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Agir


Publié dans notre magazine n°Agir

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Publié dans notre magazine n°106 - Novembre & décembre 2014

GEO-STRATÉGO
La chronique d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.

Déflation : le pire n’est pas certain, mais il est minuit moins cinq !


Aucune personnalité politique européenne n’ose évoquer son nom, mais la déflation menace pourtant l’économie européenne de stagnation économique. Eviter un tel scénario catastrophe implique de réorienter les politiques économiques de la zone euro, en mettant un terme aux politiques de dumping social et d’austérité et en investissant dans la transition socio-écologique.

La déflation, késako ? La déflation survient lorsque tous les agents économiques (les ménages, les entreprises et les Etats) décident de se désendetter en même temps. Il en résulte une baisse généralisée des prix et une « trappe à liquidité », c’est-à-dire un manque d’investissement qui plonge l’économie dans un marasme dont il est difficile de s’extirper. En outre, la déflation implique que les taux d’intérêt réels (taux d’intérêt moins taux d’inflation) sont positifs, du fait du taux d’inflation négatif, ce qui freine les investissements et entraîne une hausse mécanique de la dette, déjà alourdie par la baisse des recettes fiscales provoquée par la crise économique.
C’est ce scénario catastrophe qu’ont connu les pays européens durant les années de la Grande Dépression et le Japon au début des années 1990. Prise dans son ensemble, la zone euro n’est pas encore techniquement en déflation : la hausse annuelle des prix a atteint en moyenne 0,3 % en septembre 20141 [1]. Mais la déflation est déjà d’actualité dans plusieurs pays du sud et de l’est de la zone euro, comme en Espagne (-0,5 % en août 2014), au Portugal (-0,1 %), en Grèce (-0,2 %), en Italie (-0,2 %), en Pologne (-0,1 %), en Slovaquie (-0,2 %) ou en Estonie (-0,2 %) [2]. La Belgique a également enregistré en septembre 2014 un taux d’inflation négatif de -0,12 %. Une dynamique conduisant la zone euro vers la déflation a ainsi été enclenchée depuis 2011.
Vu d’Europe, l’impact de la crise financière de 2008 peut paraître injuste. La crise qui a fait suite à la faillite de Lehman Brothers a en effet débuté aux Etats-Unis. Or, si les Etats-Unis ont depuis lors connu une des reprises économiques les plus lentes de leur histoire, il n’en reste pas moins que leur PIB a augmenté de 9 % et leur nombre d’emplois de 1,2 million depuis 2008, alors que la zone euro a toujours un PIB inférieur à celui de 2008 et qu’elle a perdu 4,8 millions d’emplois en six ans [3]. Ces écarts ne sont toutefois pas le fruit de la fatalité, mais bien la conséquence des politiques économiques contre-productives instaurées par les gouvernements européens, qui semblent s’obstiner à les poursuivre malgré la dynamique déflationniste qu’elles engendrent.

Pour accroître la compétitivité des pays en crise, le coût du travail a été réduit

