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Grande distribution

Les monstres du shopping nous envahissent

« Au fil de l’eau », « Les Grands Prés », « La Strada », « Just under the sky »... Que de poésie déployée par les promoteurs immobiliers ! Tous ces jolis noms sont en effet ceux de quelques-uns des centres commerciaux monstres qui semblent déferler sur la Wallonie et Bruxelles depuis peu. Des noms qui tentent de nous faire rêver, mais qui pour certains cachent plutôt un cauchemar.

« Un avatar de la financiarisation de l’économie. » Benjamin Wayens, maître de conférences à l’IGEAT/ULB, analyse les récents projets de centres commerciaux qui fleurissent chez nous (voir tableau). « En réalité, dès le premier centre bruxellois construit en 68, l’objectif était déjà de réaliser un placement immobilier. » Les banques et les assurances avaient alors besoin d’immobiliser des sommes importantes, pour de longues périodes, avec un rendement intéressant. Elles sont à présent rejointes par des fonds de pension, des spéculateurs, etc. Si les hypermarchés ont été construits par des commerçants, ce n’est donc plus le cas de ces centres commerciaux, qui s’adressent tout autant (sinon plus) aux investisseurs – notamment à Bruxelles, où le marché du bureau est aujourd’hui saturé. « Les promoteurs attirent des enseignes, puis revendent souvent directement à d’autres spéculateurs privés, explique Jean-Baptiste Godinot, porte-parole du rassemblement R [1]. Et le retour sur investissement reste intéressant. » Mais du coup, la durabilité à long terme du centre commercial n’est pas nécessairement au cœur de leurs préoccupations. « Il y aussi à présent une fenêtre d’opportunité législative, ajoute Benjamin Wayens, que les promoteurs ont bien saisie. »
Des permis octroyés par les communes (qui se font alors concurrence entre elles) et non plus par le fédéral, la directive européenne dite « Bolkenstein » qui interdit tout critère économique [2] dans la délivrance de ceux-ci et des Régions qui n’ont pas encore mis en place des outils d’arbitrage via la politique d’aménagement du territoire forment un ensemble qui a accéléré le développement des projets de mégacentres.
D’autant plus que ces plans financiers croisent bien souvent pour l’instant des politiques en leur faveur… « On a contracté – plutôt tardivement en Belgique – la maladie du modèle de la ville métropole, constate Claire Scohier, chargée de mission à Inter-Environnement Bruxelles. Ces villes sont en compétition au niveau mondial, à coup de grandes structures : un grand musée, un stade de foot de niveau international, une gare… et un centre commercial. Les fantasmes des politiques rencontrent les envies des promoteurs. » « La ficelle de la modernité fonctionne encore, ajoute Jean-Baptiste Godinot, et un mégacentre fait partie du package. C’est pourtant bien un symbole du passé, construit avec le tout-au-pétrole ! »

(...)

[1Parti politique issu du Mouvement politique des objecteurs de croissance.

[2L’argument de la concurrence économique entre un nouveau centre commercial et des commerces de centre-ville par exemple ne peut donc plus être évoqué pour refuser un permis.

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