article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2

édito


Publié dans notre magazine n°113 - janvier & février 2016

Torpeur et espoirs

Quelle fin d’année 2015 étrange et sombre à la fois.
En septembre, le monde entier s’émeut en découvrant la photo du petit Aylan, trois ans, retrouvé noyé sur une plage de Turquie. Il venait, avec ses parents, de fuir la Syrie en guerre.
En octobre, plus de 218 000 migrants ont rejoint l’Europe, autant qu’en 2014, et la plus grande crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale se confirme.
En novembre, le 13, une série de fusillades et d’attaques-suicides meurtrières sont perpétrées à Paris. Ces attentats revendiqués par l’organisation terroriste Etat islamique (dite «  Daech ») feront plus de 130 morts et des centaines de blessés. En décembre, au premier tour des élections régionales françaises, le Front national réalise un nouveau score historique (près de 30 %) et arrive en tête dans 6 régions sur 13.
A chacun de ces quatre événements qui n’ont, a priori, que peu de chose en commun, nous avons (re)découvert, à la fois sidérés et impuissants, les affres du monde. Sa face obscure et effrayante. Cette part de l’homme, cruelle et destructrice, qui nous emporte du côté du néant.
Noyés sous un déferlement d’images et de mots, conditionnés par un discours médiatique dominant anxiogène, globalement pessimiste et désenchanté, nous avons été, une fois encore, plongés du côté de la peur suscitée par un danger réel ou imaginaire.
Cette peur, source de rejet et de repli, qui paralyse et anéantit, et qui conditionne, qu’on le veuille ou non, nos pensées et nos actes.
Cette peur, enfin, que l’on sait mauvaise conseillère, et qui conduit pourtant à chaque fois nos dirigeants à agir dans la précipitation ou de façon inconsidérée.

Un sursaut général
A la mi-décembre, à l’heure de boucler ce numéro, la pression semblait soudain retombée d’un cran. La fin d’année, qui s’annonçait noire et oppressante, s’achève finalement sur quelques notes d’espoir. Avec, sans verser dans un optimisme naïf et débordant, la démonstration que l’homme peut aussi s’élever et avancer en mettant à profit ses échecs et ses traumatismes.
En un week-end, deux événements nous sont arrivés comme un vent d’optimisme : la France a fait barrage au Front national national, qui ne dirigera finalement aucune région, et à Paris la COP21 a accouché d’un accord historique sur le climat.
Dans les deux cas, on a assisté à une sorte de haut-le-corps général, signe d’un sens retrouvé des responsabilités et d’une réjouissante prise de conscience collective. Mais, dans un cas comme dans l’autre, pas de triomphalisme, ce sont là des victoires provisoires, pour parer à l’urgence et éviter le pire. Rien n’est acquis, tout est à confirmer !
La droite nationaliste et populiste s’installe et s’enracine, en France et partout ailleurs. Crier à la « bête immonde » ne suffit plus. Ce nouveau « sursaut républicain » s’apparente à une digue de fortune, la vague des mécontents et/ou des convaincus, elle, gonfle à l’horizon.
L’Accord de Paris sur le climat ? Il est là, et bien là. Un accord « équilibré, juste, durable et juridiquement contraignant », s’est ému le président de la COP21, Laurent Fabius. « Une grande date pour la planète », a renchéri le président Hollande. « Un moment fort et historique », a ajouté Barack Obama.
On a effectivement évité le fiasco du Sommet de Copenhague. C’est un accord universel. Il limite le réchauffement climatique « bien en dessous » des 2° et les parties prenantes ont promis de « poursuivre l’action » pour arriver en dessous d’ 1,5°. Il prévoit, en outre, une aide financière de 100 milliards par an pour les pays les plus vulnérables. Un accord impensable il y a cinq ans à peine et qui s’apparente donc à un succès, que l’on doit, aussi, à la formidable mobilisation citoyenne, pourtant injustement muselée sur fond d’état d’urgence.
Mais là encore, pas de confiance exagérée  : « Paris n’est pas la fin de l’histoire, mais la conclusion d’un chapitre ! », ont dénoncé les ONG, jugeant cet accord trop peu ambitieux et trop peu contraignant. Tout reste à faire, en effet, pour combattre cette menace, qui n’est pas, elle, de niveau 1, 2 ,3 ou 4, mais globale et fondamentale. Avec un objectif clair : enrayer au plus vite la destruction progressive et programmée de l’humanité.
2015, osons le dire, s’achève en beauté, en regard d’un automne sinistre et grave.
2016 démarre, espérons-le, sous le signe de l’intérêt général, de l’action et de l’espoir. A condition de poursuivre inlassablement le combat contre la terreur et la fureur du monde.

Bonne année à toutes et à tous !

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

Dessin : Julie Graux

Autre(s) article(s) sur le même thème :

article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2