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Et si on reprenait
le contrôle de notre argent ?

Politologue et diplômée en relations internationales, Judith Van Parys, 25 ans, a récemment participé au Sommet international des coopératives qui s’est déroulé début octobre à Québec.
Voici le récit d’une « jeune leader coopératrice », active au sein de NewB.


C’est dans le cadre de mon travail au sein de la coopérative NewB que j’ai été sélectionnée par l’Office franco-québécois pour la Jeunesse pour participer à la deuxième édition du Sommet international des Coopératives. 3000 personnes de plus de 93 pays et 206 conférenciers étaient rassemblés au Palais des Congrès de la ville de Québec, du 6 au 9 octobre dernier.
L’objectif du Sommet ? Se rassembler mais aussi rappeler au monde l’importance des coopératives : leurs valeurs, leur capacité de résilience à la crise économique et les alternatives qu’elles peuvent apporter. Avec, en ligne de fond, la perspective du prochain sommet du G20 qui se tiendra à Brisbane en novembre où les coopératives seront représentées par l’Alliance internationale des Coopératives (principal organisateur du Sommet avec la banque coopérative canadienne Desjardins). Et si on reprenait le contrôle de notre argent ? C’est le défi de NewB. Car finalement, qu’on soit fauché ou plein aux as comme on dit en Belgique, « on aura tous affaire un jour à notre banquier ».
Mais qui sont finalement les banquiers ? Qui s’occupe aujourd’hui de notre argent et à quoi sert-il ? On ne le sait plus vraiment. Et pourtant, en allouant des crédits à des projets, en souscrivant à des obligations, en prenant des parts dans le capital d’entreprises, les banques ont aujourd’hui un grand pouvoir dans notre société et ce, grâce, entre autres, à notre argent.
Oui, il est grand temps de reprendre le contrôle de notre argent et de rendre aux banquiers, leur métier. C’est ce que la coopérative NewB ambitionne de faire. Nous souhaitons construire tous ensemble une banque coopérative qui soit transparente, sobre, sûre, durable, et ancrée dans l’économie réelle belge. En outre, nous lançons début novembre « La voix de votre épargne », une campagne où les coopérateurs pourront déterminer eux-mêmes la politique de crédit que NewB adoptera. Et c’est une première mondiale. Ceci vous intéresse ? Je vous invite à en savoir plus par ici.

Un peu de « thé à l’anglaise »
C’était la première fois que je participais à un événement d’une telle envergure, que je prenais l’avion si loin pour si peu de temps, que je logeais dans un hôtel luxueux et que j’allais me mêler à de nombreuses personnalités en tous genres.
La première journée débuta par une conférence intéressante sur comment créer, développer et pérenniser une coopérative, mais également d’un « thé à l’anglaise », occasion de nous rassembler en tant que « Jeunes Leaders Coopératifs » comme nous ont appelés les organisateurs du Sommet. Au total, 265 jeunes étaient présents. Les grandes cocardes que nous portions tous à notre cou indiquaient notre nom, notre coopérative et notre drapeau national. Une manière simple de faciliter les rencontres tout au long du Sommet. Vers 17h30, nous nous sommes rendus dans la grande salle pour assister à la conférence d’ouverture du Sommet. Après les discours et l’intervention musicale de plusieurs artistes talentueux, il était temps d’écouter l’invité d’honneur, Peter Diamandis, qui venait nous présenter son livre intitulé : « Abundance : the future is better than you think ». Son intervention en conférence d’ouverture m’a laissée un peu dubitative quant à ce qui nous attendait durant les quatre jours qui allaient suivre. Ma foi, je me suis même demandé si je n’étais pas encore sur le coup du décalage horaire !
Peter Diamandis nous a parlé de l’innovation technologique et de ses capacités à propulser les coopératives vers le haut et à répondre aux grands défis d’aujourd’hui. Google et Nokia étaient cités en exemple ; les imprimantes 3D et la robotique seront nos outils de demain pour construire un monde meilleur. Ah bon… L’innovation technologique, certes, mais qu’en est-il de l’épuisement des ressources et des inégalités sociales, de l’écart entre riches et pauvres ? Cela va-t-il nous permettre de diminuer ces travers ? L’auteur du livre semblait nous donner une vision totalisante de la société et nous garantir un futur sans encombre. Cela m’a fort étonnée de l’entendre ce soir-là, à cet endroit. Je vous invite à regarder la conférence TED qu’il a donnée pour connaître mieux son point de vue et vous faire une opinion.

