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Amérique latine

Le Buen vivir, un laboratoire social importé

En Amérique du Sud, plusieurs pays intègrent le Buen vivir dans la vie publique, un concept indien qui fait primer la convivialité sur la propriété et accorde à la nature une personnalité à part entière. Un projet de société révolutionnaire qui pourrait aider l’Europe à sortir du consumérisme outrancier.

Au Pérou, sur les hauteurs du lac Titicaca, j’ai rencontré un Indien qui se baladait le nez en l’air. Il m’a expliqué qu’il était auparavant chauffeur de taxi à Lima, la capitale, avant de revenir cultiver un lopin sur la terre de ses ancêtres. Il disait : j’ai la montagne, le lac, mon potager, ma femme. Je suis tranquille.  »
Cette rencontre fortuite dans l’univers glacé des montagnes péruviennes illustre, pour Luis Barbarán, la voie du Buen vivir, un élan spirituel soutenu par les communautés indiennes d’Amérique latine. « On se lève tôt, poursuit ce médecin belgo-péruvien, animateur de l’association bruxelloise El Andino, on prend soin des animaux et de ses voisins, on exécute les travaux collectifs. C’est lourd à organiser, mais cela fonctionne.  »
Le Buen vivir (que l’on peut traduire en français par « le Bien-vivre ») est un idéal de vie indien, qui commence à s’affirmer dans plusieurs pays d’Amérique latine et suscite de l’intérêt aux quatre coins du monde parce qu’il s’appuie sur un développement humain en harmonie avec la nature.

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Paul Ariès
« Choisir la jouissance d’être, plutôt que d’avoir »

Objecteur de croissance, écologiste et agitateur d’idées, Paul Ariès assiste avec gourmandise à la montée en puissance du Buen vivir outre-atlantique. Loin d’y voir un concept exotique, il y trouve un principe universel qui, après avoir traversé l’Inde, l’Afrique et l’Amérique du Sud, pourrait dynamiser la vieille Europe.

Qu’est-ce que le Buen vivir apprend à ceux qui ne vivent pas dans une communauté indienne ?
Il dit qu’il existe des solutions qui ne demandent pas de sacrifices. Le sacrifice a jusqu’ici toujours été exigé en Occident, alors que sa gestion entraîne la création d’un appareil coercitif et idéologique. Les Eglises ont promis le paradis céleste, ce fut l’intégrisme. Le stalinisme promettait le paradis sur terre, ce fut le goulag. Le Buen vivir affirme qu’il n’est pas besoin d’en appeler aux générations sacrifiées. La planète est bien assez riche pour permettre à 8 milliards d’humains de vivre bien. L’ONU calcule qu’il suffit de mobiliser 40 milliards de dollars supplémentaires par an pendant 25 ans pour éradiquer la faim dans le monde. Avec 80 milliards supplémentaires sur la même période le problème de la grande pauvreté disparaît. 40 + 80, c’est un peu plus que les 100 milliards de gaspillage alimentaire aux USA et nettement moins que les 1.500 milliards consacrés à l’armement ou les 800 milliards drainés par le marché publicitaire mondial. Donc, l’éradication de la faim et de la pauvreté n’est pas un problème de moyens, mais de choix politiques. Ce n’est pas un hasard si le concept de Buen vivir vient du Sud. Ces pays ont connu l’austérité imposée par les plans d’ajustement sans voir leur situation s’améliorer. Ils savent que l’austérité impose des sacrifices inutiles. Le Sud a également mieux préservé ses cultures populaires qui transmettent le Buen vivir.

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Argentine
Quand les travailleurs se réapproprient leur entreprise

En 2001, la faillite de l’Etat argentin a provoqué la fermeture de nombreuses usines. En réaction, des travailleurs menacés de licenciement se sont mobilisés. Et plus de 300 entreprises ont ainsi été récupérées à la hâte. Treize ans plus tard, nombre d’entre elles se portent bien, démontrant les vertus de l’autogestion et de l’appropriation citoyenne de leur outil de travail. Reportage au journal Diario del Centro del país, un exemple de « Bien-vivre » parmi d’autres.

A l’heure du bouclage, le rythme de la rédaction du Diario del Centro del país (le « Journal du centre du pays »), le quotidien le plus lu de Villa Maria, 80.000 âmes, à 500 kilomètres au nord-ouest de Buenos Aires, s’emballe. Les claviers crépitent, les journalistes volent d’une pièce à l’autre, les relectrices accélèrent le tempo, les opérateurs charrient des bobines vers l’immense imprimante. Au premier coup d’œil, rien n’indique qu’El Diario est une coopérative autogérée. Pourtant, ici les journalistes écrivent sans patron, les machinistes impriment sans chef et les travailleurs décident collectivement de leurs salaires. « La gestion n’est le monopole de personne », déclare Diego,
ouvrier-machiniste.

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Vénézuela
Un monde sans chef

A Barquisimeto, quatrième ville du Vénézuela dans le nord-est du pays, Cecosesola, une coopérative de 1.200 travailleurs, fait le pari du Buen vivir dans le monde du travail. Sa formule ? Un fonctionnement collectif sans chef pour un modèle économique original qui se passe des marchés.

Avec sept supérettes qui distribuent à bas prix les produits des coopératives des environs, un hôpital et un funérarium, la coopérative Cecosesola fait partie du quotidien de dizaines de milliers d’habitants de Barquisimeto et de ses alentours. « Si un entrepreneur venait ici, il dirait que ça ne peut pas fonctionner », rigole Gustavo, l’un des fondateurs de Cecosesola. Et pour cause, le mode de fonctionnement de la coopérative est très éloigné des canons classiques du management et du marketing. « Nous portons une attention particulière aux relations humaines et aux besoins des gens », précise Gustavo.

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