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Denis Mukwege

« Le viol comme arme de guerre,
pour disloquer le corps social »

De l’hôpital qu’il dirige, à Panzi, dans l’Est du Congo, Denis Mukwege, médecin-gynécologue, a assisté à toutes les guerres qui ont secoué sa région, le Kivu : des razzias des milices génocidaires rwandaises en fuite aux offensives des groupes armés lancés à leurs trousses par Kigali. Le résultat de ces combats, il les découvrait sur les corps de ces femmes qui se présentaient à lui, violées, mutilées, traumatisées. Rencontre avec un humaniste qui se bat sans relâche pour redonner vie aux victimes de la barbarie.

Vous considérez vous comme un « indigné » ?
Oui, il faut s’indigner quand les choses ne marchent pas. Quand des hommes ne respectent pas l’humanité, qu’ils cherchent à écraser les autres pour les exploiter. S’indigner, c’est une façon de dire non à ce qui se passe et c’est exiger une solution.

Vous soignez depuis plus de dix ans des femmes victimes de brutalités extrêmes. Au début, vous recueilliez systématiquement le témoignage de vos patientes et partagiez leur souffrance. Maintenant, vous estimez que cette empathie est devenue trop lourde à porter et vous êtes revenu à des actes uniquement chirurgicaux.
Oui, j’ai créé, avec d’autres, un service d’assistantes sociales qui gèrent les émotions ressenties par les victimes et assurent un suivi durant leur convalescence. Avant, je faisais effectivement tout moi-même. J’étais le chirurgien qui devais réparer des organes génitaux détruits, rétablir la continence urinaire, la continence fécale. Je faisais face à cette chirurgie compliquée tout en m’associant aux attentes de mes patientes, cela me mettait dans un état où je ne pouvais plus être compétent. C’est très traumatisant de se plonger dans leur histoire. On vous demande de soigner non plus seulement des corps, mais également des âmes qui ont vécu une histoire dramatique. Psychologiquement, c’est très lourd à porter. Il m’est devenu impossible d’écouter avant d’opérer, de m’entendre demander : « Docteur, est-ce que j’aurai encore des rapports sexuels, des règles, des enfants ? Vais-je encore uriner normalement ? »
J’ai passé le relais à des assistantes sociales. Maintenant, je suis face à des lésions anatomiques que je répare. La pression est moins forte.

(...)

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