Un peu de « leadership individuel »
Le second jour nous étions attendus à 7 h pour un petit-déjeuner conférence entre Jeunes Leaders Coopératifs. Nous étions invités à nous mettre à des tables rondes où une personnalité plus âgée du monde des coopératives animait la discussion sur des questions diverses. Ce matin-là, il s’agissait du leadership individuel. A midi, une conférence sur « Les banques coopératives : mettre à profit la différence coopérative » était organisée. Une étude fut présentée sur l’avantage coopératif mettant en exergue les défis et des solutions pour les banques coopératives : le danger en grandissant de s’éloigner des valeurs coopératives, le dilemme entre la volonté d’être proche des clients (le rapport face-à-face en agence) et les coûts que cela entraîne ou encore les difficultés que la législation plus drastique engendre sur la gouvernance des banques coopératives. Je rejoignis ensuite les autres francophones de ma délégation qui s’étaient réunis à leur initiative pour discuter de leurs expériences personnelles au sein de leur coopérative. Nous avons échangé sur les questions de gouvernance, de management participatif et de l’intégration des jeunes dans les coopératives. Nous avons aussi évoqué l’innovation sociale trop peu souvent mentionnée dans les débats où seule l’innovation technologique figurait en bonne place. Et pourtant l’innovation sociale est une force que les coopératives doivent exploiter pour répondre rapidement aux besoins de leurs membres quand les secteurs privés et publics sont défaillants, avançait une jeune de la délégation . C’est cette force qui permettra de faire la différence internationalement : « Les entreprises continuent sans cesse de développer de nouvelles technologies donc si les coopératives veulent peser dans la balance elles doivent innover socialement plus vite et se faire connaître. La coopération est une force et doit marcher au service de l’innovation grâce à notre faculté de communication et de partage de connaissance. »
L’idée de créer une plateforme en ligne pour générer plus de liens et de partage de connaissance de manière internationale fut d’ailleurs avancée par le Réseau des Jeunes Coopérateurs de l’Alliance internationale des Coopératives. « L’innovation sociale et numérique sont au final étroitement liées », ajoute la jeune Caroline Senez. La technologie numérique permettant de nouvelles manières d’échanger, de communiquer, de partager et de gérer des organisations : « La technologie nous permet d’innover socialement et nous devons aller dans ce sens ».

