Olivier De Schutter est rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à
l’alimentation. Dans le passionnant entretien qu’il nous a accordé, il nous
explique quels sont, à ses yeux, les grands enjeux de Rio+20.
Un Sommet de la Terre est un moment particulier
: une partie de l’attention de la communauté
internationale est censée être focalisée sur les
questions d’environnement et de développement.
Or, depuis la conférence de Rio en 92, les
choses ont continué à se dégrader. N’a-t-on pas
mis le doigt sur les vraies causes des problèmes ? Ou bien nous
y sommes-nous mal pris, puisque nous n’avons pas obtenu des
résultats probants ?
Je pense qu’il y a aujourd’hui un consensus sur le diagnostic qui,
en 1992, n’était sans doute pas aussi largement partagé et compris.
Nous restons captifs du court terme et la volonté politique n’a pas
suivi. Le test de Rio+20 ne sera pas d’aboutir une fois de plus à ces
constats faits de manière consensuelle, mais de vraiment mettre
sur pied des dispositifs qui fassent en sorte que les gouvernements
n’aient plus d’autre choix que de changer de cap. L’enjeu essentiel
est ici la gouvernance et la responsabilisation politique. Même si on
sait que ce ne sera pas facile.
Quelles dispositions prendre pour aboutir cette fois à des résultats
vraiment concrets ?
Je crois que la clé résidera dans la participation de la société civile, à
la fois lors de la conférence elle-même et, au plan national, dans le
suivi qui en sera réalisé par les gouvernements concernés. Je pense
que cette participation peut obliger les gouvernements à respecter
les promesses qu’ils feront. C’est donc pour moi une source d’espoir
de voir la très forte mobilisation des ONG autour de Rio+20,
et donc l’impossibilité des gouvernements à se dérober à leur vigilance.
Sans ce monitoring que les ONG peuvent faire de manière
indépendante des exécutifs, je pense que rien ne va bouger.
(...)
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