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Chronique

La nouvelle donne de la coopération Sud-Sud

La montée en puissance de la coopération Sud-Sud contribue à transformer le panorama international de la coopération au développement. Elle offre aux pays pauvres de nouvelles opportunités en matière de financement du développement, mais aussi de nouvelles contraintes. Plus fondamentalement, elle signifie la fin du monopole occidental en matière de coopération au développement.

La coopération Sud- Sud n’a rien de nouveau, puisqu’elle fut promue dès 1955, lors de la conférence de Bandung qui avait donné naissance au « tiers-monde  » en période de guerre froide, et fut reconnue par la Déclaration sur le nouvel ordre économique international de 1974 sous le vocable d’« autonomie collective ». Toutefois, elle a pris une dimension inédite depuis le début des années 2000 et l’émergence de puissances régionales du Sud comme la Chine, l’Inde et le Brésil. La montée en puissance de la coopération Sud-Sud est ainsi une des conséquences du « basculement » du monde au profit de la Chine et des autres pays émergents du Sud.
En effet, au cours des dix dernières années, plus de la moitié de la croissance économique mondiale a été produite par les pays en développement, et plus particulièrement les pays à forte croissance comme la Chine et les pays d’Asie orientale. Ce phénomène a évidemment été exacerbé par la récession économique qu’ont connue les pays industrialisés suite à la crise mondiale de 2008-2009. Il en a découlé des échanges Sud-Sud sans cesse croissants, aussi bien en termes d’aide au développement qu’en termes de commerce et d’investissements privés.
En matière d’aide au développement, alors que l’aide Sud-Sud était quasi inexistante au milieu des années 1990, elle représente aujourd’hui plus de 10 % de l’aide mondiale. L’estimation de l’aide fournie dans le cadre de la coopération Sud-Sud n’est toutefois pas simple à faire, car les pays émergents ne fournissent que des informations partielles à l’OCDE et utilisent des modes de comptabilisation spécifiques. En outre, les montants d’aide ne suffisent pas à prendre la mesure de la montée en puissance de la coopération Sud-Sud, du fait qu’elle intègre d’autres flux financiers dont la proportion est beaucoup plus importante. En effet, une des caractéristiques de la coopération Sud-Sud est qu’elle ne conçoit pas l’aide comme un flux financier susceptible de provoquer en soi le développement, mais plutôt comme un catalyseur d’autres flux de financement susceptibles de stimuler le développement économique.
Ainsi, entre 1994 et 2011, la part des pays en développement dans le commerce mondial a doublé et le commerce Sud-Sud représente désormais plus de la moitié du commerce mondial. Alors que depuis 1990, le volume du commerce mondial a été multiplié par quatre, le commerce Sud-Sud a dans le même temps été multiplié par dix. Par conséquent, les exportations Sud-Sud sont passées de 18 % à 32 % des exportations totales des pays en développement. C’est l’augmentation du commerce de la Chine avec les pays en développement qui a été la plus impressionnante : entre 2000 et 2012, le commerce entre la Chine et l’Afrique a été multiplié par 20 et celui entre la Chine et l’Amérique latine par 22 !
Parallèlement, les investissements directs étrangers (IDE) ont pris une part sans cesse croissante dans les pays en développement. Les firmes transnationales investissent en effet de plus en plus dans les pays émergents : alors que les IDE destinés aux pays en développement ne représentaient que 20 % des IDE mondiaux en 2000, ils en représentent aujourd’hui plus de la moitié. Ce sont les quatre « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui en sont les principaux destinataires : ils concentrent à eux seuls plus de la moitié de la totalité des IDE destinés aux pays en développement. Mais ces pays ne se limitent pas à attirer des IDE, ils en sont également des sources de plus en plus importantes. En effet, les firmes du Sud investissent toujours davantage dans les autres pays en développement, à tel point que 35 % des IDE sortants sont désormais le fait d’entreprises du Sud, dont la moitié représentent des investissements de firmes dont la maison-mère est située dans un des quatre « BRIC ».
En définitive, en mettant fin au monopole dont bénéficiaient jusqu’il y a peu les pays occidentaux en matière de financement du développement, la coopération Sud-Sud transforme en profondeur le panorama international de la coopération au développement. Pour les pays en développement, la montée en puissance de la coopération Sud-Sud offre de nouvelles opportunités, non seulement en matière de diversification des sources de financement, mais aussi en termes de hausse des cours des matières premières suite aux importations croissantes des pays émergents. Toutefois, elle crée aussi de nouvelles contraintes, notamment en renforçant la spécialisation des pays pauvres dans l’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée. Finalement, la coopération Sud-Sud renforce, plutôt qu’elle ne rend obsolète, la nécessité d’améliorer l’efficacité et la cohérence des politiques de développement.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11
(@ArnaudZacharie)

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