Un manque d’intelligence collective
Le soir, nous nous sommes retrouvés dans un bar du quartier Saint-Roch de Québec avec tous les jeunes leaders pour une soirée walking diner avec 15 présentations de coopératives faites par 15 jeunes d’entre nous. J’ai pu présenter la NewB devant un petit groupe de 20 personnes de manière informelle. Ces deux premiers jours furent aussi ponctuées de rencontres. En effet, j’avais décidé de jouer le jeu à fond. J’y suis donc allée au culot, serrant la main des intervenants intéressants à la fin des conférences ou en interpellant d’autres dans les couloirs du Sommet. On m’avait prévenue, il me fallait me munir de cartes de visite. Et de fait, chaque poignée de main s’accompagnait d’un échange de cartes. J’avais l’ambition de faire parler de NewB auprès des banques coopératives présentes (Desjardins, Crédit Coopératif, Crédit Union, etc.) ou auprès des instances internationales agissant de près ou de plus loin dans le domaine des banques coopératives (l’Alliance Internationale des Coopératives, l’Association européenne des banques coopératives, l’Organisation Internationale des Coopératives de production industrielle, d’artisanat et de services, etc.). Mon objectif était de parler de nos difficultés avec les autorités financières belges et d’obtenir un soutien éventuel à mon retour. « Coopérer pour transformer la société » : la déclaration des jeunes
Le troisième jour du Sommet fut quelque peu différent. Nous étions à nouveau invités à nous joindre autour d’une table et du thème du membership. Les échanges et le sujet abordé furent plus enrichissants que la veille.
Mais vers 11h, à l’initiative de plusieurs jeunes leaders coopératifs, nous nous sommes donné rendez-vous pour faire le point sur le Sommet et nos impressions de ces deux premiers jours. Des discussions est sortie une déclaration commune que nous avons voulu présenter.
En effet, nous souhaitions faire entendre notre voix au sein du Sommet, car malgré plusieurs rencontres et conférences intéressantes, un sentiment général de parler de coopération sans réellement coopérer se faisait ressentir auprès de notre génération. Le format des conférences était particulièrement frontal et le choix des panélistes peu diversifié : des personnes plus âgées (pour être franche) assis derrière une table et face au public venaient faire part de leur expérience et de résultats d’études. A mes yeux, un sommet comme celui-là aurait dû davantage se baser sur l’intelligence collective. Doit-on nécessairement être un homme, âgé et à la tête d’une grosse entreprise coopérative pour avoir un savoir enrichissant à apporter ? Ne peut-on pas également profiter de ce genre de rassemblement pour organiser réellement un financement participatif par les coopératives qui ont de l’argent et les coopératives qui en ont besoin ?
Avec, en outre, des propositions pour l’avenir avancées par certaines coopératives n’allant pas dans un autre sens que le système économique néolibéral dans lequel nous nous trouvons. Nous écrivons d’ailleurs dans la déclaration : « Nous concevons le mouvement coopératif international comme un outil de transformation sociale, permettant de passer d’un modèle économique fondé sur l’accumulation individuelle des richesses et du pouvoir vers un système poursuivant le bien-être collectif des individus et de notre planète par le biais de la redistribution des ressources et la propriété collective. Nous croyons qu’il existe une alternative à l’économie capitaliste ». C’est lors de la cérémonie de clôture du Sommet que nous souhaitions avoir un droit de parole. Droit qui fut dans un premier temps accordé puis refusé à la dernière minute pour des raisons logistiques, nous a-t-on dit. En réalité, notre demande a semé « la discorde » entre les deux hôtes du Sommet : la banque Desjardins (qui n’était plus trop d’accord) et l’Alliance Internationale des Coopératives (l’ACI qui était favorable à notre demande). Finalement, notre voix fut portée par la jeune représentante de l’ACI et soutenue par deux orateurs invités à la table de clôture. Tant et si bien que les débats ont principalement portés sur l’inter-coopération et la place des jeunes dans les coopératives. Un pari réussi donc pour notre gang de jeunes leaders coopératifs.
Ce fut en définitive une expérience réellement enrichissante pour moi sur le plan personnel et professionnel. Je pense et j’espère que ma présence là-bas a permis de semer un tout petit peu de NewB auprès de certaines personnalités et de me rendre compte qu’il y a effectivement un mouvement de jeunes qui s’impliquent dans les coopératives. Cela m’a aussi conforté dans le bien fondé de notre projet de banque coopérative et dans l’importance de ne pas perdre, en grandissant, les valeurs qui animent tous les acteurs de NewB. Judith Van Parys

1. Propos de Caroline Senez, jeune française de la délégation francophone de l’OFQJ 2. Charles Gould, directeur général de l’ACI, 9 octobre 2014 lors du petit-déjeuner « Jeunes Leaders » au Sommet International des Coopératives à Québec. 3. Charles Gould, ibidem.

Les Coopératives aujourd’hui, kezako ?

Les coopératives ont pour objectifs de servir ensemble l’intérêt collectif avant l’intérêt individuel. Elles sont habitées par sept principes énoncés en 1995 par l’Alliance internationale des Coopératives. Ainsi la démocratie, la transparence, la participation se retrouvent dans les fondements des coopératives. A titre d’exemple, les décisions majeures de notre future banque NewB (et déjà au sein de notre coopérative) sont prises par les coopérateurs selon la règle « un homme, une voix » et non par une poignée d’actionnaires comme dans les banques classiques. Ainsi, qu’on ait investit 20 € ou 200.000 €, on a droit à une voix lors de l’Assemblée Générale chez NewB. Les coopératives sont présentes dans de nombreux secteurs de notre société : l’agriculture, le commerce, le monde artistique, l’éducation, l’énergie, la finance, l’alimentation ; et peuvent prendre plusieurs formes : coopérative de travailleurs, d’entreprises, de production, de consommateurs, etc. (Panorama sectoriel des entreprises coopératives et TOP 100, 2014).
Les entreprises coopératives emploient plus de gens dans le monde que les multinationales. « Un million d’entreprises coopératives emploient plus de 100 millions de personnes ». En outre, un milliard de personnes sur terre sont membres de coopératives et 3 milliards de terriens sont directement liées à des coopératives, nous dit l’ONU. (Coop FR, Panorama sectoriel des entreprises coopératives et TOP 100, 2014).

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