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La Fondation Gates ou la charité
(mal) ordonnée

Le patron de Microsoft ne vend plus seulement des logiciels, il est également devenu philanthrope. A la tête d’une fondation privée (27 milliards d’euros, 1.116 employés), il investit essentiellement dans le secteur de la santé avec un énorme pouvoir d’influence sur les politiques publiques menées à travers le monde. Zoom avant sur ce « business de la charité »

C’est un véritable empire humanitaire et financier. Basée à Seattle, dans le nord-ouest des Etats-Unis, forte de ses 1.116 employés et dotée d’un budget de 37 milliards de dollars (27 milliards d’euros), la Fondation Gates dispose d’une force de frappe hors du commun qui lui a permis, en 2011, de distribuer à des centaines d’associations et d’institutions 3,4 milliards de dollars, soit un cinquantième de la totalité des fonds déboursés par l’ensemble des pays développés pour l’aide publique au développement. Certes, Bill Gates n’est pas le seul homme d’affaires fortuné à se convertir à la philanthropie. Ensemble, les fondations états-uniennes totalisent aujourd’hui la bagatelle de 500 milliards de dollars. Mais si la Fondation Gates fait autant parler d’elle, c’est qu’elle est emblématique de son époque. Son créateur, d’abord, est richissime comme jamais un être humain ne l’a été. Et sa fortune personnelle, estimée à 69,9 milliards de dollars, témoigne de la montée fulgurante des inégalités dans le monde. En outre cet empire, fondé sur l’idée de brevet et de monopole, est bien loin de la notion de solidarité et des règles élémentaires de l’innovation et du marché. Aussi, la conversion de Bill Gates en philanthrope « sauveur du monde » a de quoi irriter. D’autant que le patron de Microsoft finance ses actions avec ses propres deniers, mais également avec de l’argent public perçu par le biais d’exonérations d’impôts dont bénéficie sa fondation. Ainsi, après avoir passé sa vie à déforcer l’action publique par l’évitement fiscal, voilà que l’informaticien devenu milliardaire se substitue maintenant à elle pour financer des institutions publiques devenues dépendantes de ses dons privés.

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Un philanthrope qui veut aussi contrôler
le marché des semences

En Afrique, la Fondation Gates cherche à imposer de nouvelles variétés de semences à haut rendement. Une fausse bonne idée qui pourrait ouvrir la porte
aux cultures OGM.

Le second cheval de bataille de Bill Gates, c’est l’alimentation, un autre besoin fondamental pour l’humanité. La Fondation y consacre un tiers de ses fonds, principalement en finançant l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra), qu’elle a fondée en 2006 en partenariat avec la Fondation Rockefeller, et dans laquelle elle a déjà investi 264 millions de dollars. Implantée à Nairobi, au Kenya, l’Agra affiche des intentions louables. Elle appuie la lutte des petits paysans pour la reconnaissance de leurs droits coutumiers sur leurs terres et leur adaptation aux changements climatiques. Ses investissements visent essentiellement des régions pauvres d’Afrique et particulièrement les groupes de femmes qui représentent la grande majorité des agriculteurs.
L’Alliance ne cache pas ses ambitions : bouleverser l’agriculture africaine à l’image de la « révolution verte » qui avait transformé l’agriculture asiatique dans les années 50. Cette révolution, plus technologique que verte d’ailleurs, reposait sur l’introduction de variétés de blé et de riz à haut rendement. L’opération a effectivement rendu l’agriculture beaucoup plus productive, mais également totalement dépendante des engrais et des pesticides, devenus nécessaires afin de répondre aux exigences de ces nouvelles variétés.

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