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Europe

Enrayer la spirale négative

Ce n’est ni en attendant que les solutions viennent d’ailleurs, ni en s’agenouillant devant les marchés que l’Europe pourra sortir de la crise. Mais en enrayant la spéculation et en opérant des investissements dans des projets d’avenir.

La proposition de l’Union européenne de faire appel, en novembre 2011, aux pays émergents du Sud pour financer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) – proposition finalement poliment déclinée par les intéressés – est une nouvelle illustration de l’incapacité des pays européens à régler eux-mêmes leurs problèmes. Déjà en 2010, dans le contexte de la crise grecque, un pays dont l’économie ne représente pourtant qu’environ 3 % du poids économique de l’Europe, l’Union européenne avait sollicité le FMI. Ce dernier fait depuis lors partie, avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne, de la « troïka » appelée au chevet des pays européens en crise, sommés d’opérer des cures d’austérité qui ne sont pas sans rappeler les programmes d’ajustements structurels imposés par le passé aux pays en développement [1].

Les gouvernements incapables de s’accorder

Ainsi l’Europe, qui a dominé le monde pendant des siècles, serait devenue incapable de sortir de la crise sans faire appel au FMI et aux pays émergents comme la Chine, le Brésil ou la Russie. La réalité est évidemment qu’il n’en est rien : l’Union européenne a les capacités d’enrayer la spéculation sur les dettes publiques, de réguler son système bancaire, d’approfondir la construction européenne, de relancer l’activité économique et d’investir dans des projets d’avenir – comme la transition énergétique – qui lui permettraient de sortir de la crise par le haut. Le problème est que les gouvernements des Etats membres s’avèrent incapables de s’accorder politiquement pour avancer de manière coordonnée sur une telle voie.
La seule politique qui semble avoir les faveurs de l’ensemble des décideurs européens est celle qui consiste à couper drastiquement dans les dépenses pour rassurer les marchés. L’ennui est que ces marchés, pris au premier degré, sont mauvais conseillers. Certes, il est nécessaire de mener des politiques budgétaires rigoureuses et de réduire les déficits, mais des politiques d’austérité généralisée peuvent aboutir au résultat inverse : la baisse des dépenses publiques, si elle est trop importante et trop rapide, peut entraîner une chute de l’activité économique, une hausse du chômage et une baisse des recettes fiscales, ce qui aboutit in fine au creusement des déficits publics. C’est ce scénario de la déflation qui a été à l’œuvre lors de la Grande Dépression des années 1930, de la crise du Japon des années 1990 et des programmes d’ajustements structurels des années 1980 et 1990.

Faire avancer la construction européenne

Il en résulte que le déclin de l’Europe semble consommé. Signe des temps, des Etats-Unis à la Chine, on s’inquiète de la situation et on élabore des scénarios pour faire face à l’hypothèse de l’éclatement de la zone euro. Si l’Europe reste au centre des enjeux économiques mondiaux, c’est désormais moins en tant que locomotive qu’en tant que bombe à retardement. Comme le résume Thierry de Montbrial : « Depuis l’aube des temps modernes, les Européens, puis ceux qu’on a pris l’habitude d’appeler les Occidentaux, ont dirigé le monde. C’est probablement un cycle de cinq siècles qui s’achève. » [2] Selon l’OCDE, les pays industrialisés, qui pesaient encore 60 % du produit mondial brut en 2000, ne représentaient plus que 51 % en 2010 et ne représenteront plus que 43 % en 2030 si les tendances en cours sont confirmées [3].
Croire, dans ce contexte de basculement du monde, que des pays comme la Chine apporteront leur aide à l’Europe sans contrepartie serait faire preuve d’une naïveté coupable. Comme l’a annoncé dès le 3 novembre 2011 le président chinois Hu Jintao en marge du G20 de Cannes : « Si la Chine investit et soutient l’Europe, il n’est pas irraisonnable qu’elle demande au minimum un peu plus de compréhension de ses intérêts. » [4]
L’Europe semble ainsi une nouvelle fois tendre le bâton pour se faire battre, alors qu’elle possède les moyens nécessaires pour enrayer la spirale négative que son indécision politique a alimentée depuis de nombreux mois. Certes, comme le rappellent à juste titre nombre d’observateurs, ce sont les crises qui ont fait avancer la construction européenne par le passé. Toutefois, ce n’est ni en attendant que les solutions viennent d’ailleurs, ni en s’agenouillant devant les marchés que ces avancées ont été opérées. Il serait urgent que les décideurs européens s’en souviennent.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

[1« La zone euro, nouvelle victime du consensus de Washington ? », Le Monde, 22 novembre 2011.

[2RAMSES 2011 : Un monde post-américain ?, T. de Montbrial (dir.), IFRI, 2010, p. 25.

[3Perspectives on global development. Shifting wealth, OECD, 2010.

[4Le Monde, 3 novembre 2011.

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