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Eviter le retour des émeutes de la faim

Une nouvelle flambée des prix alimentaires se profile à l’horizon. Dans ce contexte, comment éviter de nouvelles émeutes de la faim ? Voici trois mesures à mettre en œuvre : soutenir l’agriculture familiale, réguler le commerce agricole international et enrayer la spéculation sur les denrées alimentaires.

En 2008, la flambée des prix agricoles avait provoqué des émeutes de la faim dans une quarantaine de pays pauvres. Les gouvernements avaient alors affirmé leur volonté de corriger les erreurs du passé. Mais bien peu de choses ont finalement été concrétisées et la nouvelle envolée des prix agricoles laisse craindre une résurgence des crises alimentaires. Pourtant, les récoltes de 2009- 2010 ont été bien meilleures que celles de 2007-2008, notamment pour le riz en Asie et le maïs en Afrique. Mais plusieurs éléments entraînent une raréfaction des matières premières agricoles et une flambée des prix.

Pressions sur l’offre et la demande

Si, malgré les récoltes satisfaisantes, les prix agricoles ont tendance à s’envoler, c’est parce que le contexte international implique à la fois une pression sur l’offre alimentaire et une hausse de la demande, ce qui pèse sur les stocks disponibles et fait grimper les prix.
Du côté de l’offre, une série de phénomènes entraîne une raréfaction des matières premières alimentaires. Le sous-investissement dans l’agriculture familiale, constaté depuis plus de 20 ans, reste de mise malgré le signal d’alarme de la crise alimentaire de 2008. Les paysans ruraux du Sud continuent de représenter la majorité du milliard de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, même si une partie sans cesse croissante s’est résignée à migrer vers les villes dans l’espoir d’y trouver un emploi dans le secteur informel [1]. Cet exode rural est à l’origine du développement des bidonvilles du Sud, où un milliard de personnes dépendent des importations alimentaires pour se nourrir. Or lorsque les prix s’envolent sur les marchés mondiaux, ces populations pauvres qui dépensent jusqu’à 90 % de leurs revenus pour se nourrir n’ont tout simplement pas les moyens de payer les aliments importés.
Par ailleurs, la hausse du prix des intrants agricoles, comme l’énergie et l’eau, pousse les prix de production vers le haut, tandis que l’augmentation des catastrophes environnementales, comme la canicule et les incendies en Russie ou les inondations en Australie et au Brésil, entraîne la destruction d’une partie des récoltes. Les pratiques polluantes de l’agriculture industrielle entraînent en outre une dégradation des sols qui pèse sur les rendements agricoles : près de 10 millions d’hectares cultivables disparaissent ainsi chaque année. Enfin, la concurrence des agrocarburants, qui monopolisent de plus en plus de terres agricoles, diminue la surface disponible pour les céréales destinées à l’alimentation : plus du tiers des cultures américaines de maïs sont ainsi destinées à la production de bioéthanol.
Parallèlement à cette raréfaction des matières premières agricoles, la demande de céréales augmente du fait que les populations des pays émergents du Sud consomment de plus en plus de viande, et donc indirectement de céréales, puisqu’une bonne part de la production de céréales a pour but de nourrir le bétail. Cette hausse de la demande mondiale s’ajoute ainsi aux pressions sur l’offre pour entraîner les prix agricoles vers le haut.

Le rôle amplificateur de la spéculation

Lorsque les indicateurs de production fondamentaux entraînent une pression sur les stocks disponibles, cela ne peut qu’aiguiser les appétits spéculatifs. Les rendements à court terme que permettent les hausses de prix importantes incitent en effet les fonds d’investissement à se ruer sur ces marchés pour empocher des plus-values. Or cela a pour effet d’amplifier le phénomène de hausse des prix et d’exacerber les crises alimentaires. Le marché des matières premières agricoles est ainsi de plus en plus financiarisé, attirant des fonds d’investissement qui n’ont aucunement l’intention d’acquérir physiquement des produits agricoles, ce qui explique que les transactions sur le marché des céréales représentent plus de 15 fois la valeur de la production totale de céréales.
Garantir la souveraineté alimentaire des populations implique dès lors de réguler les prix agricoles afin qu’ils soient à la fois suffisamment rémunérateurs pour les producteurs et accessibles pour les consommateurs. Cela nécessite notamment :
1. de soutenir l’agriculture familiale, en vue de faciliter l’accès aux intrants et de promouvoir des modes de production durables ;
2. de réguler le commerce agricole international, en vue de stabiliser les prix agricoles régionaux par des stocks régulateurs et des tarifs extérieurs communs ;
3. et enfin de réglementer le marché des matières premières agricoles, en vue d’enrayer la spéculation alimentaire.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

[1Ce terme recouvre l’ensemble des activités économiques qui se déroulent en marge des législations sociale, fiscale et pénale. Faite de « petits métiers » mais employant des millions de personnes dans les pays du Sud, cette économie échappe aux comptabilités nationales.

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