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Le train de l’économie mondiale en quête de locomotive

L’économie mondiale est menacée par plusieurs bombes à retardement. Elle ne pourra pas sortir de la crise sans une véritable ambition politique internationale en faveur : 1) d’une réglementation de la banque et de la finance ; 2) de la transition écologique ; 3) de la justice fiscale et sociale.

Après la crise financière de 2008 et la récession mondiale de 2009, le monde politique semblait unanime pour prendre les mesures nécessaires en vue d’éviter qu’une telle crise ne se reproduise à l’avenir. Depuis lors, bien peu de mesures suffisamment ambitieuses ont été prises. Au contraire, les gouvernements ont généralement pris des décisions au mieux insuffisantes, au pis contreproductives. Résultat : en ce début d’année 2013, plusieurs bombes à retardement menacent la stabilité d’une économie mondiale pourtant déjà moribonde.

Etats-Unis endettés, Chine à bout de souffle et nivellement par le bas en Europe

Un premier maillon faible concerne les dettes qui s’accumulent aux Etats-Unis, première puissance économique mondiale. Certes, l’administration Obama a cherché à relancer l’économie par des mesures qui ont permis d’éviter une nouvelle récession, mais comme l’a notamment dénoncé Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008, ces mesures ont été trop timides pour sortir l’économie américaine de ses problèmes structurels [1]. Il en résulte que la dette publique des Etats-Unis atteint 100 % du PIB, débouchant sur le feuilleton à suspense de la « falaise budgétaire  » (fiscal cliff) qui oppose le gouvernement démocrate d’Obama à la majorité républicaine du Congrès. Mais derrière ce feuilleton se cache une menace encore plus inquiétante : le montant astronomique de toutes les dettes accumulées aux Etats- Unis, qui représentent 365 % du PIB.
Une deuxième menace pour l’économie mondiale concerne la santé de l’économie chinoise. La Chine est certes la principale puissance économique émergente, que d’aucuns présentent comme la nouvelle locomotive potentielle de l’économie mondiale. Mais c’est aller un peu vite en besogne.
Certes, le centre de gravité de l’économie mondiale a tendance à se déplacer des Etats-Unis vers la Chine, mais le système économique chinois n’en est pas moins à bout de souffle [2]. En effet, la très forte croissance enregistrée depuis deux décennies par la Chine a reposé sur les exportations vers les pays occidentaux. Or, ces derniers étant en crise, les débouchés pour les produits chinois se raréfient, incitant le régime de Pékin à réorienter son modèle de développement vers son marché intérieur. Mais une telle réorientation n’est pas simple à opérer à court terme, alors que la stabilité de l’économie chinoise est menacée par l’explosion d’une bulle immobilière qui a commencé à se former en 2010.
Un troisième écueil concerne l’économie européenne, qui est retombée en récession en 2012 suite aux politiques d’austérité généralisée qui ont été mises en place depuis 2010. Les coupes budgétaires dans les économies en récession les plongent dans la dépression et le chômage de masse, ce qui provoque une baisse des recettes fiscales et exacerbe les déficits publics. L’Union européenne, de plus en plus divisée et rongée par les forces nationalistes, peine à boucler un budget 2014-2020 digne de ce nom. Pourtant embarqués dans le même bateau, les Etats membres de l’Union européenne semblent incapables de coopérer pour sortir de la crise par le haut. Il en résulte une Europe du nivellement par le bas : la course à la compétitivité se résume à une course au coût du travail le plus bas, synonyme de déflation salariale et d’appauvrissement généralisé.

Les défis globaux n’ont toujours pas été relevés

Evidemment, les pays en développement, qui dépendent fortement des exportations vers les pays riches, subissent de plein fouet l’impact de la crise dans les principales puissances économiques mondiales. L’horizon économique mondial semble ainsi dangereusement bouché. Le train de l’économie mondiale, après avoir déraillé, semble incapable de trouver une locomotive capable de le remettre sur les rails. C’est d’autant plus inquiétant que les défis globaux de la stabilisation du système financier international et du climat n’ont toujours pas été relevés : les gouvernements restent focalisés sur leurs problèmes internes, sans s’apercevoir que les origines de ces problèmes sont en partie mondiales. Par conséquent, la stabilité mondiale est également hantée par le spectre d’une nouvelle crise financière et des catastrophes climatiques.
En définitive, l’économie mondiale, menacée par plusieurs bombes à retardement, ne pourra pas sortir de la crise sans une véritable ambition politique internationale en faveur de la réglementation bancaire et financière, de la transition écologique et de la justice fiscale et sociale. Si un tel scénario relève actuellement de la science-fiction, rappelons-nous avec Edgar Morin que « c’est dans la crise que peuvent surgir et s’activer les puissances génératrices et régénératrices qui sont incluses, inhibées, endormies en chaque être humain, en chaque société et en toute l’humanité  »  [3].

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11

[1P. Krugman, Sortez-nous de cette crise… maintenant !, Flammarion, 2012.

[2« Chine : une croissance à bout de souffle », L’Economie politique, n° 56, 2012.

[3E. Morin, « Au-delà du pacifisme », Le Monde, 18 mars 2003.

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