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Prendre le temps


Publié dans notre magazine n°Prendre le temps

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Publié dans notre magazine n°111 - septembre & octobre 2015

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Nous sommes tous
des Grecs allemands

Quelle ironie de l’Histoire ! La Grèce, où s’inventa l’agora démocratique à l’ombre de la Vénus de Milo, est devenue le champ de ruines des électeurs sans voix et des parlementaires sans bras.
En portant Alexis Tsipras et Syriza au pouvoir, les Grecs avaient pourtant clairement rejeté l’étranglement « austéritaire  » imposé par leurs créanciers, le FMI et l’Europe, avec l’aval de toute la droite et de la social-démocratie européennes. Ce poison, vendu comme un médicament, était censé réduire le poids de la dette du pays. Bingo ! Après onze plans d’austérité successifs, il l’a fait passer, en cinq ans, de 113 à 174 % du PIB.
« Il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens. »  [1]. Cette petite phrase de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, semblait sortie tout droit d’un sketch de Coluche ou d’un chapitre de Machiavel. Elle n’exprimait qu’une brutale réalité.
Le révolver sur la tempe, les mêmes interlocuteurs viennent, en effet, d’ordonner aux Grecs de continuer à creuser leur propre tombe.
Le dégraissage jusqu’à l’os, jusqu’au squelette, ou le « Grexit ». Simple absurdité, ou mortifère évidence comptable ?
Un coup d’Etat financier, plutôt.
Car en politique, il n’y a ni absurdité, ni évidence.
Il y a des intérêts en jeu, des stratégies à l’œuvre, des rapports de force en mouvement.
De quoi l’Europe est-elle aujourd’hui le nom, pour soumettre ainsi l’un de ses membres à une telle crucifixion ?
« De l’Allemagne ! », répond Jean-Luc Mélenchon dans son récent pamphlet, Le hareng de Bismarck / Le poison allemand [2].
Ce grand pays qui s’affirme comme le garant d’une certaine orthodoxie budgétaire, mais qui par trois fois, au vingtième siècle, a fait défaut à ses propres dettes.
Après la Première Guerre mondiale, en 1923 et 1930, à la conférence de Londres, en 1953, et après la réunification alde 1990, qui, selon le même traité de 1953, aurait dû, alors, déboucher sur le payement de réparations de guerre aux pays occupés et pillés par les nazis.
Pour la seule Grèce, compte tenu de l’inflation depuis 1945, cette dette a été estimée à 162 milliards d’euros [3] !
Mélenchon montre bien comment, avec une population vieillissante (1,38 enfant par femme en âge de procréer, contre 2,01 en France et en Irlande), un système social délabré (l’espérance de vie des Allemands pauvres a baissé de deux ans en dix ans !) et une industrie essentiellement tournée vers l’exportation d’automobiles et de machines-outils, l’Allemagne a investi l’Europe institutionnelle pour servir sa seule idéologie et ses intérêts propres.
Jusqu’à faire inscrire « ses racines chrétiennes » et « sa règle d’or budgétaire » dans la Constitution.
La « réunification » avec la RDA (en fait, la simple absorption de l’Allemagne de l’Est par l’Allemagne de l’Ouest) a donné le signal d’une profonde dérégulation sociale, en laissant à genoux ce qui fut, autrefois, la classe ouvrière la mieux organisée du monde.
Après l’effondrement de l’Europe de l’Est, les firmes allemandes ont massivement investi dans ces nouveaux pays « libéralisés ».
La Pologne, la Hongrie, la Tchéquie produisent aujourd’hui à bas coût les pièces mécaniques qui seront assemblées en Allemagne et exportées sous le label Made in Germany.
Les capitaux ont remplacé les Panzers, mais dans les entreprises, on parle aujourd’hui allemand jusqu’aux frontières de la Russie.
Le microcosme parisien, plus germanopratin que germanophobe, a cru renifler dans l’essai de Mélenchon un vieux relent xénophobe.
C’est là lui faire un faux procès – et pas seulement parce que Oskar Lafontaine et Die Linke sont un modèle et un allié pour le Parti de gauche.
Mélenchon oppose, au contraire, sa république universaliste, bâtie sur la seule citoyenneté, à l’idée allemande de Volksgeist, la nation-force vitale, bâtie sur le sang, le sol et la culture.
Un débat qu’il nous faudra rapidement trancher – si nous ne voulons pas tous devenir des Grecs allemands.

www.claudesemal.com

[1Le Figaro, 15 janvier 2015.

[2Le hareng de Bismarck, Plon, 2015.

[3Ibidem, p. 171 à 174.

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