En effet, l’impact cumulé des politiques de dumping social et d’austérité budgétaire a plombé la demande intérieure et l’activité économique. D’une part, les politiques de dumping social ont été renforcées dans les pays sous ajustement de la zone euro. Pour accroître la compétitivité des pays en crise, le coût du travail a sensiblement été réduit, comme en Italie (-3 % entre 2010 et 2013), en Espagne (-4 %), en Irlande (-4,9 %), au Portugal (-3,3 %) et évidemment en Grèce (-15,4 %), ce qui a fortement pesé sur la demande intérieure, sans guère de bénéfices en termes de compétitivité, du fait que tous ces pays ont appliqué les mêmes mesures en même temps. Malgré des réalités différentes entre Etats membres, la demande intérieure a diminué de 4,5 % en moyenne entre 2008 et 2013 dans la zone euro. Le fait que la France, deuxième économie de la zone, ait à son tour opté pour la course au moins-disant social à travers le « Pacte de responsabilité  » risque d’aggraver cette tendance, tout comme les mesures envisagées par le nouveau gouvernement belge.
D’autre part, la panique financière de 2010, engendrée par la spéculation sur les dettes des Etats membres de la zone euro, a poussé les gouvernements à mener des politiques d’austérité budgétaire qui ont été non seulement douloureuses socialement, mais aussi économiquement inefficaces. Les coupes opérées dans les dépenses publiques ont entraîné la baisse des investissements, la récession, le chômage et la diminution des recettes fiscales, débouchant in fine sur des pressions déflationnistes et une hausse de l’endettement – qui a atteint au premier trimestre 2014 un nouveau record de 96,4 % du PIB en moyenne dans la zone euro. Les effets conjugués du dumping social et de l’austérité budgétaire ont ainsi engendré la dynamique déflationniste européenne. La baisse des salaires et des dépenses publiques incite les ménages à épargner plutôt qu’à consommer, afin de se confectionner un bas de laine pour les mauvais jours qui s’annoncent, ce qui n’incite pas les entreprises, qui ont pourtant d’importantes capacités de production inutilisées, à investir. Vu que les Etats réduisent en même temps leurs dépenses publiques, tous les agents économiques dépensent moins qu’ils épargnent, ce qui mène tout droit vers la déflation et la stagnation économique.
Pour éviter le piège de la déflation, la Banque centrale européenne (BCE) peut agir en réduisant son taux d’intérêt directeur et en injectant des liquidités dans l’économie par une politique monétaire expansive. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait en septembre 2014, en abaissant son principal taux d’intérêt à 0,05 % et en lançant un nouveau programme de rachat de dettes privées et de prêts avantageux aux banques dans l’espoir qu’elles prêtent davantage aux entreprises. Mais les marges de manœuvre de la BCE sont limitées, du fait que les taux d’intérêt sont désormais quasi à zéro, et l’impact de ses mesures est incertain : l’austérité n’incite guère les agents économiques à investir les nouvelles liquidités injectées, qui peuvent par ailleurs nourrir des bulles spéculatives si elles sont imprudemment investies sur les marchés financiers plutôt que dans l’économie réelle. En outre, l’hétérogénéité des différentes économies de la zone euro, avec certains Etats membres en déflation et d’autres en situation de faible inflation – comme l’Autriche (+1,5 % en août 2014), la Finlande (+1,2 %) ou l’Allemagne (+0,8 %) –, ne facilite pas sa tâche.

Il faut mettre un terme aux politiques de dumping et d’austérité en adoptant un traité sur l’harmonisation sociale européenne

C’est pourquoi une réorientation des politiques économiques est nécessaire. Primo, l’Allemagne, qui enregistre d’importants excédents courants alors que d’autres pays dans la zone euro accusent de lourds déficits, pourrait relancer la demande par des hausses de salaires et ainsi résorber les déséquilibres internes, mais malgré une hausse annuelle des salaires de 3 %, le ministre allemand des Finances Schäuble et la chancelière Merkel ne semblent guère disposés à aller beaucoup plus loin. Secundo, il faut mettre un terme aux politiques de dumping et d’austérité en adoptant un traité sur l’harmonisation sociale et fiscale européenne, en donnant plus de temps aux Etats pour rétablir leurs comptes et en enrayant l’évasion fiscale, mais les gouvernements semblent continuer à tabler essentiellement sur la baisse du coût du travail pour rétablir la croissance et réduire les déficits.
Et tertio, l’Union européenne pourrait profiter de la faiblesse des taux d’intérêt pour lancer un vaste programme d’investissement public, par le biais d’Eurobonds émis par la Banque européenne d’investissement (BEI), pour financer la transition socio-écologique, c’est-à-dire les infrastructures économiques et sociales, les énergies renouvelables et les technologies vertes qui permettraient l’émergence d’un nouveau régime d’accumulation des richesses soutenable et équitablement réparti.
Sans une telle réorientation des politiques économiques, le piège de la déflation pourrait se refermer sur la zone euro, ce qui la plongerait dans une durable stagnation économique. Le pire n’est pas certain, mais il est minuit moins cinq. —

La chronique d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.

[1epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-30092014- AP/FR/2-30092014-AP-FR.PDF

[2epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-17092014- AP/FR/2-17092014-AP-FR.PDF

[3G. Duval, « La longue marche vers la déflation », Alternatives Economiques n°338, septembre 2014.

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