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La dette dans la baignoire

Plomberie. Avec sa baignoire et ses robinets, une petite merveille pédagogique « tourne » depuis peu sur le net. Avant même qu’elle soit sous-titrée en anglais, 403.535 internautes l’ont déjà visionnée sur YouTube ! Un certain « Mr Quelques Minutes », totalement inconnu au bataillon, nous y explique, en dix minutes, l’origine de la dette. C’est limpide et soufflant [1].

Imaginez-vous l’économie d’un pays comme une « baignoire », et la monnaie en circulation, comme le « liquide » qu’elle contient. Quand le « liquide » remplit exactement la « baignoire », l’ensemble des biens et services peuvent être échangés grâce à cette masse monétaire.
C’est la situation « normale ». S’il y a trop de monnaie, le liquide déborde de la baignoire : c’est l’inflation. L’argent perd de sa valeur, les prix explosent et les épargnants râlent. Mais s’il n’y a pas assez de « liquide », les échanges stagnent, les invendus s’accumulent et l’économie s’enraye : c’est la récession.

Hold-up. Techniquement, il importe donc de contrôler en permanence le ratio « liquide » / « baignoire ». Pour cela, chaque nation dispose en principe de deux « robinets ». Le premier robinet, c’est sa « banque centrale  ». Cette banque a le privilège de créer (ou de supprimer) de la « monnaie papier » en faisant tourner la « machine à billets » (et l’incinérateur). Depuis la création de l’euro, tous les pays européens dépendent aujourd’hui de la seule Banque centrale européenne (BCE).
Le second robinet, lui, est activé par les banques privées. Elles ne peuvent imprimer de billets mais, par de simples jeux d’écriture, elles créent de « l’argent virtuel » en accordant des lignes de crédit. C’est ce qu’on appelle la « monnaie scripturale ».
Le premier de ces « robinets » étant réputé « inflationniste », les Etats se sont interdit depuis 1973 d’emprunter eux-mêmes aux banques centrales. Cette disposition a été, en Europe, « coulée dans le bronze » au chapitre 123 du traité de Lisbonne.
Ce sont désormais les banques, et non plus les Etats, qui empruntent à la BCE (au taux actuel de 1,25 %). Pour chaque million emprunté, elles sont ensuite autorisées à accorder jusqu’à 6 millions de crédits (à des taux qui, eux, dépassent souvent les 15 %). Ainsi, en payant 12.500 euros d’intérêts à une banque centrale, une banque privée peut espérer facturer 900.000 euros d’intérêts à ses clients. En toute « légalité ». Joli hold-up du capital financier, n’est-ce pas ?

Boule de neige. C’est ce second « robinet » – celui du crédit – qui est pourtant aujourd’hui le seul habilité à remplir « la baignoire ». Or, outre les intérêts colossaux déjà évoqués, la « monnaie scripturale » est, par essence, très volatile. Elle « s’évapore » et disparaît dès que le prêt a été remboursé. La seule façon de « remplir la baignoire » est donc de solliciter en permanence des crédits toujours plus importants. C’est l’effet « boule de neige » d’une dette qui se nourrit d’elle-même et grossit inévitablement.
Ce petit film s’est évidemment attiré bien des critiques. D’aucuns prétendent par exemple que la dette n’a rien à voir avec la création monétaire. Elle concernerait uniquement la balance entre les dépenses et les recettes. Je veux bien. Mais comparez ces deux chiffres. La dette publique de l’Etat français, cumulée depuis 1973, se monte à 1.400 milliards d’euros. Durant la même période, les pouvoirs publics ont payé 1.350 milliards d’intérêts bancaires  [2]. Alors ? Pour équilibrer les comptes de l’Etat, faut-il étrangler les services publics – ou changer radicalement de système bancaire ?

Papillon. Elio Di Rupo, premier ministre ! Je suis partagé entre l’admiration sportive – bravo l’artiste ! – et l’exaspération citoyenne – 541 jours de crise pour retrouver les mêmes têtes aux mêmes postes, il fallait oser ! Revoilà donc les Wallons et les Flamands, les libéraux et les socialistes, embarqués cahin-caha sur le même radeau de l’austérité en ces temps de grandes tempêtes. Je ne leur confierais pas mon chien.
En attendant, la suppression des primes à l’isolation, déjà actée dans l’accord gouvernemental, est sans doute la décision politique la plus stupide de ces trente dernières années (il y avait pourtant de la concurrence !). Car la plus économique des énergies est celle que l’on ne consomme pas, et la filière de l’isolation est un formidable gisement d’emplois qualifiés et « indélocalisables ». Si on ne comprend pas au moins ça, que comprend-on ?

Dynastie. Lulu (fils de) Gainsbourg vient de sortir son premier CD. Il a, ainsi, rejoint dans les bacs les fils Dutronc, Souchon, Voulzy, Chédid, Higelin, Hallyday, Fernandel et Delerm – avant de croiser sur scène les filles Birkin, Baye, Depardieu, Bohringer, Mastroianni, Doillon, de Caunes, Berry et Béart. Pour réussir dans le show-business, plus besoin de coucher. Il suffit d’accoucher.
Camille, elle, n’a que son prénom à porter. C’est pourtant ce qui est arrivé de mieux à la chanson française depuis longtemps. On avait gardé dans l’oreille son magnifique Ta douleur. Entre folk et chanson française, comptines et musique expérimentale, Ilo Veyou, son dernier CD, est un vrai petit bonheur, et « La France des photocopies », une petite merveille d’humour. Elle écrit juste et chante magnifiquement bien. Seul bémol : elle vient d’accoucher. D’un futur chanteur ? [3]

Claude Semal
Auteur-compositeur, comédien et écrivain
www.claudesemal.com

[1Pour voir la vidéo, le plus simple est de taper « Mr Quelques minutes » et « dette » dans un moteur de recherche.

[2Voir également le graphique illustrant cet article : www. agoravox.fr/actualites/medias/article/dette-publique-etloi- rothschild-104163.

[3On peut aussi voir Ceci n’est pas un chanteur belge, de et par Claude Semal, fin janvier aux Riches-Claires à Bruxelles ;-).

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