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La richesse des familles


Et la vôtre, elle ressemble à quoi ? Les familles contemporaines bougent, se séparent, s’additionnent, se reforment. Mobile, la famille n’est peut-être plus synonyme d’« ensemble pour la vie », et se redéfinit souvent autour des enfants, qui sont dans certains cas les derniers liens indéfectibles. Elle doit être le lieu de l’épanouissement, et est trop souvent celui de l’appauvrissement. Voyage dans les nouvelles constellations familiales occidentales d’aujourd’hui…

Qu’est-ce que c’est qu’une famille aujourd’hui ? A cette question, simple en apparence, s’offrent une multitude de réponses… Un couple ? Un père, une mère et leurs enfants, autrement dit le fameux « modèle PME » ? Tous nos parents, cousins, oncles, tantes, grands-parents et autres ? Un enfant et ses parents, beaux-parents, frères et sœurs, demi-frères et demi-sœurs, quasi-frères et quasi-sœurs ? Deux mères ou deux pères et leurs enfants ?

« Réseau de circulation des enfants »

« Si l’on disait plutôt LES familles ? », propose Claire Gavray, sociologue, première assistante à la faculté de psychologie de l’ULg. Jacques Marquet, professeur de sociologie de l’UCL, avance tout de même une définition : « On parle à présent de “réseau de circulation des enfants”. C’est bien sûr très différent de “un homme, une femme, des enfants”, on cherche clairement à définir la famille autrement, comme par-dessous. Ce n’est pas simple, car ce que recouvre exactement cette notion de circulation n’est pas évident, mais c’est intéressant parce que cela permet de faire apparaître la mobilité des individus, de prendre en compte les ruptures et les fragilités. »
Il semble en effet que ce soit là l’une des principales caractéristiques de la famille d’aujourd’hui : sa mobilité, sa multiplicité. Le temps du « un travail, une maison, une famille pour la vie » paraît bien être derrière nous. « La mobilité des parcours, dans tous les domaines, est de plus en plus courante, constate Delphine Chabbert, directrice des études à la Ligue des familles. Dans le cadre de la famille, on passe de la classique à la monoparentale, puis à la recomposée, etc. »
Le lien avec l’individualisation de notre société est clair, notre famille devenant le fruit d’un choix, d’une plus grande liberté. « Nous ainsi avons pu constater lors d’une de nos dernières études que le premier argument mis en avant pour avoir un enfant était le même que celui avancé par les couples qui n’en veulent pas : celui de l’épanouissement personnel, du fait de se faire plaisir », raconte Delphine Chabbert.
Mais pas seulement. Pour Claire Gavray, il ne faut pas perdre de vue l’influence grandissante de l’économie sur nos vies, du néolibéralisme. « On a tendance à culpabiliser les familles, en disant que cette instabilité vient d’elles, mais ce n’est pas vrai. L’amour lui-même est une nouvelle norme sociale qui place les individus en compétition les uns avec les autres. La flexibilité est valorisée dans notre société et dans le monde du travail, or l’insécurité sur le marché de l’emploi peut conduire à la précarisation de la famille. »

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Papa, Maman, et moi
L’histoire d’une convention

Un homme, une femme, des enfants : voilà ce qui compose une famille. Cela semble évident pour beaucoup d’entre nous, et même obligatoire pour certains : les manifestations « anti-mariage pour tous » en ont violemment témoigné. Il n’y a pourtant là-dedans aucune évidence, aucun « naturel ». Notre vision de la famille, composée d’un couple conjugal, hétérosexuelle, à la filiation reconnue par les hommes qui donnent leur nom, et enfin monogame, est un modèle construit. Un modèle parmi d’autres possibles.
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Droit de la famille
Entretien avec Jehanne Sosson, professeur à l’UCL
« A force de promouvoir la liberté, sommes-nous encore capables de solidarité ? »

Mariage, filiation, transmission… L’histoire de la famille et de ses mutations croise régulièrement celle du droit. Au fil de ses tendances, on peut y lire les évolutions de notre société, parfois suivies, parfois légèrement précédées par les législateurs. Jehanne Sosson, professeur à la faculté de droit de l’UCL, chargée de cours à l’Université Saint-Louis et avocate au barreau de Bruxelles, passe en revue ces transformations avec nous.
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Politiques familiales
Investir dans l’avenir : les enfants !

Parce qu’elle est un lieu primordial pour nous tous, nous ne pouvons pas laisser la famille devenir un facteur d’appauvrissement. Petit aperçu de mesures à prendre.

« Le divorce ou la séparation appauvrissent, et les familles monoparentales sont les grandes perdantes. » Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’ULg, fait un constat amer : la fragilité des familles accentue la vulnérabilité économique. Et renforce encore la pauvreté des plus pauvres.
« Depuis les années 60, la démocratisation au sein du couple a permis à l’un ou à l’autre de partir, de rompre. Cette évolution a été adoptée par les milieux défavorisés également, mais ils ont beaucoup moins les moyens de vivre cette autonomie et, après une séparation, tombent parfois sous le seuil de pauvreté. » Un risque multiplié par trois pour les familles monoparentales [1], le plus souvent composées d’une femme et de ses enfants. Comment éviter cette précarisation ?
Comment faire en sorte que la famille elle-même ne soit déjà un facteur d’appauvrissement  ? « Nous vivons dans une société où l’on met en concurrence les personnes sans contraintes familiales et celles qui en ont, remarque la sociologue Claire Gavray. Si nous considérons cela comme un choix strictement personnel, sans entraide, alors nous allons nous transformer en une société de “gagnants”, dans laquelle seuls les célibataires hyper-qualifiés auront leur place, et les familles seront marginalisées. Or les enfants sont en quelque sorte un bien commun, important pour la société tout entière. »
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A lire aussi des témoignages sur :

  • la famille classique
  • la famille adoptive
  • la famille mixte
  • la famille homoparentale
  • la famille monoparentale
  • la famille en habitat groupé
  • le couple sans enfant

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[1Si l’on considère toutes les familles.

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