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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Une petite ligne de musique ?

Difficile de ne pas craquer. Complètement marre. Quand ce n’est pas “The Voice”, c’est l’Eurovision, quand ce n’est pas les festivals “Tribute obligatoire”, c’est les attractions à la foire au boudin. Et nous, on fait quoi ? On joue dans la rue ? » Le guitariste liégeois Jean- Pierre Froidebise (Such A Noise) en a ras la Stratocaster. Auteur d’un récent et superbe album (Froidebise Orchestra), il nous régale régulièrement, sur Facebook, de ses poétiques et revigorantes harangues. En 40 ans, Jean-Pierre a tout fait. Du jazz, du rock, de la chanson, du studio, des tournées européennes avec Deep Purple et des tournées wallonnes à Sambreville, Engis et Morlanwelz.
Mais pour la troisième fois en un demi-siècle, l’industrie de la musique se retrouve cul par-dessus tête, et doit réinventer son modèle économique.
Alors, les artistes et les artisans, là-dedans…
Comment un musicien peut-il vivre aujourd’hui de ses notes ?

Step One. Avant-guerre, les musicos gagnaient leur vie dans les bals et les cafés-concerts. A la fin des années 40, mon grand père jouait encore du saxophone dans un « orchestre dansant » de 16 (!) musiciens : « Roger Rogers and his ShowBand ». Les éditeurs vendaient surtout des partitions.
Step Two. Les industries du disque et du cinéma viennent se greffer sur le spectacle vivant et s’y substituent peu à peu. Les grands music-halls ferment.
La musique devient une marchandise (vinyles et électrophones). On fait des concerts (et du studio) pour vendre des disques.
Step Three. Le développement prodigieux des radios, des télévisions et du cinéma génère de juteux revenus musicaux (droits d’auteurs et d’édition). On peut faire fortune avec un seul « tube ». Champagne !
Step Four. L’industrie musicale fait de la graisse et vit de ses rentes.
Elle nous revend dix fois le même catalogue sur des supports techniques différents (K7, minidisque, CD, DVD, MP3…). Moins de musique, plus d’électroménager.
Step Five. Explosion du net et des échanges gratuits de vidéos et de fichiers musicaux. Le marché mondial du disque s’effondre. Il passe de 27 à 9 milliards de dollars entre 2009 et 2014. En France, le consommateur « moyen » achetait encore quatre CD par an en 2010 – pour seulement deux en 2013 !
Nouvelles sources de revenus pour la musique : la pub… et les sonneries de téléphone. Où va se nicher la création  ? On distribue gratuitement des disques (Prince, Radiohead, U2…) pour vendre… des places de concert ! La boucle est presque bouclée.
Step Six. L’industrie musicale tente de restaurer ses bénéfices en vendant son catalogue en ligne. Avec un certain succès. Aux Etats-Unis, le marché des ventes numériques est aujourd’hui équivalent à celui des ventes physiques (les CD). Mais les artistes créateurs sont les grands perdants de ce Meccano musical.

Il y a deux façons de commercialiser la musique numérique. Sur iTunes, vous pouvez acheter des chansons ou des albums en MP3 et les télécharger sur votre ordinateur.
Sur Spotify et Deezer, vous pouvez écouter des morceaux en streaming, comme si vous les écoutiez à la radio.
Sur Youtube et Dailymotion, même principe, mais vous avez l’image en plus.
Le streaming est financé par la pub et par les abonnements.
Le chiffre d’affaires de Spotify, le leader (suédois) du streaming, a dépassé le milliard d’euros en 2014. Les producteurs discographiques touchent 46% de ce pactole ; les plateformes de streaming et l’Etat, 20% chacun. Il reste… 0,004 euro par clic pour les musiciens, interprètes et créateurs !
Geoff Barrow, du groupe trip-hop Portishead, s’est mis en colère sur Twitter en découvrant le résultat. 34 millions de « clics » sur ses chansons pour 2 000 euros « dans sa poche » ! Comme le dit un musicien d’Annecy : « Les start up du net et les fournisseurs d’accès montent des boîtes cotées en Bourse avec l’argent volé aux musiciens via la pub. »
L’IAO (International Artists Organisation), représentée en Belgique par le FACIR1, vient de lancer une campagne européenne pour une répartition plus équitable de ces droits2. Si on m’avait dit qu’un jour, je « militerais » avec Axel Bauer et Pink Floyd…

Claude Semal

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