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PORTRAIT

Pierre Dulaine, un gentleman
qui fait danser les cœurs


Le formidable film Dancing in Jaffa sur les écrans d’ici peu raconte l’histoire de Pierre Dulaine, 70 ans, quatre fois champion du monde de danse de salon qui fait valser les enfants de New York à Jaffa. Un personnage solaire et charismatique qui relie les êtres entre eux et rapproche des frères ennemis. Portrait d’un héros bourré de candeur sur fond de conflit israélo-palestinien.

« Pierre fait partie de ces héros méconnus de notre temps », affirme sa productrice, Diane Nabatoff. L’image est juste et belle : Pierre Dulaine, Peter Heney de son vrai nom, 70 ans cette année, est un personnage hors norme, une sorte de Peter Pan des temps modernes. Un danseur de salon à la carrière immense, bardé de récompenses, charismatique à souhait, qui clôture un entretien téléphonique accordé depuis New York, sa ville d’adoption, avec toute l’élégance du gentleman, marquant la fin d’une danse par un « Thank you, Merci, Toda raba, Choukran ! » chaleureux et sincère.
Dancing in Jaffa est le dernier projet de Pierre Dulaine. Et quel projet ! « J’en rêvais depuis des années », s’exclame le maître, tout ému. Retourner en Palestine, à Jaffa, sa ville natale, pour faire danser des enfants juifs et arabes sur fond de conflit armé. Un retour aux sources pour ce fils d’un protestant irlandais et d’une mère palestinienne catholique qui ont fui Jaffa en 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël. « J’avais quatre ans à l’époque et nous sommes allés nous installer à Amman, en Jordanie, avant de rejoindre l’Angleterre. »
A 14 ans, Peter se met à la danse au sein de la Johnson School of Dancing. « J’étais timide, introverti, peu souriant, replié sur moi-même. En plus j’avais une dent de devant cassée ! s’amuse aujourd’hui Pierre Dulaine. La danse m’a littéralement transformé. »
Le jeune homme est extrêmement doué. Il rencontre celle qui deviendra sa partenaire et sa complice de toujours, Yvonne Marceau. Commence alors une « incroyable aventure » pour ce fils d’immigré qui ne cessera d’enchaîner les succès. Du Royal Albert Hall aux plus grandes comédies musicales, des boîtes branchées du West End londonien aux quatre coins de l’Europe, « Mister Pierre » et sa partenaire vont multiplier les standing ovations.

« La danse, c’est puissant, organique, immédiat » « J’ai eu une chance immense », dit-il aujourd’hui avec la modestie des grands. Avant de créer son propre théâtre, d’enseigner son art dans de grandes écoles américaines et de lancer , en 1994, sa propre méthode, les fameuses dancing classrooms, dont l’objectif est « d’encourager l’ouverture, la confiance et l’estime de soi chez les enfants à travers la pratique de la danse ». En 20 ans, près de 410 000 enfants et 500 professeurs répartis dans 31 pays à travers le monde ont ainsi appris à danser à la manière de Pierre Dulaine.
« C’est un cadeau merveilleux, nous confie l’intéressé. Le programme fait des petits et j’en suis fier. » Au point d’inspirer des cinéastes, notamment Liz Friedlander et son film Dance with Me (Take the Lead) sorti en 2006 avec Antonio Banderas, qui décrit le combat de Pierre Dulaine pour faire entrer ses dancing classrooms dans les écoles publiques de New York. « La danse, c’est puissant, organique, immédiat. Je crois intimement au pouvoir de la danse », résume-t-il. Une danse en couple, en apparence désuète, qui traverse les cultures (tango, merengue, rumba…), mais peut aussi transformer les esprits.
Son leitmotiv ? « Emotion, psychologie, bonnes vibrations. Je reçois la confiance des enfants et j’essaie tout simplement de la transformer positivement. »
C’est ce qu’il a fait à Jaffa en 2010 pendant dix semaines. « J’avais beaucoup travaillé pour les enfants de New York issus de tous les milieux. Il fallait que je fasse quelque chose pour ma patrie d’origine. » Ainsi est né le projet Dancing in Jaffa.
« Au début, les enfants se crachaient dessus, tiraient sur leurs manches pour éviter de se toucher la peau, c’était terrible. J’ai failli arrêter plusieurs fois. Mais je suis du signe du Taureau, fonceur et obstiné ! », sourit Pierre.
Avec tact et élégance, il parvient petit à petit à faire danser ces enfants juifs et arabes, à dépasser les antagonismes et les traditions. « Les enfants apprennent très vite. Ils sont tous naturellement doués, il faut leur faire confiance. » Et la magie « Mister Pierre » opère. Pas à pas, les enfants « ennemis » se mettent à danser. Et à se regarder autrement.
Un geste politique ? « Non, humaniste », réagit le maître. « Je crois à la puissance du toucher, de l’échange, de la danse à deux. En changeant les enfants, vous pouvez modifier le point de vue des parents et peut-être modestement changer un peu le monde. »
Une approche à la fois simple et candide que Pierre Dulaine ne cesse d’exporter sur tous les continents. « J’ai travaillé en Irlande, le pays de mon père, avec des catholiques et des protestants. J’ai aussi fait danser des enfants autistes aux USA, des adultes en hôpital psychiatrique à Genève, des sans-abri en Arizona… A chaque fois, je perçois le même effet positif : une meilleure estime de soi et de l’autre, une dignité retrouvée, un certain émerveillement. »

