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Prendre le temps


Publié dans notre magazine n°Prendre le temps

Publié dans notre magazine n°Prendre le temps

Publié dans notre magazine n°114 - mars & avril 2016

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Dé-ché-ance

Avec son projet de loi sur la « déchéance de nationalité » pour les Français binationaux, François Hollande entre, pour moi, dans le club assez restreint des crapules politiques.
Oui, je suis en colère.
Le massacre du Bataclan et des terrasses parisiennes aurait dû être, pour lui, l’occasion de rassembler les Français autour des valeurs essentielles de la démocratie et de la République. Au lieu de quoi il préfère légiférer pour les trier d’après la carte d’identité de leurs grands-parents.
Une idée nauséabonde, dont la droite la plus bornée et l’extrême droite la plus raciste continuent à se disputer la paternité.
Je ne sais quel misérable petit calcul électoral a pu présider à ce choix imbécile.
Misérable, car elle tourne le dos à toutes les valeurs de la gauche et de la République.
Imbécile, car pour chaque voix prétendument gagnée à droite, Hollande en perdra une à gauche, et en enverra une troisième dans le marais de l’abstention, qui se nourrit de tous les dégoûts, tous les renoncements et toutes les confusions.
C’est un triple crime contre la République.

D’abord, parce que la « déchéance de nationalité » est absurdement inefficace contre le mal qu’elle prétend endiguer. Quel terroriste, quel kamikaze, qui vit dans son islam imaginaire et sanglant entre la Syrie et Sirius, irait suspendre son geste criminel pour conserver la même nationalité que messieurs Valls, Hollande et Julien Lepers ?
Seul un aphorisme peut répondre à cette stupidité.
« Les Français sont tellement fiers d’être français qu’ils s’imaginent que la menace de ne plus l’être empêchera ceux qui auraient dû le devenir de se faire exploser parce qu’ils regrettent de l’avoir été [1]. »

Deuxièmement, parce que la « déchéance de nationalité » crée, au cœur de la République, une sous-catégorie de Français aux droits différenciés.
Trois millions de citoyens binationaux, héritiers, malgré eux, d’une histoire coloniale, qui ont grandi dès leur naissance dans les écoles de la République, qui n’ont jamais connu d’autres terroirs que la Bretagne, la Provence ou l’Ile-de-France, et qui pourraient donc être symboliquement réduits à la lointaine nationalité d’un de leurs parents [2].
En France, tout le monde est libre, égal, bronzé et fraternel.<br< Mais certains le sont visiblement plus que d’autres. La « déchéance de nationalité » introduit ainsi, au cœur de la Constitution, ces fameux « Français de papier » qui n’existaient, jusque-là, que dans les tracts les plus xénophobes du Front national.
« Oui, mais cela ne concernera que des criminels ! »
Qu’on les juge alors parce qu’ils sont criminels, pas parce qu’ils ne sont pas « vraiment » Français !
Je n’ose imaginer ce qu’une Marine Le Pen ferait, au pouvoir, avec une telle Constitution entre les mains.

Troisièmement, et ce n’est pas le moindre crime pour le chef (atomique) des Armées françaises, François Hollande épouse ainsi les objectifs militaires de ses ennemis du jour. Car quel est le but de guerre de Daech ?
Pousser, par la propagande et la terreur, les populations d’origine maghrébine à se définir comme « musulmanes » avant de se sentir belges, françaises ou europénnes.
L’objectif du gouvernement français, et au-delà, de tous les démocrates, devrait donc être symétriquement l’inverse.
Au lieu de quoi, le Président murmure à l’oreille des Franco- Algériens : « Vous n’êtes pas vraiment français. » Y aura-t-il vraiment une majorité, au Parti socialiste et au Parlement français, pour accompagner François Hollande dans cette déchéance politique et morale [3] ?

www.claudesemal.com

[1Oui, je sais, c’est compliqué. Mais la réalité l’est encore plus.

[2Les filles de mon ami Ivan Fox ont ainsi hérité, via leurs parents et leurs grandsmères, d’une quadruple nationalité : belge, espagnole, suisse et anglaise. Ce qui n’empêche pas ces parfaites petites flamandes de parler aussi le catalan. Allô, monsieur Hollande ? Vous allez être très déchu.

[3En attendant, du 8 au 19 mars, je serai sous chapiteau à Louvain-la-Neuve avec mon spectacle A la frite ! Renseignements et réservations au 0800 25 325.

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