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Yosra Frawez, avocate et féministe tunisienne

« La Révolution de jasmin est toujours en cours »

Il y a deux ans, les Tunisiens renversaient le pouvoir despotique de Ben Ali, marquant le coup d’envoi des révolutions arabes. Aujourd’hui, la Révolution de jasmin se poursuit, animée par une société civile aguerrie, soucieuse de voir le pouvoir rompre avec les méthodes et les discours du passé. La position des islamistes, vainqueurs des dernières élections, vis-à-vis de la place de la femme dans la société tunisienne, pose notamment beaucoup de questions. « La société tunisienne est entrée dans la modernité il y a déjà 50 ans, et les islamistes veulent revenir sur ces avancées », nous explique Yosra Frawez.

La Tunisie a lancé le mouvement des révolutions arabes, voici bientôt deux ans. Quelles avancées ont été accomplies depuis ?
Il y a deux ans nous avons chassé un despote, c’est un signal pour nos futurs gouvernants. Aujourd’hui, les femmes ont obtenu la parité sur les listes électorales, nous avons désigné une Assemblée constituante qui doit revoir la loi fondamentale. Car la Constitution laissée par Ben Ali n’offre pas toutes les garanties démocratiques. Par exemple, le Conseil supérieur de la magistrature, qui chapeaute le pouvoir judiciaire, était présidé par Ben Ali lui-même, et il l’est aujourd’hui par le ministre de la Justice, ce qui ne permet pas l’indépendance du pouvoir judiciaire.

La révolution tunisienne protestait entre autres contre le taux élevé du chômage. La situation a-t-elle évolué sur ce plan ?
La reprise économique est paralysée par l’attentisme des investisseurs, qui jugent le pays instable. Sur onze millions de Tunisiens, un million sont sans travail. Le chômage des diplômés, en particulier, reste préoccupant, 80.000 personnes sortent chaque année des facultés alors que le marché du travail est incapable de leur offrir un emploi. Et je ne vois pas de porte de sortie. Notre gouvernement discute avec l’Union européenne de la libéralisation des marchés sans aborder la question des droits économiques et sociaux. Cette approche me donne l’impression que l’on s’enlise dans les modèles économiques qui ont poussé les Tunisiens à se révolter.

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