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Turquie (reportage)

Les yeux de la terre

Karapinar signifie « source noire » en turc. Un nom prédestiné pour cette ville de 50.000 habitants, située dans la plaine agricole de Konya, au centre de la Turquie. Son histoire a en effet toutes les allures d’un conte moderne et sombre. Hier, elle a failli disparaître, engloutie par le désert. Aujourd’hui, les mauvaises pratiques agricoles qui surexploitent les nappes phréatiques provoquent d’immenses effondrements des sols. Ecologiquement, cette agriculture non durable risque de coûter à cette région les yeux de la tête.

« Quand j’étais enfant, je ne pouvais plus retrouver le chemin de l’école, tant tout était recouvert de sable. Le système de transports était à l’arrêt, on ne pouvait plus amener les malades à l’hôpital. Le sable attaquait la peinture des voitures, les murs de nos maisons », se souvient Musa Ceyhan, journaliste pour la gazette locale de Karapinar. Il y a 50 ans, cette ville de 50.000 habitants, située en Anatolie centrale, a failli être rayée de la carte, avalée par le désert. Dans cette vaste plaine ceinturée de montagnes enneigées et d’anciens volcans, la terre, déjà fragile, partait en lambeaux sous la pression des troupeaux trop nombreux. Ici, le vent souffle parfois très fort et les milliers de moutons et de chèvres se nourrissaient des végétaux qui empêchaient encore la terre de s’envoler. Avec l’érosion, des dunes de sable ont commencé à se former au sud de la ville et à avancer inexorablement. « En 1962, la situation était catastrophique. Des gens du gouvernement sont venus pour voir ce qui coûterait le moins cher : déplacer la ville tout entière ou engager une lutte contre la désertification. C’est finalement la deuxième option qui a été choisie », poursuit Musa.

Bras de fer avec le désert

Avec l’appui de scientifiques étrangers, notamment de l’université néerlandaise de Wageningen, Karapinar entame alors son bras de fer avec le désert : à l’intérieur d’un périmètre de sécurité de 1.600 hectares au sud de la ville, des barrières sont dressées pour stopper la course du sable. Des milliers d’acacias, de pins et d’amandiers sont plantés pour stabiliser le sol et créer de la matière organique. Le combat engagé est énorme : les arbres ont été plantés et arrosés à la main, un par un, avec l’aide de la population locale restée sur place. A l’époque en effet, près de la moitié des habitants de Karapinar, soit 9.000 personnes, avaient plié bagage pour gagner les grandes villes du pays. Certains avaient même pris la route de l’Europe. Mais Karapinar, grâce à ses efforts opiniâtres, a fini par remporter la victoire et faire reculer le désert. Après cinq ans, les dunes de sable avaient cessé leur progression, et dans les années 70 la situation était définitivement sous contrôle. Au fil du temps, la plupart des exilés sont d’ailleurs revenus s’installer sur leurs terres.

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