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Prendre le temps


Publié dans notre magazine n°108 - mars & avril 2015

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Raymonde
et les portemanteaux

A la mi-décembre, Raymonde-du-Setca a fait une entrée fracassante dans les médias. Dans une vidéo de Sudpresse, on la voyait, à Namur, le jour de la grève générale, pénétrer d’un pas décidé dans un magasin Lola & Liza, décrocher une douzaine de cintres, et exiger la fermeture de l’enseigne.
Un « buzz » d’enfer : 500 000 vues en moins d’une semaine ! Dans la foulée, 25 000 personnes réclamaient « des sanctions  » contre la permanente du Setca.
L’Entonnoir [1] a compté ses « victimes » : trois pantalons, cinq cardigans, trois chemisiers, quatre pulls et huit petits hauts, lancés à la volée sur un présentoir voisin. Pour qui a vu, quinze jours plus tard, les vêtements éparpillés après deux heures de soldes, « l’affaire » prêterait presque à sourire. Oui, mais voilà.
Foutre le bordel pour acheter des pyjamas en promotion, c’est bien. Mais « déranger » des marchandises pour défendre des droits sociaux, c’est mal. Collision frontale entre deux mondes. Ce n’est pas demain la veille qu’un magasin glamour s’appellera Germaine & Raymonde.
Face à cette vidéo, j’ai pourtant, moi aussi, ressenti un vrai malaise. J’ai essayé de comprendre pourquoi. D’abord, j’ai été manipulé par les titres des journaux : « …vidéo choc », « …scène violente », « …des grévistes saccagent un magasin ». Avec une telle introduction, montrez un chien qui pisse sur un parcmètre, filmé par un GSM qui bouge, et vous verrez l’incendie de Rome !
Or il n’y a eu ni violences, ni saccage – contrairement à ces automobilistes qui, le même jour, ont envoyé des syndicalistes à l’hôpital avec des pieds-de-biche et des battes de baseball.
Raymonde était seule, avec son sac à main, et une militante en bonnet de Père Noël – ces terribles armes de destruction massive. Voici pourtant comment RTL résume la situation : « Une gréviste retourne le magasin d’une indépendante qui voulait travailler. »

Un sentiment de gâchis
Moi, j’aime la liberté. Faire la grève doit rester un choix, un droit, une volonté – jamais une contrainte. C’est mon côté Calimero. Je défends les faibles et les opprimés. Comment donc ne pas s’identifier à cette frêle vendeuse qui, bras croisés, défendait ses humbles portemanteaux face aux phalanges syndicales ?
Sauf que Lola & Liza n’a jamais été le magasin d’un petit indépendant. C’est une chaîne de magasins internationale, avec des gérants et des vendeuses. La dame qu’on voit à l’écran, c’est la gérante.
Or ces petites entreprises ne sont pas des forums démocratiques. Il n’y a pas de délégation syndicale. Ce sont des baronnies, où la seule loi est la parole patronale. Qui défend, dès lors, ici, le droit de grève des vendeuses ? Personne.
Si elles font grève, elles prennent le risque de se faire licencier. Car dans le secteur privé, selon le droit belge, l’employeur est « libre » de licencier qui il veut, sans devoir justifier son motif. Or un seul licenciement, je dis bien, un seul, c’est autre chose, comme violence concrète, que douze cintres déplacés.
Dans le secteur de la distribution, les « piquets volants », comme celui de Raymonde, sont donc là pour rééquilibrer, de l’extérieur, un rapport de forces qui, sans eux, serait toujours favorable aux patrons. C’est la seule façon de concrétiser, pour ces vendeuses, un droit de grève qui, sans cela, serait vidé de toute substance.
Ceci étant dit, chère Raymonde, je garde de tout ceci un fort sentiment de gâchis. Car s’ils veulent gagner leur combat contre les politiques « austéritaires », les salariés ne doivent pas rester seuls. Ils doivent absolument rallier à leur combat ces commerçants et ces indépendants qui partagent déjà avec eux les valeurs du travail, et dont le chiffre d’affaires dépend directement du pouvoir d’achat des ménages. Voilà le socle économique de cette possible alliance.
Non, Raymonde, une grève « réussie », ce n’est pas une ville morte, où tous les commerces seraient fermés. C’est une ville vivante, où s’inventeront, à travers ces combats communs, de nouvelles solidarités.

Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

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