« En changeant le regard des enfants, tu peux aussi changer celui de leurs parents » A 70 ans, le petit « Billy Eliott » devenu grand voyage par monts et par vaux pour défendre cette idée de réconciliation / résilience par la danse. New-Yorkais d’adoption, Palestinien de cœur, citoyen du monde, il savoure chaque jour sa chance. « Je suis en bonne santé. Ma vie est un cadeau. Je ne vis pas allongé dans ma chaise longue, quel bonheur. » Et Pierre ne manque ni d’enthousiasme ni de projets : « J’aimerais travailler avec des soldats revenus du front, victimes du syndrome de stress post-traumatique. Il y a énormément de travail à faire de ce côté-là aussi. »
Un « héros méconnu », disait sa productrice. Mister Pierre vole, vole. De New York à Jaffa, indécrottable humaniste en quête d’un pas de deux qui transcende les cœurs et les esprits.

Hugues Dorzée

La critique du film
Une ode à la vie

« Je suis convaincu que lorsqu’un être humain danse avec un autre être humain, il se passe quelque chose. On apprend à découvrir l’autre d’une façon impossible à décrire. » Dancing in Jaffa s’ouvre sur ces mots rassurants , empreints de bon sens. Pendant dix semaines, la réalisatrice Hilla Medalia a suivi pas à pas Pierre Dulaine dans cinq écoles différentes – deux juives, deux arabes et une mixte. La caméra capte ses doutes, ses colères, ses espoirs. Elle saisit, entre les pas de merengue, de tango ou de rumba, la peur des uns, la pudeur des autres. Et le spectateur de se laisser emporter par l’énergie, l’obstination et le charisme de cet homme.
Dancing in Jaffa est une formidable ode à la vie. Un souffle de bonheur simple logé entre les pas de ces petits danseurs maladroits et magnifiques.
Il y a Lois, une petite blondinette juive, et sa maman célibataire. Il y Alaa, un fils de pêcheur palestinien qui apprivoise la misère avec son sourire éclatant. Il y a Noor aussi et sa maman juive convertie à l’islam. Son papa est mort. Et sa tristesse déborde de partout. Mais au fil du tournage, la petite va effectivement « s’ouvrir comme une fleur ».
« Jaffa est juive ! », scandent les manifestants. « Allah est grand ! », entend-on de l’autre côté de la ville. Les tensions sont palpables. La guerre n’est pas loin. Mais Pierre Dulaine poursuit, obstiné, son ballet de fortune. Jusqu’à la compétition finale, où les couples d’enfants mixtes rivalisent de fierté et de bonheur sur la piste. Une scène splendide où l’on sent le héros ivre de bonheur, des parents réconciliés, des regards apaisés. Dancing in Jaffa est un film juste et beau, porté par un vrai récit, le regard positif des auteurs et des personnages transformés par cette aventure littéralement virevoltante.

H.Do.

A découvrir dès le 3 décembre sur les écrans de Liège, Bruxelles, Namur, Mons…
Infos : www.leparcdistribution.be/dancinginjaffa

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