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Vers de nouveaux business models environnementaux ?

« Les pays émergents seront-ils en mesure de relever un tel défi ? »

A l’horizon 2030, l’émergence de puissances régionales du Sud n’aura pas seulement transformé l’ordre mondial et la hiérarchie du système international. Elle aura également rendu vitale une transition socio-écologique vers des modèles de développement pauvres en carbone, moins gourmands en ressources naturelles et plus équitablement répartis.
Le début du 20e siècle semble marqué par un « basculement » du monde. Selon l’OCDE, les pays industrialisés, qui pesaient encore 60% du produit mondial brut en 2000, ne faisaient plus que 51% en 2010 et ne représenteront plus que 43% en 2030 [1].
Selon le Conseil national du renseignement des Etats-Unis, bien que ceux-ci constituent l’acteur le plus puissant de la planète, leur puissance relative aura décliné et leur capacité à diriger les affaires de la planète sera fortement restreinte, suite à l’avènement d’un monde multipolaire, marqué par le transfert des richesses de l’Ouest vers l’Est et par l’émergence de la Chine et de l’Inde en tant que nouvelles puissances [2]. Comme le résume la Direction générale de la recherche de la Commission européenne : « Il est probable que le monde devienne véritablement multipolaire. (…) La nouvelle situation géopolitique qui se dessine avec la montée en puissance des pays émergents aura vraisemblablement pour contrepartie une nouvelle organisation des relations internationales. » [3].
Parmi les défis posés par ce basculement du monde, celui de la soutenabilité environnementale du développement d’une part croissante de la population mondiale n’est pas le moindre. Alors que l’évolution démographique et économique aura réduit le poids des pays occidentaux dans le monde, le rôle des pays émergents sera d’autant plus décisif. Comme le résume Arrighi : « L’ordre ou le désordre mondial qui finira par apparaître dépend largement de la capacité des Etats du Sud les plus peuplés, et au premier chef de la Chine et de l’Inde, à s’engager, pour eux-mêmes et pour le monde, sur la voie d’un développement plus équitable socialement et plus durable écologiquement que celui qui a fait la fortune de l’Occident. » [4].
Les pays émergents seront-ils en mesure de relever un tel défi ? C’est en tout cas la thèse défendue par Boillot et Dembinski au sujet de ce qu’ils appellent la « Chindiafrique » [5] : ils postulent qu’à l’horizon 2030, l’économie mondiale aura connu des transformations structurelles portées par la Chine et l’Inde, qui auront fait basculer l’Afrique dans leur orbite pour faire de la « Chindiafrique » un pôle économique concentrant la moitié des forces productives mondiales autour de « nouveaux business models environnementaux » fondés sur des « innovations frugales » et un « low cost de masse » permettant de « trouver de nouveaux équilibres entre des milliards de personnes et des contraintes majeures de ressources naturelles finies » [6].
Ils appuient leur thèse sur de nombreux exemples d’innovations frugales déjà développées par des producteurs chinois et indiens, citant notamment les véhicules électriques qui concernent déjà l’essentiel du parc chinois des deux-roues, la production par la firme chinoise BYD de batteries électriques low cost pour les automobiles, ou encore le frigo révolutionnaire produit par le conglomérat indien Godrej pour 70 dollars, fonctionnant sur batterie et pouvant être alimenté au solaire : « Toutes ces innovations frugales aboutissent ainsi à de véritables inventions de produits mais elles vont, en réalité, bien au-delà, en permettant de repenser complètement, en amont, les modèles de production, de commercialisation et de recyclage. Il s’agit moins de nouveaux produits, que de nouvelles solutions, visant à un développement soutenable, sur le plan environnemental, et inclusif sur le plan social, d’où leur surnom de SI2 (sustainable and inclusive innovation). » [7].
Ainsi, si le défi de la transition socio-écologique est gigantesque et que les obstacles pour la concrétiser sont nombreux, le pire n’est pas pour autant certain et l’esquisse d’un nouveau régime d’accumulation des richesses a peut-être déjà commencé.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11
(@ArnaudZacharie)

[1OECD, Perspectives on Global Development. Shifting Wealth, OECD, 2010.

[2National Intelligence Council, Global Trends 2025 : A Transformed World, NIC, November 2008.

[3Commission européenne, Le monde en 2025 : la montée en puissance de l’Asie et la transition socio-écologique, DG Recherche de la Commission européenne, 2009, p. 21.

[4G. Arrighi, Adam Smith à Pékin. Les promesses de la voie chinoise, Max Milo, 2009, p. 37.

[5J.-J. Boillot et S. Dembinski, Chindiafrique. La Chine, l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain, Odile Jacob, 2013.

[6Ibid., p. 13.

[7Ibid., p. 205-206.

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