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Si jeunesse savait…
les mentalités changeraient

Être une ONG avant-gardiste en République Démocratique du Congo est un combat de tous les jours. Protéger et conseiller les femmes face aux violences et aux viols, défendre la communauté LGBT et militer pour une société plus égalitaire, voici quelques-unes des nombreuses batailles de l’ONG Si Jeunesse Savait.

Les locaux de l’ONG Si Jeunesse Savait se situent en plein cœur du quartier Bandal. Richine, administratrice de l’ONG, nous ouvre la porte, tout sourire. Joliment décoré de guirlandes faites maison, on sent que bon nombre de personnes ont trouvé du réconfort dans ce lieu paisible. Elle nous explique que Si Jeunesse Savait est une association de jeunes féministes congolaises. L’ONG a vu le jour à Kinshasa en 2009. C’était à la base un petit groupe de parole, formé en 2001.
Le Congo est un pays où la moyenne d’âge de ses habitants est assez jeune : trois congolais sur quatre [1] ont moins de trente ans. Aujourd’hui, la grande majorité de ses habitants (61 %) ont moins de 18 ans (contre 20 % en Belgique).
Pour l’association Si Jeunesse Savait, prendre en considération la réalité de ces jeunes en matière de prévention notamment (vie affective et sexuelle, harcèlement…) est une nécessité.

Rapport sexuel précoce
En RDC, 65 % [2] des jeunes filles ont eu leur premier rapport sexuel avant 18 ans (un quart d’entre elle avant l’âge de 15 ans). L’accès à un moyen de contraception est donc primordial. Pourtant, les autorités prônent deux solutions : l’abstinence ou le préservatif. « Le gouvernement ne propose rien d’autre. Il y a quelques années, il fallait l’autorisation de son mari pour utiliser un contraceptif. Dans un pays où l’avortement est illégal, c’est aberrant ! » s’exclame la directrice de l’ONG Si Jeunesse Savait, Françoise Mukuku. Aujourd’hui, seulement 20 % des femmes vivant en couple et qui sont âgées entre 15 et 49 ans utilisent une méthode contraceptive (préservatif, implant, pilule, stérilisation, rythme menstruel ou retrait).
« ll ne faut pas se voiler la face, les jeunes ont des relations sexuelles avant le mariage. Et quand elles tombent enceinte, certaines de ces filles vont se faire avorter dans des conditions inimaginables », explique Françoise.
Selon l’article 166 du Code pénal, une femme qui se fait volontairement avorter risque 2 à 5 ans de prison. « La question de l’avortement, on y travaille depuis le protocole de Maputo (proposé en 2003 par l’Union Africaine pour améliorer les conditions de vie des femmes). Le Congo avait refusé de ratifier ce protocole à cause de la question concernant la légalisation de l’avortement. Il s’agit de dépénaliser l’IVG en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus. Dans un pays où les violences sexuelles sont à ce point répandues, cela devrait être une priorité. »
Et pourtant, au Congo, il existe des centres post-avortement où les soins sont gratuits. Les filles pour lesquelles l’avortement illégal s’est mal déroulé peuvent s’y faire soigner. Un paradoxe que relève la directrice de Si Jeunesse Savait. « On ne veut pas légaliser l’avortement, alors on contourne le problème. C’est assez hypocrite. »

Une femme sur quatre violentée
La RDC est tristement connue pour ses violences sexuelles en lien avec les conflits qui se déroulent notamment à l’Est du pays. Mais Françoise Mukuku rappelle qu’il existe d’autres formes de violences qui sévissent partout dans le pays. Elle a décidé de s’y consacrer pleinement. « C’est mon point de vue personnel, mais quand tu vois tant de violences sexuelles liées au conflit, il faut peut-être se demander si le contexte général congolais ne favorise pas ces violences. » Toujours selon l’Enquête démographique et de santé en République démocratique du Congo, ce serait plus d’une femme sur quatre qui aurait subi des violences sexuelles au cours de sa vie. « À Si Jeunesse Savait, nous travaillons en priorité autour beaucoup de sensibilisation, explique Richine Masengo, l’administratrice de l’ONG. Nous passons par différents médias pour atteindre les régions les plus reculées et où nous ne travaillons pas. Nous effectuons aussi des animations dans les écoles, les universités et les églises pour sensibiliser toutes les tranches de la population. »

Aux côtés de la communauté homosexuelle
Si Jeunesse Savait est par ailleurs une des rares ONG congolaises à travailler avec la communauté LGBT (lesbienne, gay, bisexuel et transsexuel). Des personnes souvent rejetées par leur entourage à cause de leur orientation sexuelle. « Lorsque les gens nous voient travailler avec la communauté LGBT, beaucoup pensent que nous voulons instaurer la Gay Pride et le mariage pour tous en RDC, mais ça n’est pas notre but. Les gens ont en têtes des images vues à la télévision qui arrivent d’Europe. Parfois, ils pensent qu’on va importer des problèmes européens ici. Mais ces jeunes existent et il faut les défendre et les soutenir. »
Les Congolais sont très religieux (majoritairement catholiques et protestants) et l’homosexualité est peu acceptée par ces églises. Pour Pascale Maquestiau, de l’ONG belge Le Monde Selon les Femmes, ce poids des institutions religieuses est interpellant. « Les églises du réveil, surtout, sont très présentes en RDC. Concernant les homosexuels, il y a une réalité qu’on essaye de cacher. C’est donc très important d’appuyer les ONG comme Si Jeunesse Savait pour travailler sur cette problématique sensible. »
La RDC est un des rares pays du continent qui ne pénalise pas les relations entre personnes du même sexe. Cependant, l’article 172 du Code pénal spécifie que tout acte « contre nature » peut être puni d’une peine de trois mois à cinq ans d’emprisonnement.

« Pas d’œillères »
« Parfois, les gens disent que l’on va trop loin, déplore Françoise Mukuku. C’est vrai que nos positions sont très tracées comparé à ce que d’autres ONG font. Mais, avec Si Jeunesse savait, on ne se met pas des œillères, on essaye juste de parler de ces problèmes et de faire évoluer les choses… »
La militante veut malgré tout garder l’espoir. Elle croit dans l’amélioration du sort des Congolaises. Il suffit de continuer à se battre, conclut-elle : « Aujourd’hui, ce sont majoritairement les femmes qui font vivre le ménage et les mentalités vont donc devoir évoluer. Ce sera plus facile avec l’arrivée de la nouvelle génération et l’utilisation de nouveaux outils technologiques qui permettent aussi d’ouvrir les esprits. »

Elisabeth Evrard (st.)

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