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Ce n’est qu’un au revoir !

Voilà plusieurs années déjà que j’ai proposé cette chronique à Imagine.

A l’époque, en tant que maman préoccupée par l’avenir de ses enfants, je peinais à trouver des informations claires, chiffrées, argumentées, permettant de faire les choix de consommation les plus durables possible. J’ai donc suggéré de tenter de résoudre, à chaque parution, un de ces « écodilemmes ». Le sujet est inépuisable : les technologies évoluent, les services et les lois aussi. Dès lors, cette rubrique pourrait revenir à l’infini sur la consommation de poisson, sur le choix des meilleures ampoules « économiques », sur les emballages et leur recyclage, etc.
Nous sommes loin d’avoir fait le tour de toutes les questions, et pourtant, je constate que je suis de plus en plus souvent tentée de m’écarter des questions pratiques qui constituaient le cœur de cette rubrique pour parler des questions plus philosophiques que nous pose la vie moderne…
Avec la « crise » (mot que j’entends, je crois, depuis que je suis née, en 1975 !), les questions liées à l’utilisation durable des ressources de notre planète sont paradoxalement passées au second plan dans beaucoup de journaux. Malgré cela, elles n’ont jamais été aussi présentes dans les actualités : les inondations, les flux migratoires, les effondrements et incendies dans des usines de production de vêtements en Asie, la famine qui continue à faire des ravages « là-bas », alors que l’obésité devient un problème de santé publique « ici »…
Je ne renie pas les petits gestes quotidiens que je continuerai personnellement à remettre en question pour les améliorer, mais aujourd’hui, je ressens une autre urgence. Archéologue de formation, et entourée d’une famille passionnée d’histoire, je ne peux m’empêcher de regarder d’un œil inquiet les tensions palpables qui émergent de cette « crise ».
En France, des parents retirent leurs enfants de l’école, choisissant de croire à la rumeur que leur progéniture devra y suivre des cours d’éducation sexuelle avec exercices pratiques à la clé [1]. En Ukraine, les manifestants reçoivent sur leur téléphone portable un SMS les avertissant qu’ils sont « enregistré(s) en tant que participant(s) à une perturbation de masse » [2].
Dans le même temps, se prépare le premier vol habité vers Mars, dont les participants, de simples « citoyens de la terre », ne reviendront jamais [3]
Certains jours, mon esprit balance entre la sensation de « déjà vu  » ou celle d’être « déjà demain » ? Le futur n’appartient plus à la fiction. Ce n’est pas un hasard si, ces derniers mois, mes activités journalistiques m’emmènent plus souvent sur le terrain de l’histoire et de la nature que sur celui de notre quotidien. Je ressens le besoin de prendre de la distance, pour mieux comprendre. Cela demande du temps. Depuis quelques mois, cette quête du temps long revenait régulièrement au cœur de cette chronique. Alors que cette métamorphose journalistique est en cours, je pense que l’heure est venue pour moi de vous dire au revoir, en clôturant cette rubrique.
Nous nous croiserons sans doute encore, au détour d’une page ou l’autre. Le voyage que j’entreprends n’est pas aussi spectaculaire que celui des premiers colons martiens. Mais dérouler le fil qui relie l’homme, la nature et l’histoire est, à mes yeux, aussi passionnant et porteur de sens.
Ce n’est qu’un au revoir !

Isabelle Masson-Loods – www.madamenature.be

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