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Le portugais et le cholestérol

Sacré Laurent ! La république lui devra beaucoup. Avec sa petite dotation, ses petites combines, ses petits voyages en première classe et sa Fondation « écolo » à vocation immobilière, Bouboule pousse inévitablement le contribuable belge à s’interroger : « Pourquoi dois-je filer 300.000 euros par an à ce gugusse ? »

Tu l’as dit, Marcel ! Continue à penser. Et tu finiras par buter sur la légitimité même de l’institution monarchique. Oui, quelle est cette coutume moyenâgeuse, raciste et absurde, qui prétend désigner un chef d’État, non en vertu de ses qualités propres, mais par la seule magie de son ADN et de son pedigree ? Et quel rapport avec la démocratie ? Bonne question – qui vaut bien un fromage. Et même un voyage au Congo !

Sacré Kris ! On a frôlé le poisson d’avril. Dans son édition des 2 et 3 avril 2011, La Libre Belgique interviewait Kris Peeters, membre éminent du CD&V et ministre- président de la Flandre. La Flandre, vous voyez ? Cette petite république maritime qui pousse à nos frontières nord-ouest. Après avoir contesté à Bruxelles son statut de « région à part entière », et revendiqué sa cogestion par la Wallonie et la Flandre, il a précisé sa pensée : « Les francophones font toujours passer Bruxelles pour une ville francophone. » Ce qui, vu de Sirius, est quand même plus facile que de faire passer Linkebeek pour une commune flamande. « En fait, on y parle toutes les langues : le français, le néerlandais, l’anglais, l’italien, le portugais… » Merci, Kris, mais tu as oublié l’ottoman, l’arabe et le polonais. Si j’ai bien compris, à Bruxelles, le français est donc un swahili comme les autres. Eh bien ! tu te trompes, Kris. Chez nous, on parle castillan. Mais c’était en 1570, sous joug du duc d’Albe et le règne de Philippe II (rien à voir avec Laurent). Si tu venais un peu plus souvent à Bruxelles, Kris – après tout, c’est encore ta capitale ! –, tu saurais qu’au-delà de nos origines, nos langues véhiculaires sont aujourd’hui le français et le néerlandais. Et tu vois, Kris, moi qui suis un chic type et vrai militant du bilinguisme, je m’inquiétais de ce que tu ne puisses pas toujours, chez nous, commander ta pizza dans la langue d’Arno. La prochaine fois, tu la commanderas en portugais, qu’on rigole un peu. Encore un mot, Kris. C’est gentil de vouloir cogérer Bruxelles. Mais commence par cogérer tes propres interviews. On s’occupera du reste.

Sacré Bart ! J’en ai un peu marre, en attendant, d’entendre dire que la N-VA est « incontournable  » en Flandre. 28 % au Nord du pays, c’est certes un résultat impressionnant. Mais les élections, ce n’est pas un concours de zigounettes, où celui qui a la plus grosse gagne la partie. En démocratie, la force d’un parti politique, c’est sa capacité à rassembler une majorité parlementaire autour d’un programme. Si la N-VA est indépendantiste, et tous les autres partis flamands fédéralistes, il est donc parfaitement légitime de la laisser seule dans son coin. En France, le parti de Marine Le Pen est dans une situation semblable. Aux dernières élections cantonales, le Front national, avec une moyenne de 14,5 %, avait, lui aussi, dépassé les 30 % dans plusieurs cantons. Mais, au second tour, il a été incapable de transformer cet avantage en majorité politique – son pouvoir de répulsion sur tous les autres électeurs restant plus fort que son pouvoir d’attraction. Bilan des courses : deux élus Front national seulement pour toute la France. Alors que le Front de gauche [1], en progression au premier tour avec près de 10 %, en a finalement fait élire 121 ! Comme quoi, un certain barnum médiatique masque parfois une réelle impuissance politique (et inversement).

Sacré cholestérol ! D’accord : comparaison n’est pas raison. Contrairement au Front national en France et au Vlaams Belang en Belgique, la N-VA n’est pas un parti fasciste. Et s’il se trouvait, en Flandre, une majorité politique pour porter démocratiquement la revendication indépendantiste, je n’y trouverais, en soi, rien à redire. Si l’on est, comme moi, favorable à l’autodétermination des peuples, cela ne concerne pas seulement le Sahara Occidental et les Indiens Mapuches. Je n’oublie pas que, dans l’Histoire, les mouvements de libération ont souvent porté, à la fois, la question nationale et la question sociale. Le nationalisme, c’est comme le cholestérol. Il y a le « bon » – qui favorise le mieux-vivre ensemble dans le creuset de la nation. Et le « mauvais », qui persécute, stigmatise et exclut les « étrangers  ». Le premier une variante (curieuse) de l’amour. Le second, une variante (courante) de la haine. Malheureusement, comme dans le sang, les deux sont souvent intimement liés.

Sacré mystère ! Dans cette même interview de La Libre Belgique, Kris Peeters affirme que « la toute grande majorité des Flamands n’est pas séparatiste. » « Pourquoi, alors, votent-ils à plus de 50 % pour des partis ouvertement séparatistes ? », rétorque évidemment La Libre. Et le ministre-président flamand répond candidement : « C’est le grand mystère. C’est la question que je me pose aussi, et à laquelle je n’ai pas de réponse. »
Quand il aura la réponse, il pourra peut-être former un gouvernement.
Ou fonder une république.

Claude Semal
Auteur-compositeur, comédien et écrivain
www.claudesemal.com

[1Le Front de gauche regroupe, en France, le Parti communiste, Le Parti de gauche de Mélenchon, la Gauche unitaire et des écologistes radicaux. Le NPA d’Olivier Besancenot s’était joint à cette alliance dans une vingtaine de cantons. A ces mêmes élections cantonales, Europe Ecologie-Les Verts a eu 27 élus et le Parti socialiste 820.

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