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Enseigner la coopération
plutôt que la confrontation

Perte de l’estime de soi. Découragement. Ressentiment. Relégation. Sentiment d’échec. Individualisme. Lutte des places... Tous ces mots terriblement négatifs sont aujourd’hui associés à notre système d’enseignement. Entrés à l’école à trois ou quatre ans pleins d’enthousiasme et créativité, nombre d’enfants en sortent quelques années plus tard soit cassés, soit obsédés par l’idée d’être les premiers, soit encore obligés de suivre une voie qu’ils n’ont pas vraiment choisie. L’avenir de notre société ne se joue peut-être pas exclusivement derrière les murs de nos écoles, mais il est certain que les jeunes qui en sortent seront partie prenante du monde de demain. Les former à être des adultes autonomes, actifs et agissant sur leur environnement, confiants en leur valeur intrinsèque, solidaires : ne serait-ce pas là un premier pas dans la bonne direction ? Et si nous enseignions la coopération plutôt que la compétition ?

Pédagogies actives
Une école sans gagnant et sans perdant

La méritocratie règne en maître dans nos cours de récré. Grâce à ses efforts, à son travail, à son attention, tout enfant fréquentant notre enseignement pourrait s’élever, progresser et s’en trouver justement récompensé… Cette idéologie, ancrée depuis des décennies dans les têtes de nos décideurs, de beaucoup d’enseignants et de parents a façonné notre système. Elle est pourtant très contestée aujourd’hui. Tout simplement parce qu’elle est fausse : « L’école de l’égalité des chances est celle des “gagnants” de la mobilité sociale. Elle est aussi, et de plus en plus, celle des “perdants” pour un nombre croissant d’élèves », constate Dominique Grootaers, chargée de cours à l’UCL, collaboratrice de l’ASBL Le Grain.

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Erwin Wagenhofer, réalisateur d’Alphabet
« Aider l’enfant à trouver qui il est, sans jugement »

Erwin Wagenhofer, réalisateur de We feed the world et de Let’s make money, poursuit avec Alphabet [1] son exploration du monde contemporain. Il y fait le constat d’une société qui formate ses enfants, les entraîne à la compétition en bridant leur imagination et leur créativité, et en laissant sur le côté les moins forts. Mais aussi que d’autres solutions existent, qu’il est possible de grandir mieux dans la confiance et la coopération, sans pression inutile. Entretien.

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Ecoles >< entreprises
Former des travailleurs ou des citoyens ?

« Il faut renforcer les liens de l’école avec l’entreprise, disent la majorité des partis politiques. D’accord si c’est pour prendre contact avec le monde du travail, effectuer un stage valorisant. Mais pour l’instant il s’agit plutôt de normer les élèves suivant les attentes du marché. » Est-ce le rôle de l’école de former de « bons » travailleurs  ? La formatrice en promotion sociale et en formation continuée Aude Limet constate que « beaucoup de jeunes sortent avec un certificat qui ne leur donne en réalité accès qu’à des jobs de mauvaise qualité, où ils seront taillables et corvéables. Et où on ne leur aura pas appris à réfléchir à ce qui se passe autour d’eux. »

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Dans la logique de marché
Un système scolaire marqué par le libéralisme

« La philosophie libérale a marqué la Belgique dès sa naissance, raconte la sociologue Dominique Grootaers, chargée de cours à l’UCL et collaboratrice de l’ASBL Le Grain. Une philosophie qui met en avant l’individu et se méfie de l’Etat. » Auparavant zone occupée par un pouvoir très centralisateur comme les Pays-Bas, le nouvel Etat créé en 1830 veut absolument s’en démarquer.
Dans l’enseignement, cela se traduit par des pouvoirs organisateurs très autonomes. « La société fondée sur le système des "piliers" (1) [2] est au cœur du projet belge, ajoute le chercheur de l’UCL Samir Barbana, laisser à chacun l’initiative de créer ses propres écoles est dès lors logique. On donne également la liberté aux parents de choisir leur école, et celle-ci est financée suivant le nombre d’élèves qu’elle accueille. » Un système de « quasi-marché ».

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L’artiste, luthier et musicien André Stern n’est jamais allé à l’école
« Il n’y a rien de mieux que le jeu pour apprendre »

Il était une fois un petit garçon de trois ans, qui s’était pris de passion pour une moissonneuse-batteuse miniature. Six mois plus tard, alors que la voiture de son père longe un champ, le garçonnet aperçoit l’engin grandeur nature. Ils s’arrêtent. Et la moissonneuse de venir vers l’enfant, fasciné. Son chauffeur propose au père et au fils de monter, les balade à son bord deux bonnes heures, leur expliquant des tas de choses, heureux d’être – pour la première fois depuis des jours qu’il est sur sa machine – remarqué et même admiré par cet enfant. La promenade s’interrompt, le père ayant des choses à faire. Le chauffeur prend son numéro de téléphone et, dès le lendemain, lui offre de promener son fils toute la journée sur sa moissonneuse.

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Eduquer, coopérer et agir ensemble
Obéissance ne signifie pas soumission

L’apprentissage de la collaboration commence à la maison. En définissant ensemble les droits et les devoirs de chacun.

Combien de parents n’ont-ils pas un jour ou l’autre pensé : « Ah, si seulement cet enfant pouvait être un peu plus coopératif » ? Mais nous avons souvent une vision un peu biaisée de cette collaboration espérée chez l’autre : ce que nous attendons en réalité, c’est qu’il acquiesce à nos demandes… Les « tu dois », « il faut que », « je veux que » n’ont pourtant pas grand-chose à voir avec la coopération.

Stage de l’association Bao-J en région verviétoise
« C’était une journée pas comme les autres ! »

Quand Dylan, Oussama, Magnolia et les autres s’initient, une journée durant, aux plaisirs des jeux coopératifs, chacun apprend petit à petit à « quitter sa bulle ». Reportage.

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[1L’argument souvent avancé étant que les élèves s’ennuient dans ces cours généraux. Absurde selon l’APED : « On utilise le fait que l’école les démotive pour dire qu’ils n’en ont pas besoin ! », fait remarquer Jean-Pierre Kerckhofs.

[2Le pilier libéral (de droite et laïc), le pilier socialiste (de gauche et laïc) et le pilier social-chrétien (religieux et centriste).

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