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Les semences entrent en résistance


Stop ! On ne sème plus ce qu’on veut. Pour être utilisée, la semence doit être dûment estampillée productive et homogène, soit tout le contraire des milliers de variétés de plantes comestibles qui ont nourri l’humanité jusqu’ici et qui la nourriront demain par leur aptitude à s’adapter notamment aux aléas climatiques. Dans les champs, des agriculteurs-citoyens, souvent vos fournisseurs de produits bio, se mettent en réseaux et élaborent des stratégies pour continuer à utiliser les semences de leur choix.

Autrefois, la vie aux champs était simple. Les paysans sélectionnaient leurs plus beaux plants pour en réserver les graines qu’ils ressemaient l’année suivante. Un travail de sélection et de stockage délicat, car la moindre erreur se payait par une baisse de production l’année d’après. Aussi la production de semences a-t-elle progressivement été prise en charge par des professionnels qui garantissaient la qualité de leurs produits. La suprématie de ces semenciers a encore été accentuée par les bouleversements d’après-guerre, qui ont vu l’agriculture se mécaniser, recourir aux engrais et pesticides et s’orienter vers de nouvelles variétés, sélectionnées pour leurs hauts rendements ou carrément créées, comme les fameuses hybrides F1 [1].
A coté de l’agriculture industrielle dépendante des semenciers, existe aujourd’hui encore une agriculture paysanne qui continue à produire ses propres semences. C’est une minorité de paysans ou maraîchers qui utilisent des variétés sélectionnées depuis des dizaines, parfois des centaines d’années, au point qu’elles se sont « spécialisées », adaptées à leur terroir. La capacité évolutive de ces variétés devrait également leur permettre d’affronter à l’avenir les changements climatiques. Par ailleurs, des associations de conservation, comme Semailles en Belgique ou Kokopelli en France, s’attachent à encourager la culture de milliers de variétés de plantes, surtout potagères, rares ou anciennes, menacées de disparition par l’uniformisation de l’agriculture.
Jusqu’ici l’industrie semencière et l’agriculture paysanne, bio ou amateur parvenaient à cohabiter, sous l’arbitrage de la loi qui définit strictement la production, l’usage et la commercialisation de semences. Or la Cour de justice européenne vient de jeter les uns contre les autres : semences anciennes contre semences industrielles, en donnant une nette préférence aux secondes. « Des milliers de plantes sont appelées à disparaître, s’étrangle Marc Fichers, secrétaire général de Nature et Progrès, association dédiée à l’agriculture biologique. Car, en pratique, la Cour de justice européenne contraint les agriculteurs à concentrer leur production sur un nombre très réduit de plantes proposées par les semenciers. »

(...)

[1Les plantes hybrides sont obtenues par le croisement de deux variétés différentes dont les semences donneront des plantes très productives, mais impossibles à ressemer car leur descendance aura perdu les qualités des parents. Ces hybrides couvrent aujourd’hui les grandes cultures de maïs et de tournesol, ainsi que la majorité des plantes potagères, comme la tomate et notre chicon national.

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