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édito


Par Hugues Dorzée
Rédacteur en chef


Publié dans notre magazine n°109 - mai & juin 2015

Publié dans notre magazine n°109 - mai & juin 2015

Douce révolte

Le CDH a lancé son « Tomorrowlab », un processus « participatif et interactif ». Le PS a ouvert les portes de son « chantier des idées ». Ecolo et ses deux nouveaux coprésidents ont organisé un « tour des régionales » qui vise notamment à « ancrer davantage l’écologie politique dans la société ». Le PTB puise son inspiration dans les « luttes citoyennes ». Vega poursuit son travail de « coopérative politique ». Pendant que le MR, lui, se fait fort d’appliquer un programme libéral et conservateur à la solde de la N-VA…
Des partis qui sortent de leur cocon, consultent leurs adhérents et au-delà, s’imprègnent de la « vraie vie » pour construire leur programme futur, voilà qui est plutôt réjouissant !
Hélas, ce petit vent de fraîcheur n’est qu’à moitié revigorant…
Primo, les partis agissent de bonne foi, désireux de se rapprocher des citoyens, de recréer de la confiance et du désir, mais le cadre de cette action demeure figé et convenu.
Deuzio, à quelques exceptions près, ce déplacement d’air est à la fois cyclique et bien souvent opportuniste. Il fait son retour, saison après saison, au lendemain d’une défaite électorale, d’un sondage en berne ou d’une période d’opposition forcée.
Tertio, c’est comme si les partis couraient, impuissants, derrière cette société qui, elle, se transforme à pas de géant. Avec un décalage énorme entre ces rares moments participatifs très formels et l’explosion des innovations sociales et citoyennes où se conjuguent, au quotidien, la créativité, l’audace, le partage de savoirs et l’intelligence collective.

Illustration : Julie Graux

Construits sur un modèle datant du 19e siècle (ou plus ancien encore), nos partis politiques semblent tout à coup vieux d’aspect, d’esprit et d’idées. Ce qui n’est évidemment pas le cas. Mais leurs dérives – une structure pyramidale dominée par un chef charismatique, la soif de pouvoir à tout prix, l’absence de renouvellement des cadres, l’intérêt du plus grand nombre relégué au second plan, etc. – renforcent plus que jamais ce côté désuet et décalé.
On nous rétorquera que leurs moyens d’action sont de plus en plus limités. C’est partiellement vrai. Les pouvoirs de décision sont désormais ailleurs, entre les mains des grandes organisations internationales et financières. Le calendrier politique est limité dans le temps (quatre ou cinq ans maximum) et notre système électoral dépassé. Et nos élus doivent plus que jamais composer avec des procédures lourdes, une multitude de normes et de contraintes. Il n’empêche : de leur côté, les citoyens sont devenus plus exigeants, plus vigilants et plus informés. Ils n’attendent plus qu’on leur dicte leurs choix, ils agissent. Par idéal, intérêt ou simple nécessité de survie face à la crise (lire notre dossier sur les CPAS en p. 20).
Ils n’attendent plus le dimanche des élections ou les lendemains- qui-chantent, ils (re)prennent possession de leur destin en intégrant, par exemple, des mouvements ouverts et pluralistes, à leurs yeux moins sclérosés que les vieux partis.
Ils ne subissent plus aveuglément la dictature du marché et réinventent de nouveaux modes de consommation en jetant les bases d’une économie locale, durable, collaborative et ancrée dans le réel (achats groupés, partage d’énergie, finance participative et solidaire…).
Ils (re)deviennent des citoyens « consommacteurs » libres et désireux de prendre leurs distances avec les systèmes traditionnels, trop dominants et centralisés à leurs yeux.
Cette « douce révolte [1] » en cours est malheureusement le fait d’une classe moyenne plutôt éduquée et privilégiée. Et le défi, désormais, c’est que ces petits laboratoires, riches de sens et de développement, puissent toucher davantage encore les milieux les plus précaires.
Quoi qu’il en soit, face à cette réalité sociale en pleine ébullition, écartelée entre colère et espoir, désenchantement et renouveau, nos organisations politiques, au-delà de quelques « chantiers » et autres « ateliers », n’ont d’autre choix que de se réformer de fond en comble. Pour mener à bien leur véritable (et passionnante) mission, celle de diriger les affaires publiques au rythme d’une société en perpétuel mouvement.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

[1Une expression tirée du film documentaire de Manuel Poutte qui sort ce mois-ci sur nos écrans (lire en p. 11).

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