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Génocide au Rwanda

« Les génocidaires ne sont pas des monstres, ils font partie de notre monde »

Dans son dernier ouvrage Comment devient-on génocidaire ?, l’avocat général à la Cour de cassation Damien Vandermeersch s’interroge sur les racines du mal. Une réflexion nourrie par son expérience en tant que juge d’instruction dans les quatre procès de génocidaires rwandais qui se sont tenus en Belgique en 2001. Entretien avec un magistrat éclairé et progressiste.

Comment provoque-t-on un génocide ? Dans votre livre consacré à cette question complexe, vous répondez qu’il faut d’abord déshumaniser l’adversaire, en lui donnant un nom négatif comme « cafard » ou « serpent », puis il faut occuper l’espace médiatique. Ainsi, à la veille du génocide rwandais, la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM) s’évertuait à échauffer les esprits. Il faut également exercer un pouvoir politique sans partage et maîtriser les forces de l’ordre.
Il faut aussi que la population soit plongée dans une situation insécurisante. C’est au nom de la survie que l’on a tué d’autres personnes au Rwanda en 1994. Les médias disaient : « Le Front patriotique arrive, c’est une grave menace. » Or, le Front patriotique était invité à rentrer pacifiquement au Rwanda en vertu des accords d’Arusha. Mais les extrémistes ont dénoncé un coup d’Etat civil. Ils ont créé des divisions en répandant l’idée que lorsque le Front patriotique composé de Tutsi arriverait, tous les Tutsi du pays se rangeraient de leur côté. Les hommes du Front patriotique sont les descendants des fuyards de 1959, dont les terres sont aujourd’hui occupées par des paysans hutus. Les extrémistes disaient que ces soldats allaient venir leur prendre leur terre. Et si on prend la terre d’un paysan, il ne lui reste plus rien. Un dicton dit : la meilleure défense, c’est l’attaque. Le discours des extrémistes jouait là-dessus en disant : « Puisque la présence des Tutsi est une menace pour les Hutus, il faut régler définitivement le problème. »

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