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CHRONIQUE Géostratego_par Arnaud Zacharie

Quitte ou double pour le développement durable ?

L’agenda de Rio+20 est ambitieux et l’échec n’est pas permis. La planète ne peut en effet se permettre une nouvelle décennie d’inaction. Il reste dès lors aux gouvernements à se montrer à la hauteur de ces enjeux.

Il y a deux décennies, la fin de la guerre froide avait laissé espérer que l’axe Est-Ouest, qui avait déterminé les relations internationales de l’après-Seconde Guerre mondiale, serait remplacé par l’axe Nord-Sud, avec l’espoir qu’il débouche sur la consécration de l’agenda du développement durable. Vingt ans plus tard, on ne peut que constater qu’il n’en a rien été. Certes, le monde bipolaire a bel et bien disparu, mais au profit de la consécration de la globalisation néolibérale qui a donné la priorité au pilier économique par rapport aux piliers social et environnemental. Résultat : deux des trois piliers du développement durable ont été instrumentalisés par le troisième, débouchant sur une crise financière et économique internationale et sur de sérieux dégâts sociaux et environnementaux.

L’échec n’est pas permis

Le sommet de Rio+20 a pour objectif d’apporter des réponses structurelles à cet état de fait. Pourtant, il a fallu toute la détermination de quelques gouvernements, dont le Brésil appelé comme 20 ans plus tôt à héberger ce sommet, pour lui donner l’ampleur qui lui a finalement été reconnue. La préparation de l’agenda du sommet lui a ensuite conféré une ambition maximale. En effet, les thématiques et les enjeux se sont additionnés avec le temps pour représenter un vaste programme : promouvoir une économie verte, établir un mécanisme de gouvernance mondiale du développement durable, créer un Conseil mondial du développement durable et adopter des objectifs de développement durable qui remplaceraient les objectifs du Millénaire pour le développement, lesquels expirent en 2015… Il semble y en avoir pour tous les goûts !
D’un côté, on ne peut que se réjouir de l’ampleur de ce programme. Les enjeux économiques, sociaux et environnementaux autour du développement durable sont de fait gigantesques. Adopter une transition socio-écologique d’envergure implique qu’un tel sommet mondial permette de définir une feuille de route commune délimitant les contours d’un nouveau mode de production et de consommation généralisable à l’ensemble de la planète. Mais d’un autre côté, le fait d’avoir défini un programme aussi ambitieux fait courir le risque qu’un échec du sommet ne vienne marginaliser encore davantage le développement durable dans les priorités politiques internationales.
Ainsi, le sommet de Rio+20 prend la forme d’un quitte ou double : le programme est suffisamment ambitieux, mais il l’est tellement qu’il laisse augurer des négociations plus difficiles que jamais pour aboutir à une déclaration finale commune. Or l’échec n’est pas permis et les enjeux contradictoires entre les différents piliers du développement durable sont nombreux. Les relations entre les différents gouvernements sont certes meilleures qu’il y a dix ans, lorsque les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre antiterroriste lancée par les Etats-Unis avaient divisé la communauté internationale, mais elles sont loin d’être aussi positives qu’en 1992, lorsqu’elles étaient stimulées par l’euphorie de l’après-guerre froide.

Se révéler à la hauteur de ces enjeux

Des divergences apparaissent ainsi sur les principaux enjeux du sommet. En ce qui concerne l’économie verte, concept mis en avant par les pays occidentaux, les pays émergents du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), réunis le 29 mars à New Delhi, ont mis en garde contre le fait que ce concept d’économie verte soit un prétexte pour les pays occidentaux, prétexte destiné à mettre en place de nouvelles formes de protectionnisme commercial et de conditionnalités. Les conflits commerciaux à ce sujet n’ont d’ailleurs pas attendu le sommet de Rio+20 pour commencer : après que l’Union européenne eut décidé d’appliquer une taxe sur les émissions de CO2 des compagnies aériennes opérant en Europe, de violentes réprobations ont émané des pays émergents, dont certains ont menacé d’annuler des commandes d’Airbus, mais aussi de pays comme les Etats- Unis et le Japon.
Concernant la gouvernance du développement durable et la création d’un Conseil mondial, les Etats-Unis n’ont jamais été très favorables à la création d’une organisation internationale supplémentaire, alors que les marges de manœuvre de l’administration Obama sont faibles dans le contexte électoral américain. Enfin, les objectifs du développement durable n’auront d’intérêt que s’ils reposent sur des engagements concrets, des politiques suffisamment ambitieuses et des procédures de suivi contraignantes, ce qu’une majorité de gouvernements semblent vouloir éviter.
En définitive, si l’agenda de Rio+20 est ambitieux, un échec du sommet représenterait une douche froide pour les défenseurs du développement durable. La planète ne peut pourtant se permettre une nouvelle décennie d’inaction. Il reste dès lors aux gouvernements à se révéler à la hauteur de ces enjeux.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11

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