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Que sont mes amis devenus…
Trop gentils, vraiment ?

Avec son slogan de campagne, « Votez pour votre temps ! », Ecolo avait pris un fameux risque. Car chacun le sait, en Belgique, nous avons… un temps de merde ! Résultat des urnes : pluie et verglas (avec de très légères éclaircies).

Flashback. A la fin des années 90, j’avais participé au comité de pilotage des Etats généraux de l’écologie politique (EGEP). Objectif ? Enraciner Ecolo dans la « société civile » (ce qui fut fait) et instituer des « contrepouvoirs citoyens » (ce qui reste à faire). L’aventure se solda, pour moi, par une candidature « d’ouverture » aux sénatoriales de 2009 [1], et pour Ecolo, par un triomphe électoral (aucun rapport, évidemment, entre les deux – LOL, comme on dit aujourd’hui sur Facebook).
Les 76 « forums citoyens » des EGEP y furent-ils pour quelque chose ? Oui, probablement. Mais surtout, la « crise de la dioxine » avait, pendant des mois, placé notre programme au cœur des préoccupations des gens. Or cet électorat ponctuel, plus émotif, moins politique, est évidemment aussi le plus volatil. Voilà sans doute une des causes du perpétuel « yoyo » électoral d’Ecolo. On ne peut pas espérer qu’une centrale nucléaire nous « pète à la figure » à la veille de chaque élection (LOL, bis).

Pol Pot. Aujourd’hui, un rapide survol des résultats électoraux laisserait penser qu’Ecolo a perdu des voix au bénéfice du PTB-GO ! Ce n’est que très partiellement vrai. Le quotidien Le Soir du 3 juin 2014 a, en effet, publié un intéressant graphique qui illustre les transferts de voix entre partis. Si 12.000 électeurs Ecolo ont bien voté, cette fois, pour le PTB-GO !, 100.000 autres se sont répartis, à parts égales, entre le MR, le cdH et le PS. Avec le PS, le bilan est d’ailleurs plus « équilibré  », puisque 36.000 électeurs sont passés d’Ecolo au PS… mais que 29.000 autres sont passés du PS à Ecolo ! Parmi eux, j’en suis sûr, quelques centaines de travailleurs des arts qui se sont sentis soutenus par Zoé et Mattéo plus que par Laurette et Monika… (voilà pour les éclaircies).
Reste qu’Ecolo devra désormais compter avec cette « nouvelle » force politique sur sa gauche – sans compter les actuels « décimalistes  » du Mouvement de gauche et de VEGA.
Aussi, qu’un dirigeant « historique  » des Verts comme Jacky Morael puisse balayer la question d’un « PTB = Pol Pot » [2], ne me semble ni rendre hommage à ses qualités intellectuelles, ni répondre aux exigences d’un débat démocratique.
Josy Dubié, ancien sénateur Ecolo, aurait donc appelé à voter pour un parti criminel ?

Eurolâtres. Au-delà des grandes questions alimentaires et environnementales, reste donc à éclaircir le débat sur l’Europe, la question sociale et les alliances politiques.
Les écologistes sont, par essence, mondialistes. Nous n’avons qu’une planète et les idées, comme la pollution, se moquent des frontières. Mais par internationalisme, par amour de l’Europe, les écologistes ont souvent soutenu des traités européens qui se sont révélés, sur le terrain, de véritables machines de guerre néolibérales contre les peuples. En Grèce et en Europe du Sud, les ukases des « troïkas » ont affamé la population et ruiné des pays entiers. Comment peut-on défendre le principe d’une « démocratie participative » locale et régionale, si on la soumet toujours plus au corset budgétaire d’une bureaucratie européenne, et au diktat autoritaire des institutions financières ?
Qu’un dirigeant des Verts européens comme Dany Cohn-Bendit puisse aujourd’hui appeler à voter pour Jean-Claude Juncker [3], conservateur, membre du Parti populaire européen, et premier ministre d’un paradis fiscal, montre bien le fossé qui s’est désormais creusé entre « eurolâtres » et « eurosceptiques  ».

Bisounours. Cette crise financière et politique étrangle nos économies. Elle devient structurelle, systémique. Elle clive, elle radicalise, elle décourage les demi-mesures. Elle réduit à néant la marge de manœuvre des partis réformistes. Les anticapitalistes retrouvent des couleurs. Les nationalistes ressortent leurs drapeaux. Ou on sert le système, jusqu’au pire. Ou on le combat, jusqu’à la rupture. On le voit bien en France, où François Hollande, qui mène une politique de plus en plus libérale, est incapable même de poser un geste « symbolique » en faveur de ses « alliés » écologistes (comme l’abandon de l’aéroport de Nantes).
A contrario, cette résistance fait aussi naître de nouvelles forces politiques.
En Grèce, c’est Syrisa, un cousin du Parti de gauche français, qui est devenu la première force politique du pays – avec 26 % des voix aux européennes.
Comment les Verts se situeront-ils par rapport à ce monde en pleine turbulence ? Quelles nouvelles alliances privilégieront-ils pour cela demain ?
Voilà les questions qui se poseront nécessairement à eux dans les années qui viennent.
Or le seul « élément de langage » que j’aie entendu aujourd’hui, dans la bouche des dirigeants d’Ecolo, c’est : « On a été trop gentils. » Franchement, les amis, est-ce bien de cela qu’il s’agit ?

Claude Semal
Auteur-compositeur, comédien et écrivain
www.claudesemal.com

[1Avec 11.000 voix de préférence, merci encore.

[2Le Soir, 30 mai 2014.

[3… à la présidence de la Commission européenne (Le Monde, 31-05-2014).

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