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édito


Un syndicalisme
à réenchanter

Dénigrer les syndicats est devenu un exercice très tendance depuis quelques mois. Dans le chef des partis au pouvoir (NV-A et libéraux en tête), sur les réseaux sociaux, dans les médias, il est de bon ton de faire passer ceux-ci pour d’affreux gréviculteurs, irresponsables, hostiles au changement, peu créatifs, empêcheurs de réformer en rond.
Avec un objectif tantôt caché, tantôt clairement assumé : couper les ailes de ce contre-pouvoir décidément trop gênant à une époque où le grand projet politique de nos gouvernants se limite à démanteler les services publics, réduire les salaires, traquer les chômeurs-profiteurs, repousser l’âge de la retraite, stigmatiser les migrants, et on en passe.
Pendant ce temps, les rangs des exclus grossissent à vue d’œil et les riches sont toujours plus riches. Mais si l’on en croit l’opinion dominante, les vilains réactionnaires à dénoncer sont ceux qui, précisément, s’efforcent de préserver le bien commun. Allez comprendre la logique.
Dans ce contexte, pour un magazine de valeurs comme Imagine, qui s’inscrit dans une ligne éditoriale résolument sociale et progressiste, enquêter sur les syndicats est un exercice aventureux, voire casse-cou. Et pourtant, nous avons voulu tenter le pari. En menant une enquête la plus équilibrée possible. A charge et à décharge.
Car d’un côté, le climat antisyndical ambiant est à la fois inquiétant et détestable. Les syndicats constituent l’un des piliers de notre démocratie. Leur rôle de contre-pouvoir est inscrit dans la Constitution (art. 27 : « Les Belges ont le droit de s’associer ; ce droit ne peut être soumis à aucune mesure préventive ») et dans de nombreux textes internationaux.
Ils œuvrent, au quotidien, dans les entreprises, dans les organes de concertation, pour défendre les intérêts de tous les travailleurs – y compris ceux qui ne sont pas leurs affiliés. « Et sans nous, dans la situation actuelle, ça serait bien pire ! », rappelle à raison un cadre syndical.
Ils sont donc légitimes, indispensables et précieux. Pour preuve  : dans les Etats où les organisations syndicales sont muselées ou interdites, le droit social, les conditions de travail et de sécurité, et plus largement les droits fondamentaux sont allègrement bafoués.

Des signes d’essoufflement
D’un autre côté, et c’est ce que montre aussi notre enquête, les syndicats sont plus que jamais désarmés, voire impuissants, face à un ensemble de nouvelles réalités économiques et sociales  : les diktats de l’Europe néolibérale, la transformation du monde du travail, la baisse du militantisme, etc. Et ce syndicalisme « à la belge », dit « de concertation » ou « de service », montre clairement des signes d’essoufflement. Avec des organisations sclérosées par la bureaucratie, l’absence de démocratie interne, une certaine opacité dans la gestion et l’organisation, des tensions à la fois communautaires et idéologiques et bien d’autres lourdeurs inhérentes aux grosses institutions.
A la veille des élections sociales qui se dérouleront en mai prochain – un moment de démocratie nécessaire, mais néanmoins partiel : nombre de travailleurs ne votent pas et la question de la représentativité mérite d’être posée –, les syndicats sont au pied du mur. Avec une série de défis à relever à court, à moyen et à long terme. Pour réinterroger leurs pratiques, redorer leur image auprès de l’opinion, élargir leurs moyens d’action, créer de nouvelles alliances (« élargir le front », comme le dit un permanent) et redevenir des forces de mobilisation et de proposition capables de peser massivement sur les décisions futures.
Un syndicalisme nouveau à réinventer. Ou mieux encore : à réenchanter.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

Dessin : Julie Graux

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