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Prendre le temps


Publié dans notre magazine n°Prendre le temps

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Publié dans notre magazine n°112 - novembre & décembre 2015

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Mon talk-show
sans Bolloré

A l’Athénée d’Uccle, un copain de classe, devenu un honorable cinéaste, était champion de Belgique de la triche aux interros.
Je n’ai jamais compris pourquoi il mettait une telle énergie à bricoler ses invraisemblables copions plutôt qu’à étudier les matières concernées.
Les ingénieurs de Volkswagen ont fait encore plus fort : inventer un logiciel qui filtre les tests antipollution plutôt que les particules fines de leurs moteurs.
Comme dit Le Canard Enchaîné, ils ont inventé le « menteur diesel ».
Heureusement pour nous, il n’y a pas de programmes informatiques dans les centrales nucléaires ni dans les urnes électroniques.
« C’est dégueulasse, j’ai été écarté du futur talk-show de Canal+ par Bolloré, des Grandes Gueules de Ruquier par Michel Onfray et du jury de The Voice par B.J. Scott. Ou comment faire parler de vous quand tout le monde s’en tape ;-). »
Mon « post » ironique sur Facebook évoquait la supposée non-participation de Charline Vanhoenacker au futur talkshow de Canal+.
Cette légèreté a quelque peu courroucé un copain journaliste : « On a là un exemple frappant de la mainmise de l’argent et du politique sur l’info. Ça devrait t’ulcérer, non ? »
La mainmise du capital sur les grands médias est, certes, une des sept plaies de la démocratie [1]. Et Vincent Bolloré en est un excellent exemple.
Mais le nom de l’impertinent de service qui mettra son grain de sel sur le plateau de Canal+ n’a, à mes yeux, strictement pas la moindre importance.
Ils sont une quinzaine à pouvoir se partager le poste, et sont parfaitement interchangeables. Canal+ ne deviendra pas un îlot de résistance et d’intelligence avec Charline, ni l’antichambre de Guantanamo sans elle.
Dans les deux cas, ce sera une machine à produire du conformisme, de la distraction décalée, et des retours sur capitaux pour les actionnaires.
Le reste, ce sont des pets de mouche dans la baignoire médiatique. Et ces adorables petites bulles ne me semblent pas mériter trois colonnes dans Le Soir.
Quant à moi, j’aime beaucoup cette citation d’Erik Satie : « Il ne suffit pas de refuser la légion d’honneur, encore faut-il ne pas l’avoir méritée. »
Avec un doublement de la population africaine d’ici 2050, 250 millions de « réfugiés climatiques » annoncés, et tout le pourtour méditerranéen en armes des Balkans jusqu’à l’Afrique noire, nous n’avons pas fini de voir des radeaux de réfugiés chavirer aux portes de l’Europe.
Bien sûr, il faut porter aide et secours à toute cette détresse, et la mobilisation des citoyens européens a souvent été exemplaire.
Mais le débat sur l’accueil des réfugiés ne doit pas éclipser celui sur les multiples causes de ces guerres.
Qui a bombardé ces pays qui essaiment aujourd’hui leurs enfants perdus jusque dans nos jardins publics ?
En Belgique, nous avons envoyé nos F-16 en Irak et en Libye sans même un débat parlementaire !
Comme François Hollande, en bon monarque républicain, peut aujourd’hui annoncer son intention de bombarder la Syrie – sans l’ombre d’un débat public ou d’un mandat onusien. Or, pendant que l’Europe comptabilise ses quotas de réfugiés, on apprend, dans le même temps, que plusieurs pays de l’Union européenne financent indirectement Daesh en lui achetant du pétrole [2]. Au fou !
Bombarder la Méditerranée, contrôler les matières premières, « accueillir » des quotas de réfugiés [3] : les trois visages complémentaires de ce curieux business plan européen.
Heureusement, pour élever le débat, nous avons chez nous Liesbeth Homans, la sémillante ministre flamande N-VA, candidate perpétuelle au remake de Elsa, la louve des SS : « Pas de logement social pour les réfugiés qui ont une maison au pays ! »
Et une maison bombardée, Mevrouw, ça vaut pour un demi logement social en ruine ?

www.claudesemal.com

[1Ne cherchez pas les six autres, j’improvise.

[2J.-L. Mélenchon, France Info, 8 septembre 2015.

[3Avec un taux de fécondité inférieur à 1,5, l’Allemagne perd entre 100 000 et 200 000 habitants par an. Un déficit démographique utilement compensé par 1 653 400 naturalisations entre 2000 et 2012.

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