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Comment se passe le retour au Pays des mille collines ?

Les nouveaux visages du Rwanda

Ils sont venus de partout, surtout du Burundi et du Congo, certains ont quitté le confort des pays du Nord. Ils racontent leur retour au Rwanda, évoquent leur joie, le choc des premières retrouvailles, le chantier de la reconstruction et quelquefois l’amertume d’une démarche qui a perdu son sens.

C’est une ville proprette bâtie sur les hauteurs de l’Afrique centrale. Ses 1.400 mètres d’altitude lui épargnent les feux du climat tropical et les piqûres, parfois mortelles, des moustiques. Une ville ordonnée, sillonnée de routes goudronnées aux accotements fleuris, surveillée par une police vigilante. Kigali surprend, si éloignée de l’aspect souvent chaotique des villes africaines. Kigali revient surtout de loin. Comme l’ensemble du Rwanda.
« Pratiquement tout le monde ici a fui un jour le pays », lance Thaddée Karekezi, volubile leader associatif rwandais, parti lui-même étudier l’histoire au Burundi sans savoir qu’il y resterait plus de 20 ans. A son retour à Kigali, en juillet 94, il découvre une ville dévastée et vide. « Plus rien ne tenait debout. Les morts avaient été évacués, mais dans les bananeraies, on découvrait encore des cadavres, témoigne-t-il. On avait faim, l’aide alimentaire était réservée aux camps de réfugiés à la frontière. On manquait de tout, et notamment de cadres pour organiser la société. Mon installation fut assez simple. Le gouvernement m’a alloué une parcelle, où j’ai fait construire ma maison, et confié un poste au ministère des Affaires étrangères. A l’époque, il n’était pas question de salaire, on recevait juste de la nourriture. L’argent est arrivé deux ans plus tard. »
Le Rwanda a connu trois explosions de violence, dont un génocide. Les premières violences remontent à 1959 et 1962, quand des pogroms anti-tutsis mettent des centaines de milliers de familles sur les routes.
En avril 1994, l’impensable s’abat sur les collines. Un génocide fait un million de victimes – un peu moins selon les sources européennes, un peu plus selon les sources rwandaises – et pousse trois millions de personnes à l’exil, tandis que quelques centaines de milliers d’autres rejoignent la zone de protection, dite « turquoise », créée par l’armée française. En trois mois, un pays, selon l’expression de Thaddée Karekezi, « s’est littéralement déversé dans le voisinage, dispersé entre Tanzanie et Congo ».
En juillet 94, le Front patriotique rwandais s’empare de la capitale Kigali et installe un gouvernement à base élargie qui s’attache à relancer le pays et à dépasser les clivages ethniques.

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