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Dennis Meadows, co-auteur du rapport du Club de Rome

« Il faut construire rapidement de la résilience »

Coordinateur du rapport publié en 1972, Dennis Meadows ne cesse de répéter le même message depuis 40 ans : la fin brutale de la croissance « physique » est attendue pour le 21e siècle. Pour lui, il faut maintenant construire de la résilience pour affronter les chocs à venir.

Professeur de dynamique des systèmes, Dennis Meadows comprend mieux que quiconque les subtilités et les comportements imprévisibles des systèmes complexes. Pragmatique et sans langue de bois, il pense qu’il est déjà trop tard pour le « développement soutenable  », comme on dit en anglais.

Etrangement, le public francophone vous connaît mal. Qui êtes-vous, Dennis Meadows ?
C’est vrai, ma première conférence publique en France a été donnée en 2011 !
Aujourd’hui, je suis retraité, mais toute ma vie j’ai enseigné les modèles informatiques, les modèles de politiques environnementales et les modèles liés aux ressources environnementales. J’ai aussi travaillé à influencer les politiques publiques sur l’énergie et l’épuisement des ressources. En fait, je suis spécialiste de la dynamique des systèmes, qui est une branche particulière de la science des systèmes. Lorsque le Club de Rome m’a commandé le rapport, j’étais étudiant au Massachusetts Institute of Technology, mais je n’ai jamais appartenu au Club de Rome par la suite.

Que faut-il retenir de ce rapport ?
Le livre prouve – et il est quasiment le seul à le faire – que notre système est instable. La forme qui symbolise la fin de la croissance est celle d’une bulle, d’un effondrement. On doit vraiment travailler très dur et avec un grand sens de l’anticipation pour que cela ne se produise pas et pour créer des conditions d’équilibre à long terme.
Mais nous avons déjà dit cela il y a 40 ans…

Vous voulez dire qu’il est trop tard pour agir ?
Pour obtenir de bons résultats, oui.

Après 40 ans, avez-vous envie de réécrire le rapport ?
Non, cela ne sert à rien. Un livre de plus ne fera pas bouger les choses. Si on publie ce livre aujourd’hui, même s’il est bien écrit et convaincant, il n’aura pas de succès. Il aura cent fois moins d’impact qu’il y a 40 ans. Beaucoup de gens parlent de la fin de la croissance aujourd’hui, prenez Tim Jackson par exemple…

La fin ultime de la croissance « physique » est donc selon vous imminente et inévitable [1]. Pourtant, les économistes prévoient quand même une faible croissance pour les années à venir…
La crise de la dette repose sur l’idée qu’il y aura une croissance éternelle. Aussitôt que vous envisagez une fin de la croissance, ces dettes deviennent impossibles. Or, c’est la situation actuelle. On entre dans une période de croissance nulle et toutes ces dettes ne seront jamais remboursées, en Grèce, en France, aux Etats-Unis, etc. C’est un fantasme collectif. Les conséquences de cette situation pour les gens sont si terribles qu’on les ignore purement et simplement. Et même ceux qui savent continuent à agir comme si tout allait redevenir comme avant.

(...)

[1La croissance physique : la population, l’énergie, la nourriture disponible, etc.

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