces échanges révèle que la coopération Sud-Sud est beaucoup plus centrée sur le développement économique que la coopération Nord-Sud, par le biais de l’investissement dans les infrastructures et les secteurs productifs africains. Les politiques de coopération de l’Union européenne, fondées sur le libre-échange, la bonne gouvernance et les politiques migratoires restrictives ont ainsi perdu de leur intérêt en Afrique, où les gouvernements ont perçu l’émergence de nouveaux bailleurs du Sud comme un moyen de contourner les conditions liées aux politiques de coopération européennes.
Ainsi, la puissance européenne d’hier semble aujourd’hui perçue comme de l’arrogance. Dans un monde qui devient multipolaire, les décideurs politiques européens seraient bien inspirés de s’en rendre compte.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

Autre(s) article(s) sur le même thème :

article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2