Portfolio

Les « gros mangeurs »
de Katherine Longly

Pendant 2 ans, la photographe Katherine Longly s’est immergée dans l’univers singulier des concours de « gros mangeurs » en Belgique, en France et aux Etats-Unis. Un travail artistique et anthropologique au long cours qui questionne notre rapport à l’alimentation. Et débouche sur une grande exposition accessible jusqu’au 24 novembre à la galerie Recyclart, à Bruxelles.

D’où vient l’idée de ce projet baptisé « Rotten potato » (« patate pourrie ») ?
Petite, je souffrais d’un excédent de poids et c’est le surnom qu’on m’avait donné. Depuis, je me suis battue pour que tout ça soit derrière moi. Mais j’avais envie depuis longtemps de travailler autour du thème de l’alimentation et plus particulièrement des excès alimentaires. J’ai commencé par retravailler des vieilles photos de moi en les reproduisant à la peinture à l’huile sur des napperons, des sachets de frites… Et puis je suis tombée sur ces concours « du plus gros mangeurs ». J’ai fait des recherches, j’ai contacté des confréries locales et pendant deux ans, j’ai sillonné la France et la Belgique, avant de clôturer mon travail par une plongée à Coney Island (New York) pour assister au concours du plus gros mangeur de hot dogs.

Fromage de Herve, moules de Valansart, pâté gaumais, artichauts de Chivy, galettes au sucre de Nohan… A chaque région sa spécialité et son concours local.
Oui, mais dans nos régions, c’est plutôt bon enfant. Il s’agit de défendre un patrimoine culinaire. Il n’y a pas d’enjeux d’argent. On se retrouve dans le cadre d’une fête local, c’est convivial et les vainqueurs gagnent au mieux un jambon ou un repas au restaurant.

Ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis.
En effet. Là-bas, ces concours sont organisés par des grandes enseignes de malbouffe. L’ingestion de nourriture à outrance est devenue une véritable discipline « sportive », avec une fédération, des entraînements, du marketing, des enjeux financiers…

Qui sont les participants à ces concours ?
En Belgique et en France, il y a ceux qui font ça pour s’amuser et puis il y a les autres, les champions locaux, qui rêvent d’avoir leur petit moment de gloire. Ils sont sous les projecteurs le temps du concours. Il y a le public, les acclamations, la fierté de gagner, tout simplement. Parmi ces « gros mangeurs », il y a de tout : des bonnes fourchettes, M. et Mme Tout-le-Monde. Mais aux Etats-Unis, ce sont de véritables athlètes.

Quelle a été votre ligne artistique pour mener ce travail photo ?
Je voulais réaliser un travail avant tout humain, anthropologique. Eviter au maximum les clichés. Ne surtout pas être dans la caricature. Je voulais essayer de comprendre comment et pourquoi ces gens en arrivent à se goinfrer le temps d’un concours, pourquoi ils se faisaient violence. Mais j’ai essayé de travailler tout en nuance, en les photographiant de dos, de côté, sans esprit voyeuriste ou sensationnaliste. Ce qui m’a permis d’effectuer de belles rencontres.

Votre projet « Rotten potato » a reçu le prix 2015 du Centre d’art contemporain du Luxembourg belge. Au final, il se présente sous la forme d’un travail multidisciplinaire.
Oui, j’ai mélangé ces photos avec mes peintures à l’huile réalisées au départ de mes photos d’enfance, des documents divers au sujet de ces concours de « gros mangeurs » (coupures de presse, lettres de champions, anecdotes…), une sculpture de jeunesse intitulée « Autoportrait », mais également un diaporama réalisé par les champions eux-mêmes. Pendant un mois, je leur avais demandé de photographier, à l’aide d’appareils jetables, leurs repas quotidiens.

Quel est votre souhait avec cette expo ?
Que le public puisse être touché, interpellé, en questionnement. Ces concours sont le reflet d’une époque, ils nous parlent aussi de notre rapport à l’alimentation, à l’identité. Et aux Etats-Unis, on mesure combien la malbouffe fait vraiment partie d’un puissant système économique.
Propos recueillis par H.Do.

L’exposition « Rotten potato » est accessible jusqu’au 24 novembre chez RECYCLART (petite galerie et cafétéria), à la Gare Bruxelles-Chapelle - 25, Rue des Ursulines - 1000 Bruxelles. C’est ouvert du mardi au vendredi de 11 à 17 heures et le dimanche de 15 à 18 heures Visite commentée chaque dimanche à 16 heures
www.recyclart.be

Pour en savoir + sur le travail de Katherine Longly :
www.katherine-longly.net/

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