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Partager nos ressources et les gérer ensemble

Les « biens communs », l’alternative au capitalisme ? - dossier

Le sacro-saint marché a largement démontré ses failles. L’Etat est de moins en moins protecteur. Et si la solution venait des « communs » ? Un courant en plein développement qui s’applique à bien des domaines (le savoir, les espaces verts, l’eau, la culture…) et permet de reprendre possession collectivement de nos droits.

Les « communs », kesako ?
Sans les nommer comme tels, Imagine vous a déjà souvent parlé d’eux. De la coopérative et fondation agricole Terre-en-vue aux luttes pour la préservation des semences libres de Vandana Shiva, en passant par les bidouilleurs de talent du Farm Hack ou les défenseurs de l’économie collaborative, des dizaines, des centaines d’initiatives et de réflexions que nous avons partagées avec vous tournent autour de cette même idée : agir, ensemble, collectivement, pour préserver, alimenter, créer, développer, gérer des communs.
Ces communs peuvent aussi bien être un savoir, une culture, une langue, un logiciel, le plan de construction d’un engin que l’eau, la terre, un espace vert, des graines, un patrimoine génétique, du travail, l’éducation, une salle commune… Bref, tout ou presque !
Leurs caractéristiques ? Ne pas avoir de propriétaire(s) qui exclu(en)t les autres, être en quelque sorte « inappropriables ». Et puis surtout mobiliser autour d’eux une communauté ou un collectif, actif et auto-organisé.
« Ce sont les pratiques qui font des hommes ce qu’ils sont », écrivent Pierre Dardot et Christian Laval (lire aussi p. 10-11). Et ce sont les pratiques qui font les communs. « Un commun, c’est : une ressource + une communauté + un ensemble de règles sociales  », définit encore le blogueur et militant étatsunien des communs David Bollier [1].

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Commons Josaphat, une ville en friche

En région bruxelloise, des citoyens se fédèrent pour réfléchir ensemble à l’avenir d’une vaste friche. Et créer un espace de vie commun.

C’est une longue bande de terre en forme de goutte, 25 hectares à présent dépollués, à la limite des communes de Schaerbeek et Evere. Ancien terrain de la gare de triage Josaphat, cette friche traversée par la ligne de chemin de fer entre Malines et Halle est abandonnée depuis des années. Rachetée par la Région bruxelloise en 2006, elle attendait une destination…
Celle-ci apparaît finalement au printemps : un espace vert de 4 hectares, 1.800 logements (45 % public, dont 60 % de sociaux / 55 % privé), deux écoles, deux crèches, des bureaux, un hôtel, des commerces, une zone industrielle densifiée. Première livraison en 2018, fin des travaux en 2023 sur cette dernière grande réserve foncière de la région.

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Entretien avec Christian Laval, sociologue
« L’imagination politique a été desséchée par le capitalisme »

L’idée qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme est devenue très forte à l’heure actuelle. Est-ce d’abord ce préjugé que vous avez voulu combattre ?
Un tel sentiment vient à la fois du cadre englobant, enfermant du néolibéralisme et de l’effondrement du communisme étatique. Le capitalisme serait un éternel présent, il n’y aurait plus d’autre voie, même plus de concept qui nous permette d’en sortir.
Pourtant, bien au contraire, on constate qu’un projet est en train de naître de tout un ensemble de luttes, de mobilisations : celui du commun. Et ce projet est universel, aussi universel d’ailleurs que le néolibéralisme lui-même.

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Une fondation des biens communs au cœur de Rome
Valle, un théâtre occupé et en résistance


Depuis 2011, à Rome, des artistes et des citoyens occupent le Teatro Valle, un théâtre du 18e siècle destiné à être vendu au privé. Reportage dans ce laboratoire politique, culturel et social désormais constitué en Fondation « bien communs », et qui entend défendre un projet ouvert, libre et indépendant.

« Entrez, c’est occupé ! » Nul besoin de pancarte et d’écriteau pour le signaler, les portes constamment ouvertes et le logo imprimé sur les vitres (un bonhomme qui tente de voler la barre d’un sens interdit) suffisent. Aucun doute, les lieux sont occupés.
En pénétrant dans ce théâtre du 18e siècle, le plus vieux de Rome (640 places, 4 balcons), propriété du ministère des Biens culturels, on a l’impression d’entrer dans un autre univers. A mille lieues du solennel Sénat italien, et pourtant à deux pas de là, de la frénésie touristique de la Piazza Navona et du Panthéon tout proches. Quelle que soit l’heure et le jour, vous êtes sûr de trouver du monde et de l’animation au Valle.
Ici, un groupe prépare la projection d’un documentaire sur l’anarchiste Umberto Tommasini. Là, on joue le Barbier de Séville tous les matins pendant trois semaines pour les écoles du Latium. Plus loin, il y a le Commons Café, un laboratoire d’écriture dramaturgique ou encore une performance de danse en préparation. « Au Valle, qui veut entre et peut être sûr de trouver, s’il a besoin, un toit ou une assiette pleine », assure Fulvio Molena, l’un des piliers du lieu, en tendant un verre de vin blanc, derrière le bar installé dans le vestibule.

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Ce qui est à nous est à tous

La mise en commun de savoirs et de pratiques est en plein développement. Exemples choisis au travers de la génération « wiki », du secteur de la recherche scientifique et de l’agriculture.

De l’encyclopédie partagée aux « makers »
« J’ai atteint un moment dans ma vie où j’ai assez d’argent pour vivre confortablement, et je voudrais maintenant améliorer un peu le monde. Plutôt que d’utiliser mes connaissances pour accumuler plus d’argent, je voudrais aider les gens. Alors je réduis mes dépenses au minimum, je vis d’un revenu modeste et je passe le plus clair de mon temps à travailler sur des projets en open source. Je choisis de donner la technologie à quiconque la trouve utile. » David Rowe [2] est ingénieur électronicien à Adelaide, en Australie. Et l’une des milliers, peut-être des millions de personnes qui trouvent leur moteur pour travailler, créer et inventer, non pas dans une rémunération sonnante et trébuchante, mais bien dans la participation à un ensemble plus vaste, dans la reconnaissance de ses pairs ou d’inconnus.

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[1La renaissance des communs. Pour une société de coopération et de partage, éditions Charles Léopold Mayer, 2014.

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